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Balzac, Dumas, Littré, Rossi, Arago et les autres

11 juillet 2004, 20:00

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En prévision de la fête nationale de la République française qui, sauf contrordre de dernière minute, du genre changement de règles du Commonwealth en cours de jeu, doit être célébrée mercredi et peut-être même avant, la présente chronique espère faire ?uvre utile en rappelant à ses lecteurs que notre panthéon mauricien, alias le Dictionnaire de biographie Mauricienne, abrite bon nombre de noms de personnalités francophones et hexagonales et dont le petit Larousse (des noms propres) nous conte allègrement hauts faits et autres prouesses. Allons-y donc pour une randonnée dans le temps, sur l?air des flons-flons et des cocoricos. Encore que notre chanson aurait été plus alerte et moins enrouée si le XI de France ne s?était pas laisser dominer de la tête et des épaules par ces Grecs de l?équipe hellénique. Les méchantes langues insinuent que le temps que Claude Santini conseille à ses joueurs : ?Timeo Danaos et dona ferentes?, ses ?coachés? encaissaient le cadeau empoisonné d?un but olympien, marqué de la tête de surcroît.

Notre Balzac ne se prénomme pas Honoré, comme son frère adultérin et célèbre auteur de La Comédie humaine. Plus terre-à-terre, il fut géomètre-arpenteur, né à Tours, comme il se doit, le 31 décembre 1807 et mort à? Mayotte, le 11 mars 1858. Plus indocéanique que ça, tu meurs. Adoré de sa mère, il inspira à son frère romancier une féroce jalousie, nous assure l?auguste Dr Toussaint. Pas étonnant donc qu?il préféra sagement aller chercher fortune aux Mascareignes, après un stage à l?Ecole des Mines. Il dut se contenter d?un poste de professeur au pensionnat de M. Victor Singery. Sa vie se romance quelque peu après son heureux mariage avec la veuve du capitaine au long cours Constant Fidèle (quel pléonasme) Armand Dupont. Elle avait 15 ans de plus mais autant de maisons, d?habitations et de Noirs. De quoi donc voir la vie en rose. Après avoir donné un filleul à son frère et, comme lui, prénommé Honoré, il revint à Maurice, obtint un poste d?architecte dans le service civil mauricien. Furieux de ne pas obtenir aussi une charte d?arpenteur-juré, se met à son compte et se transforme en entrepreneur (malheureux) en bâtiments.

Endetté jusqu?au cou, selon les meilleures traditions balzaciennes, il s?exile d?abord à la Réunion puis à Mayotte où le rejoint la Camarde. C?est alors que la nouvelle parvient à Maurice que son vrai père, M. de Margone, mort à Paris le 11 mai 1858, lui laisse un héritage considérable et révèle du même coup aux Mauriciens que le gouvernement colonial, qui préside à leurs destinées, a refusé une charte d?arpenteur-juré au frère adultérin d?Honoré de Balzac. La perfide Albion ?jura mais un peu tard, qu?on ne l?y prendrait plus?.

Alexandre Dumas (1802-1870), le prolifique père entre autres des Trois mousquetaires et, vingt ans après, du Comte de Monte-Christo, sans oublier son rejeton et auteur de La Dame aux Camélias, a aussi eu l?amabilité de situer à Maurice son roman colonial Georges le Mulâtre qui ressemble à s?y méprendre à notre Rémy Ollier. Mais, malgré ses origines antillaises, il n?a jamais posé pied sur le sol mauricien, à l?instar de Charles Baudelaire, de Paul Jean Toulet, de Pierre Benoît, de Maurice Bedel, de Georges Duhamel, de Robert Merle, de Marc Blancpain, de Merleau-Ponty, de Jean-Marie Le Clézio. Cela ne doit pas nous faire oublier que Georges le Mulâtre constitue la photographie sociale la plus exacte de l?île Maurice des années 1840 et que, à ce titre, ce roman mérite une attention encore plus soutenue de notre part que celle accordée à Paul et Virginie. Les générations à venir ne nous pardonneront pas de n?avoir pas célébré comme il se devait, en 1994, le 150e anniversaire de la parution de Georges le Mulâtre. Que diable ! nous ne sommes plus soumis aux caprices et autres fantaisies des oligarques les plus obtus.

Nous ne parlerons donc pas du flamboyant Alexandre Dumas mais de ses homonymes locaux moins reluisants. Il y a donc Jean-Daniel Dumas (1721-1791), militaire et administrateur. Il est nommé gouverneur général de l?Isle de France et de Bourbon, le 24 juillet 1766. Il y débarque le 1er juillet 1768 avec l?intendant Pierre Poivre. Il est connu pour son manque de souplesse et de courtoisie. Il se plaisait à haranguer les colons, botté et cravache à la main. Il pénétra un jour dans la salle du Conseil supérieur, à la tête de soldats armés pour forcer l?enregistrement d?une ordonnance lui donnant le pouvoir d?incarcérer selon son bon plaisir et exila à Rodrigues, Rivalz de Saint-Antoine. Le Poivre lui montait facilement au nez.

