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Ton Vyé prisonnier de la souffrance

9 juillet 2004, 20:00

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Retour aux sources. Ton Vyé, un nom qui évoque le naturel, la fatigue peut-être aussi de trop souffrir. Ton Vyé, il est comme ça, jamais trop, toujours modéré. De son nouvel album, Prisonnier de la Rue, Ton Vyé renvoie en pleine figure, tout le désarroi du peuple, vivant avec une peur d?être des prisonniers. Sur les traces de ce Chagossien qui parle de Jah Rastafarai, nous découvrons un homme profondément humble et en quête de liberté. La liberté de plus ne plus souffrir.

Prisonnier de la Rue. Pourquoi ce titre ?

(Réflexion). Nou né pli libre. Même lor chemin, dimounn vive dan la peur, la crainte qui à n?importe ki l?heure, n?importe quand, nou capave vine ène prisonnier. Liberté ine perdi, que ce soit la liberté d?esprit ou autre. La population vit avec des barreaux tout autour ! Nous sommes tous quelque part, prisonniers de ce qui nous entoure?

D?où vient votre inspiration pour ce nouvel album ?

L?inspiration c?est naturel ! Prisonnier de la Rue était une chanson que j?avais depuis longtemps. Je suis parti de cette idée pour cet album : personne pas innocent ni coupable. D?abord la chanson s?appelait Freedom, et puis je l?ai changée, je voulais que le titre se rapproche de la justice.

Est-ce que c?est suite à l?arrestation des artistes que vous avez intitulé votre album Prisonnier de la Rue ?

Non, cela n?a aucune relation.

Quel message principal voulez-vous alors transcrire avec cet album ?

(Pause). Aime ton prochain comme toi-même. Mwa mo croir dans sa philosophie là. Jah qui naprenn mwa sa.

Justement, vous parlez beaucoup de Jah Rastafaraï dans vos chansons, avec «Lamour Jah », « Mo fatigue »? Parlez-nous de cette croyance.

Jah Rastafaraï, c?est un autre mot pour Dieu. Cela vient de la Jamaïque, c?est le roi des rois ! Bann rastamen ine trouve ene grand guide en Jah Rastafaraï. Mo croyance inspire mwa beaucoup. Quand j?écris une chanson, cela vient de mon c?ur. Avant, c?était très difficile d?accepter les chanteurs rasta. Quand je jouais avec Kaya, les critiques n?arrêtaient pas, parce qu?on nous accusait d?être influencés par les Jamaïcains.

Nous avons l?impression que la musique égratigne vos blessures. Est-ce vrai ?

(Silence). Monn passe dan trop difficultés, c?est vrai. Sa ine fer mwa vine sensible, c?est comme ène cicatrice. D?abord monn quitte mo l?île, mo ti éna 8 ans. La musique, c?est une façon de m?exprimer. Moi, ma souffrance est presque devenue naturelle. La musique agit alors comme un médicament!

Parlez-nous de cette souffrance, de votre vie d?artiste, de vos débuts?

(Emu). Ou coné, plis ou éna bon c?ur, plis ou pou souffert. Ma mère était chanteuse, je me souviens encore quand j?avais 15 ans. Je voyais mes tantes se préparer pour aller donner des concerts. J?étais toujours le premier à me proposer pour transporter les instruments de musique sur mon dos ! Voilà qu?au fur et à mesure je sortais des compilations en collaboration avec les autres artistes. Voilà où j?en suis aujourd?hui, à mon deuxième album solo après Péros vert en 2002.

Si nous vous disons «Piratage», quelle est votre réaction ?

Le piratage, c?est une maladie ! Les pirates sont très intelligents, ils attendent de voir quel album marche le mieux, et ils augmentent leur production. Mais je dirai aussi ceci : les producteurs sont parfois comme les pirates ! Pas honnêtes dans zot travay ! C?est une des raisons pour laquelle un artiste reste toujours pauvre?

Ton Vyé, dire-nous qui ou pli grand rêve?

(Nostalgie). Chanter tou bann vieux chansons Chagos ! Mo z?îles, avec tou so sonorités, rythmes, cadences. Mon rêve c?est bien cela; chanter avec tous les grands Chagossiens, enn bon séga typique dan mo ti paradis?

La douleur d?un chanteur

Son cri déchire. Sa voix apaise. L?album Prisonnier de la Rue de Ton Vyé éveille tant de contradictions. Ton Vyé à la recherche d?une liberté introuvable. Il parle aussi de l?amour d?un Jah Rastafaraï. Il s?élance, en quête d?une profonde sensation de naturel. Loin des bruits sociaux, avec la chanson Mo fatigue. Près du c?ur des prisonniers de la rue, condamnés à errer derrière les barreaux. Empreint d?une souffrance aigüe, cet opus est surtout un hymne à la vie. Freedom montrer mwa to pouvoir, semble clamer Ton Vyé de sa voix calcinée.

Le rythme lent, aux soucousses reggae et avec une nuance de seggae, l?album rappelle les influences de la Jamaïque. Avec ses «fam noir, fem afrique aux cheveux Mazambiques», Ton Vyé chante ses origines. L?Afrique girofle, Chagos mélancolie, Maurice refuge. Les notes répétitives peuvent parfois lasser, mais les textes sont toujours aussi poignants. On y parle de la fausse amitié, d?un retour forcé aux origines. L?album de Ton Vyé porte haut, la culture rasta. Des huit chansons de l?album, S?ur O semble transporter un souffle différent. Quand Ton Vyé se place derrière les barreaux, il s?exprime. Son album vaut bien une attention particulière parce que sur ce deuxième album après le déchirant Péros Vert, Ton Vyé donne tout de sa fraîcheur, de son talent et de son envie de diffuser des messages symboliques. Dans les bacs depuis trois semaines déjà, Prisonnier de la Rue est en vente à Rs 200 chez tous les disquaires.

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