Publicité
La nouvelle télé arrive
La fermeture des bureaux de l?Independent Broadcasting Authority (IBA), cet après-midi, marque un pas décisif dans la création d?un nouveau paysage audiovisuel. Les sociétés qui souhaitent diffuser sur le numérique terrestre auront, en effet, déposé leurs dossiers et exprimé formellement leurs intérêts.
Cette première étape importe beaucoup car seules ces entreprises pourront ensuite soumettre leurs business plans à l?IBA. Si tout marche comme prévu, les premières chaînes seront, dès janvier 2005, disponibles sur le numérique terrestre. Le téléspectateur aura alors une nouvelle option en plus des trois chaînes de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) et les bouquets satellitaires de MC Vision, Parabole Maurice et London Satellite Systems.
Annoncée depuis deux ans, la télévision numérique terrestre prend enfin forme. Elle peut toutefois décevoir ceux qui s?attendent à une orgie de chaînes locales et étrangères sur leurs petits écrans à travers un décodeur. Car la version mauricienne du numérique terrestre ne pourra accommoder qu?un maximum de 30 chaînes, incluant les trois de la MBC.
Une option coûteuse
La grande mouvance vers le numérique a été initialement motivée par la possibilité de l?émergence de chaînes locales privées capables de concurrencer la MBC. A ce jour, toutes les fréquences hertziennes sont occupées par les trois chaînes de la station nationale et les deux chaînes payantes de MC Vision. Après la privatisation avortée de la MBC 3, l?introduction du numérique reste le seul espoir pour l?émergence de stations mauriciennes privées. Sauf que le numérique terrestre est actuellement une option trop coûteuse pour le lancement d?une télé privée.
Il faudra d?abord injecter des millions dans une station et ensuite convaincre le public à s?acheter des décodeurs. Tout un programme vu qu?au départ, la station aura une audience zéro à moins que le gouvernement arrive à convaincre MC Vision et Parabole Maurice de diffuser toutes les chaînes disponibles sur le numérique terrestre sur les décodeurs de leurs clients. Avec 25 000 foyers acquis dès le départ, ce serait un démarrage sur les chapeaux de roue pour le numérique terrestre mais il faudra séduire le double avant que les annonceurs pensent sérieusement à y insérer leur publicité.
Si le lancement d?une chaîne privée mauricienne sur le numérique terrestre semble peu probable, il est possible que la technologie ait un autre effet. Le gouvernement pourrait convaincre MC Vision de basculer ses deux chaînes hertziennes cryptées (Canal Plus et RTL9) sur le numérique terrestre, libérant ainsi les deux chaînes hertziennes pour la création de stations privées locales.
En attendant ces développements, les téléspectateurs mauriciens devront se contenter d?un minimum de cinq chaînes numériques à partir de janvier 2005. Il y a fort à parier que ces chaînes seront toutes occupées par des émissions étrangères proposées en bouquets payants. A moins que l?exercice d?aujourd?hui n?apporte une petite surprise.
L?IBA et la MultiCarrier Mauritius Limited (MCML) s?attendent que les sociétés intéressées proposent le Pay TV, soit des chaînes payantes. Toutefois, le gouvernement souhaite que les prix soient accessibles à la majorité de la population. Le chiffre magique serait Rs 300 pour un bouquet.
?Le Pay TV marchera sur le numérique terrestre si les packages sont vendus à des prix nettement inférieurs à ceux des bouquets satellitaires. L?idéal serait d?offrir deux chaînes premium et trois autres en appui pour Rs 300?, explique-t-on à l?IBA et à la MCML.
Les autorités rêvent de ces offres qui ne pourront qu?inciter la population à se mettre au numérique. L?objectif du gouvernement est de se débarrasser définitivement de la télévision analogique (celle que les 250 000 foyers mauriciens connaissent actuellement) d?ici 2015. Toutefois, le switch-off n?aura lieu que si 95 % de la population mauricienne adopte le numérique terrestre.
La technologie a donc dix ans pour monter son opération séduction. Mission possible quand on sait que le téléphone portable est passé de 50 000 abonnés à un demi-million en huit ans. Le succès du numérique terrestre repose donc sur le prix aussi bien que sur le contenu.