De Dumas en Dumas

Pierre Benoît, dit Dumas (1696-1746), également gouverneur de l?Isle de France et de Bourbon, du 12 mars 1729 à 1735, fut plus accommodant mais aussi plus terne. Savoir à présent lequel des deux Dumas a laissé son nom à la rue menant à la gare centrale à Port-Louis ? Il ne peut en tout cas pas s?agir de Paul Léon Dumas (1892-1962) qui fut recteur par intérim du collège Royal, bien que né à Limoges et jamais limogé en dépit de ses origines françaises par la perfide Albion. Il fut membre d?honneur de l?Alliance française, membre honoraire de la Société des écrivains mauriciens, du Cercle littéraire de Port-Louis et de l?Indian Cultural Association.

Nous n?eûmes pas le fils, Emile Littré, célèbre lexicographe (1801-1851) et auteur du Dictionnaire de la langue française (1863-1873), mais nous accueillîmes son père, Michel François (1765-1827). Il fut le secrétaire du contre-amiral de Saint-Félix. Il était jacobin et, à ce titre, força M. de Villèle, le futur ministre français des Finances, de la Restauration, à danser autour du mât (à ne pas confondre avec Dumas) une ronde qu?il avait composée et dont la première stance disait ceci :

Un comte avait noblesse

Bien roulée en parchemin

Un maudit rat pièce à pièce

A rongé tout le vélin

Pourquoi diable sa noblesse

Est-elle de parchemin

Ce Sans-Culotte lettré, ne cachant guère ses couleurs politiques fut pris en grippe par ce Vieux Colon d?André Maure, qui laisse de lui le plus méchant tableau qui soit : ?Ce Litrai, homme à figure pâle, à cheveux noirs tombant sur les épaules et qui devint par la suite le Marat du parti? Sans Culotte de l?Ile de France. Il fut élu, avec Michelet (tiens ! tiens ! tiens !) et Chauvet, membre du comité de sûreté publique. Il exigea que Malartic arbore désormais le drapeau tricolore à bandes verticales, dessiné par David (pas Marc ni James Burty mais le peintre d?Angers). Littré livra bataille avec Renaud aux navires de la perfide Albion, Centurion et Diomède. L?assemblée coloniale le récompensa d?un sabre d?honneur. Il participa aux grandes Sans-Culottides du mois d?août 1795. Guyon et lui marchèrent en tête du défilé, lors de cette Fête des Vertus (républicaines, bien sûr) et qui, au chant de la Marseillaise, marcha de la place d?Armes au Champ de Mars (et non l?inverse comme nous le faisons plus logiquement pour profiter de la descente et du vent arrière). Il discourut sur les bienfaits de la Révolution, les avantages de la Liberté, la force et l?influence des Sans-Culottes et la nullité du gouvernement (nous sommes bien d?accord, n?est-ce pas ?) et des autres institutions (l?ICAC comprise).

A la Chaumière, il proposa un changement général et systématique des prénoms afin de remplacer ceux par trop chrétiens par des noms d?animaux (Lion au lieu de Léon), de fruits (Papaye au lieu de Popeye) et de légumes (bringèle au lieu d?Angèle !). Le DBM (p. 893) précise qu?il démontra ?dans une philippique qui mit en joie l?assistance qu?un chou valait bien le saint Augustin de Cantorbéry ayant civilisé (?) l?Angleterre et qu?un navet pouvait hardiment entrer en parallèle avec le grand Alfred qui lui avait donné la charte, la régissant toujours?. Il n?est guère étonnant qu?une bordée de légumes, sans doute pas de première fraîcheur, accueillit cette suggestion aussi sotte que grenue. Frileuse l?assemblée coloniale décréta alors le renvoi en France de cet agitateur audacieux et terroriste. C?est alors qu?il donna naissance à son lexicographe de fils qui serait devenu médecin si son père n?était pas mort prématurément, en 1827. Peut-on imaginer plus beau sacrifice de sa propre vie !

Nous devrions mieux connaître, surtout en ces jours de festivités républicaines et de prise du maillot jaune du Tour de France à l?Américain Lance Armstrong par le champion de France, Thomas Voecker, François Arago (1786-1853), astronome, physicien, homme politique français, compagnon du poète Lamartine et de Victor Schoelcher, à la tête de la IIe République française (1848-1852), ne serait-ce que parce qu?il fit, en tant que ministre de la Marine, abolir l?esclavage dans les colonies françaises. Il nous faut aussi savoir que son frère cadet, Jacques Etienne Victor (1790-1855), littérateur et voyageur, prit part à la circumnavigation de l?Uranie, sous les ordres de Duperrey et qu?il séjourna à Maurice du 5 mai au 16 juillet 1818. Bien qu?aveugle, il rédigea Promenade autour du monde pendant les années 1817-1820 et Souvenirs d?un aveugle : Voyage autour du Monde qui contiennent des descriptions intéressantes de la vie à Maurice.

Rendez-vous à une autre chronique pour saluer d?autres Français illustres et faisant partie de notre histoire commune.

<I>?Alexandre Dumas, le prolifique père entre autres des ?Trois mousquetaires?, a aussi eu l?amabilité de situer à Maurice son roman colonial ?Georges le Mulâtre?. Mais, malgré ses origines antillaises, il n?a jamais posé pied sur le sol mauricien.?</I>

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