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Yves David et les propriétés de l?esthétique classique
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Yves David et les propriétés de l?esthétique classique
Pour sa 5e exposition en solo, Yves David prend pour matière de ses tableaux les trois principaux éléments de la nature : la terre, l?eau et le ciel. Grâce à sa sensibilité appliquée à une technique pointilleuse qui confine l??uvre à la perfection, et à une composition magistrale qui donne à ces thèmes prosaïques un lustre, il en fait des chefs-d??uvre.
Les 36 tableaux d?Yves David, de trois dimensions (20 x 26, 20 x 16 et 18 x 14), réalisés au courant des trois dernières années et dévoilant une admirable maîtrise de la technique d?huile sur toile, sont actuellement visibles à l?alliance française de Bell-Village jusqu?au 21 juillet.
Yves David, peintre autodidacte, est un artiste complet. Il arrive à préparer lui-même ses toiles à partir de tissus achetés, est capable de composer toute une gamme de vert à partir du bleu et du jaune, réalise les zones d?ombre à partir d?une série de complémentaires, change souvent de palettes, et peut réaliser un tableau en trois heures. Mais par-dessus tout, l?art pictural reste chez lui une science qui trouve ses fondements avant tout dans le respect et la maîtrise de la technique classique, où les détails qu?il cherche rigoureusement à faire refléter dans chacun de ses tableaux deviennent les propriétés de son esthétique.
C?est ainsi qu?il travaille ses compositions. Dans l?obéissance minutieuse de la science de perspective, reine de l?organisation des tableaux. Les procédés qu?il utilise s?appliquent aux formes (la perspective linéaire) aussi bien qu?aux couleurs (perspective atmosphérique). Sur le plan de la forme, à chaque fois qu?il traite sur ses toiles des zones extrêmement éloignées, il ne se contente pas de diminuer progressivement, à la manière traditionnelle, la taille des personnages et des motifs, mais va jusqu?à brouiller les contours pour marquer la profondeur.
A cette technique d?estompage des formes, il rajoute la perspective chromatique. Autrement dit, en adoptant toute une gamme de couleurs, il crée une variation d?intensité lumineuse. Le contraste qui résulte de cette altération des teintes lui permet d?opposer les plans lointains aux plans proches. Et c?est ainsi qu?il parvient à exploiter la technique du trompe-l??il pour donner au spectateur l?illusion de voir trois dimensions sur ses surfaces planes. Pour renforcer l?intérêt visuel des scènes, il insère ses peintures dans des cadres avec profondeur ? cela ne fait que contribuer davantage à la réalisation de la perspective.
Entre esthétisme et poésie
La représentation artistique chez David devient donc des fenêtres ouvertes. Ouvertes, oui, mais pas sur n?importe quoi. Car l?application d?une telle rigueur au respect des techniques exige bien un choix judicieux de sujet. Telles les «scènes à l?italienne» au théâtre, les tableaux de David, qui se situent essentiellement au carrefour de l?esthétique et de la poésie, s?ouvrent pour la plupart sur l?atmosphère pittoresque et citadine des paysages : allées, rues, arrière-cours, plaines, marchés, coins de port, plages, rivières, bassins, digues...
Enfin, qu?il s?agisse des sous-bois ou des vues fluviales, des vues panoramiques ou des vues intimistes, le paysage sert tantôt d?arrière-plan aux scènes de vie, comme celui de cette rue montrant ce marchand de dholl pourri entouré de clients ou celui des Salines dans leur harmonie de bleu, et tantôt de sujet dominant, comme celui de La Louisa, mettant en valeur un flamboyant fleuri. Quoi qu?il en soit, chaque paysage est traité avec habileté et raffinement, allant jusqu?à permettre aux violacés des troncs d?arbres aux feuillus verdoyants de composer l?harmonie avec le pâle bleuissement d?un ciel éloigné.
De toute évidence, les tableaux d?Yves David relèvent d?un art pictural qui s?enracine dans la nature d?où ils tirent toutes leurs forces. C?est pourquoi, si sa peinture est remarquable, elle l?est non seulement par la représentation qu?elle donne de la nature mais aussi par son réalisme, comme le témoigne cette vue marine aux nuances des couleurs qui planent sur l?eau de mer limpide de Pointe-aux-Piments.
Dans l?ensemble, chacun de ses tableaux exposés s?impose par un réalisme aigu. Il est évident que sa tentative d?appliquer les règles de l?art pictural classique dans les moindres détails n?est autre que la quête d?un moyen artistique pour traiter la réalité perceptible et, surtout, pour la restituer dans sa forme la plus naturelle. Le réalisme chez David est en effet un art qui ne consiste pas simplement à imiter la nature, mais à voir et à faire voir ce qui s?y cache. Pour le réussir, ses paysages sont saisis sur le motif. Car «la peinture relève beaucoup de l?observation», affirme-t-il. C?est pourquoi ses ?uvres ne peuvent pas être considérées comme un pur produit de son imagination.
Effets d?atmosphère
Comme le révèle son application minutieuse de la technique de perspective, si l?artiste peint le paysage, ce n?est pas uniquement pour son caractère pittoresque, mais aussi pour ses effets d?atmosphère. Dans ce tableau qui dévoile une scène de vie chez les pêcheurs de Grand-Baie se reflète un rayon lumineux de soleil. L?impression qui s?y dégage n?est pourtant pas seulement celle d?une lumière diffuse qui traverse le tableau, mais de la chaleur qui monte également. De même, en fixant le tableau Pointe-aux-Caves, on a l?impression que les écumes de l?eau bougent.
Capter l?instant magique où l?esprit prend conscience de l?écoulement d?un temps et fixer sur toile cet instant privilégié comme mouvement, tel semble être l?objectif que l?artiste s?est employé à rendre au bout de ses pinceaux. «Quand je peins, la pendule s?arrête. Plus rien n?existe» dit-il.
Du réalisme à l?impressionnisme, l??uvre de cet ardent admirateur de Max Boullé relève de la nette manifestation de la raison. Car l?art, chez lui, reflète l?esprit rationaliste. Quand il traduit ses observations, c?est avec lucidité qu?il le fait. Mais à voir l?habileté avec laquelle il met la beauté et l?émotion dans l?image de chaque élément de la nature, on ne peut que déduire combien se dévoile derrière sa sensibilité d?artiste une âme de poète.
Là où cette même sensibilité rend l?apparence précise des choses en leur donnant une signification qui les fait paraître différentes, l?âme du poète leur permet d?être élevées au niveau de l??uvre d?art. C?est ainsi qu?il finit par conduire la nature vers sa plénitude. Et ce faisant, Yves David dévoile le témoignage de l?amour d?un peintre-contemplateur pour les paysages qu?offre son pays natal. Il faut, à notre tour, savoir contempler ses tableaux, non pas pour répondre à son amour de la nature, mais pour ne pas rater l?occasion de voir de près des tableaux réalistes comme on n?en fait plus de notre temps.
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