Côté prix, la vente du décodeur demeure l?obstacle majeur. On ne peut recevoir de chaîne numérique sans ce boîtier qui coûte entre Rs 1 500 et Rs 3 000. Trois options sont possibles. Soit le gouvernement offre des boîtiers en cadeau pour pousser la population à basculer sur le numérique, soit il subventionne le prix à l?achat, soit ceux qui offrent des bouquets sur le numérique le font à leurs frais.
Le gouvernement a abandonné l?idée d?offrir des boîtiers à la population car cela lui coûterait, au bas mot, Rs 250 millions. Un chiffre également impossible pour un opérateur privé. Mais une subvention déguisée est possible pour le gouvernement à travers une réduction drastique des droits de douane sur les décodeurs. Une tactique de carotte qui inciterait MC Vision, Parabole Maurice et London Satellite à offrir toutes les chaînes du numérique terrestre sur leurs propres décodeurs. Ainsi, les trois opérateurs pourront importer leurs décodeurs presque en hors taxe.
Une carte à puce au lieu d?un... studio
C?est le téléspectateur qui en sortirait gagnant car il n?aura pas à acheter un différent boîtier pour chaque bouquet de chaînes qu?il veut visionner. A ce jour, si une personne désire profiter des bouquets disponibles sur le marché, il devra installer cinq décodeurs en sus d?un magnétoscope, d?un lecteur de VCD ou DVD et d?une console de jeux. De quoi transformer son salon en studio avec des boîtiers, des câbles et des prises électriques dans tous les coins...
Les opérateurs privés seront incités à émigrer vers un seul type de décodeur. Pour chaque bouquet acheté, il suffira d?insérer une carte à puce dans le boîtier. L?objectif du gouvernement est de rallier le maximum de partenaires à sa cause tout en laissant le secteur privé faire son travail. La MCML imposera un standard et les firmes commerciales importeront les boîtiers à leur guise. Il est même possible que l?assemblage se fasse à Maurice même.
Côté contenu, tout devrait être plus clair quand l?IBA aura épluché les dossiers des soumissionnaires. On s?attend que de nouvelles sociétés pénètrent le marché afin d?offrir des bouquets pot pourri de chaînes étrangères. Dans un premier temps, la MCML ne lancera que cinq chaînes numériques en conservant le sixième pour tester les services interactifs via un poste de télévision. Parmi on relève des services éducatifs, le commerce électronique, l?e-government et même la fourniture d?accès Internet.
Alors que l?Etat entre de plain-pied dans le numérique terrestre, il a déjà un concurrent sérieux. Mieux encore, il s?agit d?une société où il est actionnaire majoritaire. Mauritius Telecom (MT) se prépare activement au lancement de la télévision par Internet haut débit Asymmetry digital subscriber lines (Adsl) d?ici la fin de l?année, soit une technologie qui permettra au téléspectateur de recevoir des chaînes payantes à travers sa ligne de téléphone.
Dans un premier temps, MT ne fera qu?offrir la technologie, laissant aux opérateurs le soin d?offrir des bouquets sur ce réseau. L?avantage de MT est une offre intégrée comprenant téléphone, Internet rapide et télévision. Le tout facturé simultanément et payable à une même caisse ou en une seule transaction.
L?émergence soudaine de MT en concurrent irrite la MCML qui s?est toujours affirmé en transporteur de contenu exclusif pour ce le terrestre. Elle chiffonne aussi surtout que certains potentiels clients du numérique ont déjà signifié une préférence pour l?Adsl.
D?ici six mois, les téléspectateurs auront un plus grand choix pour se divertir et s?éduquer. Les nouvelles technologies sont venues à la rescousse du Mauricien. Le téléspectateur aura l?embarras du choix. Une série de bouquets via satellite, sur le numérique terrestre et Adsl aussi bien que les trois chaînes de la MBC. Mais la première chaîne privée mauricienne ne s?est pas encore? libérée.
Publicité
Publicité
Les plus récents