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L?archipel Ensablé

10 juillet 2004, 20:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Perfide et arrogante. Pour défendre ses intérêts et éviter de perdre la face, la Grande-Bretagne prend le risque de perdre son honneur. Elle n?en a cure. Le pays de la « diplomatie éthique » devient un État tricheur qui fausse les règles du jeu quand il découvre qu?il va perdre la partie. Il avoue ainsi la fragilité de sa cause.

En décidant de se soustraire unilatéralement à un simple « avis consultatif » que Maurice se proposait de demander à l?Assemblée générale de l?Onu de solliciter auprès de la Cour intermationale de justice, la Grande-Bretagne reconnaît que son occupation de l?archipel des Chagos est indéfendable en droit. Elle anticipe le blâme.

Londres sait que les juges de la cour de La Haye sont particulièrement pointilleux sur les questions de territoire. Ils en ont donné une nouvelle démonstration cette semaine en déclarant contraire au droit international l?édification d?un mur par Israël en territoire palestinien occupé. La cour estime en outre que l?Onu, l?Assemblée générale et le Conseil de sécurité doivent, « en tenant compte de l?avis consultatif, examiner quelles nouvelles mesures doivent être prises afin de mettre un terme à la situation illicite ». C?est ce à quoi Londres s?exposerait.

La fébrilité subite de la Grand-Bretagne vient de ce quelle n?a pas cru jusqu?à récemment que Maurice pouvait prendre le risque de compromettre les relations par ailleurs excellentes qui existent entre les deux pays en internationalisant de la sorte un litige déclaré depuis plus de vingt ans. Mais c?était sans compter avec les problèmes de dignité personnelle. L?histoire dira un jour si la brutale intensification de la revendication mauricienne n?est pas aussi due au mépris affiché par Tony Blair à l?égard du Premier ministre mauricien, qui ne supporte pas qu?on le snobe. Rightly so. Au-delà de la personne de Paul Bérenger, c?est Maurice que le gouvernement Blair a traité avec une morgue d?autant plus intolérable que nous sommes dans notre bon droit.

Sur cette question de droit, il n?a pas été utile d?attendre l?avis des juristes britanniques pour constater que l?excision de l?archipel des Chagos avait été effectuée en violation flagrante de la charte et des principes de l?Organisation des Nations unies. En l?occurrence, une résolution spécifique de l?Assemblée générale des Nations unies avait établi que toute tentative visant à démembrer l?intégrité territoriale d?un pays avant son accession à l?indépendance serait incompatible avec les objectifs et les principes de la charte - Résolution 1514 du 14 décembre, 1960. C?est fort de cette résolution de base et d?une condamnation spécifique de la Grande-Bretagne, en 1965 à l?Assemblée générale de l?Onu, que le rapport du Select Committee institué en 1982 pour enquêter sur les conditions de l?excision de l?archipel des Chagos avait déjà « strongly put in question the legal validity of the excision ».

Depuis, tant sur le plan bilatéral que dans les instances politiques internationales, Maurice n?a pas cessé de dénoncer cette violation du droit international, d?exiger le respect de sa souveraineté sur les îles occupées et souhaité l?ouverture d?une négociation entre les parties.

Au delà de la dimension personnelle, le litige s?est aggravé depuis qu?il est apparu que, contrairement à une première indication d?assouplissement de la position britannique et une certaine disposition à négocier, diverses mesures ont été prises par Londres pour tenter de consolider le statut contesté du British Indian Ocean Territory, qui englobe Diego. Adding insult to injury, alors que Maurice cherche à éviter une confrontation directe, le gouvernement de Tony Blair a tout fait pour humilier le Premier ministre mauricien. À Londres cette semaine, le Foreign Office a donné dans la provocation en proposant à Paul Bérenger la consolation d?un appel téléphonique du ministre Jack Straw au lieu d?une rencontre au 10 Downing Street. Blair s?est rattrapé depuis par une lettre apparemment chaleureuse.

Devant le constat de notre impuissance continue et aussi révoltante que soit l?attitude du gouvernement Blair, la perfidie britannique ne doit pas servir à occulter le fait d?une responsabilité politique mauricienne historique dans le démembrement de notre territoire national. L?ignorance, le cynisme et l?égoïsme des dirigeants politiques d?alors ont été habilement exploités par les Britanniques pour arriver à leurs fins. Cette collusion mauricienne n?excuse ni ne justifie en rien la faute des Britanniques, mais elle nous enseigne une leçon qu?il serait judicieux de retenir : le démembrement du territoire national a été plus facile parce que les Mauriciens étaient largement divisés sur la question de l?indépendance. Maîtres en la matière, les Anglais ont exploité cette division. Il a été clairement établi que l?excision de l?archipel a fait l?objet, en 1965, d?un chantage politique. L?ancien Premier ministre, Sir Seewoosagur Ramgoolam, l?a avoué en 1982 devant un Select Committee du Parlement.

Lors des négociations à Lancaster House, en Angleterre, le Parti travailliste et ses alliés voulaient faire accéder le pays à l?indépendance sans passer par le référendum que réclamait le PMSD de Gaëtan Duval, partisan d?une association plus étroite avec la Grande-Bretagne. Un référendum sur une telle question en 1967 aurait été sans doute favorable au PMSD. Les Anglais ont vu la faille. Ils ont coincé Ramgoolam : céder les Chagos pour éviter le référendum souhaité par le PMSD. Des négociations secrètes eurent lieu et Ramgoolam lâcha d?autant plus facilement les Chagos que les habitants de l?archipel avaient été totalement abandonnés à leur sort. Il n?existait pratiquement aucun lien entre Maurice et ses îles lointaines.

Il faut se replonger dans le contexte de l?époque. Les îles et les Chagossiensne faisaient aucunement partie du débat mauricien. L?ancien Premier ministre a eu la candeur de l?avouer: « J?ai reçu une requête. J?ai dû décider pour le mieux : céder une portion de notre territoire que peu de gens connaissent ou compromettre l?indépendance. J?ai pensé que l?indépendance était primordiale. » C?est cynique, mais c?est la vérité.

En revanche, Seewoosagur Ramgoolam et les autres dirigeants travaillistes ont menti honteusement en prétendant qu?ils ne savaient pas que Diego Garcia était destinée à devenir une base militaire américaine. Ils le savaient parfaitement. Et s?ils ne le savaient pas, ils sont encore plus à blâmer. Ce n?est qu?une vue de l?esprit. Ils le savaient si bien que les principaux dirigeants travaillistes sont même allés à l?ambassade américaine à Londres solliciter des faveurs que les Américains ont d?ailleurs catégoriquement refusées. Déjà, les États-Unis se protégeaient en arguant que la question devait être discutée avec Londres. Car à Diego, ils ne sont que locataires, titulaires d?un bail. Les Anglais eux-mêmes, alliés pour la défense des intérêts occidentaux dans la région, n?avaient pas manqué d?extorquer quelques avantages financiers à Washington. Mais ce n?est pas la question.

La question, c?est l?obligation d?un consensus national. Le leader de l?opposition doit refuser la tentation de la politicaille. Il a joué son rôle dans ce combat. C?est lui qui disait au Parlement : « We have agreed to the need to speak as one people on this, I take it that we have kept all our options open, including the Independant International Court, if the need arises.» C?est maintenant, toutes les portes ne sont pas fermées. Peut-être en effet que le Premier ministre a parlé trop tôt. Mais le leader de l?opposition doit parler juste.

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