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Lindsay Seers, d?images en imagination
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Lindsay Seers, d?images en imagination
Au premier contact, voilà nos repères chamboulés. Avec ce calme nourri des ?grandes? théories, Lindsay Seers fige le temps. L?arrête l?espace d?un instant. Celui décisif où elle révèle qu?elle a formaté sa vie pour se transformer en appareil photo !
Métaphore, métamorphose, méconnaissable. De l?Anglaise sage aux cheveux coupés courts, elle devient l?égérie d?un univers où les images bougent. Durant ses ?représentations? qui durent une vingtaine de minutes, ce commissaire d?exposition, explose hors du cadre. Fait de sa bouche un objectif.
Zoom sur une somme d?expériences inédites, oscillant entre le vécu-réalité et une destinée réinventée. ?Je suis née à Maurice?. Si dans les faits, la frêle Anglaise a vu le jour à Portsmouth, c?est dans les quartiers de la HMS Navy à Vacoas qu?elle prend réellement conscience de son identité, d?où sa véritable ?naissance? sous les tropiques.
A l?époque, la fillette a sept ans. Un visage angélique avec une petite moue boudeuse enfermée dans le mutisme. ?J?avais une mémoire photographique qui saisissait tellement de détails que je ne ressentais pas le besoin de parler.? Sept ans : âge de raison. Chiffre porte-bonheur, numéro fondateur. Pour son anniversaire, la mère de Lindsay décide d?immortaliser le regard de sa fille. Déclic qui aura l?effet d?un détonateur. ?Quand j?ai vu la photo, je me suis rendu compte que je ne faisais pas un avec le monde, que je n?étais que l?un de ses innombrables objets.?
Lueur dans notre cerveau : Freud et Lacan ne sont pas étrangers à la démarche de Lindsay Seers. ?Oui, je les ai ?rencontrés? aux Beaux-Arts?. Titulaire d?un BA Fine Arts de la Slade School du University College London, elle a décroché un MA in Fine Arts du Goldsmith College de l?université de Londres. Des années d?études où Lindsay Seers ingère des doses massives de Henri Bergson, Roland Barthes, Jean Baudrillard. ?Je n?arrêtais pas de prendre des photos, c?était devenu une pulsion obsessionnelle. Mes photos n?avaient rien d?esthétique au sens classique du terme. Je m?intéressais au point d?impact d?un pied de chaise sur un sol couvert de marbre. Au contraste entre le blanc d?une boîte de lait et le rose du linoléum.?
Elle en devient pénible pour son entourage qui lui arrache son appareil photo. ?C?est là que j?ai découvert la technique consistant à faire de mon corps un appareil photo. La photo est frustrante, elle ne capture pas entièrement la mémoire de l?instant, ni l?expérience, ni la conscience de notre présence dans l?espace. La photo ne restitue rien de la texture, du poids, des odeurs des gens et des choses. Il me fallait à tout prix repenser ce médium.? Devenir soi-même appareil photo. Et concrétiser sa démarche en consignant son histoire par écrit. C?est le mois prochain que sortira My life as a camera, dans les colonnes de la revue spécialisée londonienne, Miser and Now.
Une telle densité de questionnement ne pouvait pas s?arrêter aussi abruptement. ?Au bout du compte, la photographie ne s?intéresse qu?aux images du passé.? Lindsay Seers envisage désormais à une ?existence? de projecteur. Une nouvelle métaphore des images de la vie qu?elle est venue penser à Partage, l?atelier de travail de l?association éponyme.
Association
Partage sans départage
- Diversité de sensibilités jetées à contre-courant sur les bords de Flic-en-Flac. Pour partager. Ils sont 28 artistes ? dont dix-sept venus de Chine, de Madagascar, d?Inde, du Pakistan, d?Australie, de France, entre autres. Peintres, sculpteurs, concepteurs d?installations, venus communier avec la ?tribu? de Krishna Luchoomun, responsable de l?association Partage.
Débordant du petit local du Outdoor Complex de Flic-en-Flac, c?est sous le multipliant, qui a l?air d?avancer, que la création se fait. Sur un banc, il y a Ali Mroivili, le Comorien, surpris dans sa quête d?identité. Son travail : un sac de sport dont il a percé le fond pour y introduire des racines glanées durant ses promenades sur la plage. L?ensemble semble vouloir dire que ce sac de voyage est trop précieux pour envoyer en soute, qu?il doit rester avec son propriétaire parce qu?il contient ses racines.
Plus loin, dans une odeur de térébenthine et de thé chaud, une surface de toile peinte couleur ocre, des brindilles torturées pour épouser du fil de fer. Sous la table où refroidissent des samoossas au fromage : des chiots et des chatons qui s?ébattent ensemble sous les caresses des convives. Le fruit de cette réflexion esthétique sera exposé du 16 au 25 juillet prochain à la galerie d?art de l?école des Beaux-Arts du MGI à Moka.
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