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« Le suicide , c?est une solution définitive à un problème temporel »

26 juin 2004, 20:00

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Le temps d?un café fumant et cet homme aux yeux verts parle avec son c?ur. C?est un être qui croit en l?individu. Il l?affirme, l?homme n?est pas faible, il est vulnérable. Mark Milton est le président de l?International Federation Of Telephone Emergency Services (IFOTES) après avoir été volontaire de Befrienders en Suisse. Bravant les barrières du désespoir, jonglant avec les émotions, Mark Milton a un but précis dans la vie. Ramener ceux qui sombrent dans le gouffre au sens profond de la vie. Hier encore, il donnait une formation aux Mauriciens sur l?écoute de l?autre. Il n?est pas de ceux qui condamnent. Lui croit aux relations humaines qui guérissent les blessures. Le suicide, les conflits, l?auto-destruction, pour lui, ce ne sont que des plaies qui cicatrisent avec l?écoute.

Aujourd?hui vous l?affirmez : « Je crois en l?homme ». Comment en êtes-vous arrivé là ?

J?ai toujours été passionné par la communication. À 14 ans, j?essayais de comprendre d?où venait mon énergie physique et psychique. D?abord j?ai fait des études à l?Ecole internationale de Genève, me spécialisant dans le marketing. Mais il me manquait quelque chose qui me permettrait de me sentir heureux. Sentir que je participe à quelque chose de plus collectif ! En 1992, à 30 ans, je suis devenu volontaire de La main tendue, de Befrienders en Suisse. J?ai suivi une formation pour un soutien émotionnel. C?est là que j?ai découvert la communication interpersonnelle. En 1994, je suis devenu directeur de La main tendue et en 1998, on m?a proposé d?être membre du Board of Directors de Befrienders International. Aujourd?hui, il y a déjà 32 pays qui se sont inscrits dans l?IFOTES. Maurice va être le 33e pays !

Parlez-nous de votre travail. Comment entendez-vous pouvoir sauver quelqu?un du suicide ?

(Réflexion). Je crois en l?empathie. C?est la capacité à comprendre l?autre et à le voir avec son c?ur. S?imaginer être dans sa situation. Notre association fait de la prévention primaire, qui consiste à être à l?écoute des enfants. Ce ne sont pas des suicidaires, ce sont des êtres qui feront face à des frustrations et à des conflits plus tard. En faisant des formations avec eux, nous essayons de mieux les préparer à affronter ces difficultés. Mais nous faisons aussi de la prévention secondaire, pour écouter les gens qui songent au suicide et qui nous appellent aussitôt. La troisième prévention, c?est la prévention tertiaire, qui empêche ceux qui ont déjà fait une tentative, de franchir le pas à nouveau.

Sommes-nous tous un peu suicidaires ?

(Etonnement). Certes, nous nous posons tous à un certain moment la question « Pourquoi est-ce que je vis ? ». Quand ce doute nous frôle, certains ont plus de faculté à rebondir que d?autres et parviennent mieux à se sortir des difficultés. Par exemple, si vous êtes soudainement au chômage, vous pouvez facilement basculer ou au contraire, prendre les choses en main et vous battre ! Un philosophe japonais a dit : « Le suicide, c?est une solution définitive à un problème temporel ».

Pourquoi notre société devient-elle la proie de cette forme d?autodestruction ?

C?est très vrai, il existe pas moins d?un million de suicidés par an. Même à Maurice, on note 230 cas par an, c?est plus que les accidents. Mais ce que l?on ne dit pas assez, c?est que ces chiffres sont beaucoup plus élevés.

Vous parliez des jeunes. Pourquoi le suicide les concerne de plus en plus ?

Comme je l?ai dit, les jeunes peuvent avoir beaucoup de frustrations à l?intérieur d?eux-mêmes. Des chagrins d?amour, de l?incompréhension, certains ont peur d?être rejeté, de ne pas être assez aimé? Ils subissent des pressions, des tensions de part et d?autres. Quand un jeune se sent mal, qu?il n?a plus envie de vivre, de voir ses proches autour de lui, ni même l?envie de créer une connexion avec les autres, le suicide pourra le tenter. Celui qui y pense, c?est celui qui n?a plus envie d?exister pour les autres. Et celui qui vient vers nos services d?écoute, c?est celui qui ne veut surtout pas entendre des conseils sur ce qu?il devrait faire. Ce dont il a besoin, c?est de l?empathie.

Comment gérez-vous la situation en sachant que celui qui songe au suicide est dans un état de vulnérabilité extrême ?

(Silence). Nous sommes là pour aider les êtres vulnérables à remettre de l?ordre dans leurs idées et dans leur c?ur. Je veux que vous compreniez cela ; quelqu?un qui appelle Befrienders, c?est quelqu?un qui ressent une telle solitude au niveau de son intimité qu?il a besoin de la partager. Une telle souffrance. Mais c?est à lui de demander des conseils. Je ne peux pas lui dire ; « Bon, vous devez faire ci ou cà? ». Non ! Nous ne faisons pas de diagnostic, ni d?analyse. Le vulnérable n?a besoin que d?une oreille attentive, qui le soulagerait. Créer une connexion. Et nous, nous lui offrons ce genre de relation.

Comment pouvons-nous conserver notre bien-être dans ce cas ?

Tout commence par l?enfance. Un enfant qui vit au creux de l?amour de ses parents sera toujours un peu plus stable. Le tout, c?est de savoir gérer notre vulnérabilité et moi je crois en les relations humaines. Le jour où nous mourons, je ne crois pas que penserons à notre fortune ! Nous penserons surtout aux gens que nous avons connu ou même croisé. Il faut non seulement apprendre à vivre des relations fortes, mais surtout apprendre à vivre avec soi.

Propos recueillis par Tania HUET

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