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Alerte à Saint-Brandon

26 juin 2004, 20:00

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C?est une malédiction. En quelques mois, Saint-Brandon a vu disparaître plusieurs marins. Le dernier accident en date concerne un bateau de marchandises surpris la semaine dernière par le mauvais temps. Bilan : un noyé, Lindley Chelin, un disparu, Bernard Céline, et un rescapé, Jean-Daniel Meunier. Ce nouvel incident met encore une fois en évidence un sérieux problème de sécurité dans l?archipel qui nourrit ensuite la polémique entre le ministère de la Pêche et Raphaël Fishing (RFC), seule compagnie opérant dans l?archipel.

Le différend entre le ministre Sylvio Michel et Alain Langlois, qui dirige RFC, porte sur l?application des consignes de sécurité. La réalité est qu?il existe un vide dans ce domaine à Saint-Brandon. Les consignes de sécurité sont pourtant connues, en théorie. Elles ont été formulées en mars à la suite de la visite du Premier ministre Paul Bérenger : une première dans l?archipel. Elle consiste entre autres de la visite d?une délégation du ministère du Travail dans l?archipel et la création d?un centre de santé.

Ce n?est que cette semaine qu?un représentant du ministère ira dans l?archipel. Il fera un constat des conditions de travail et mettra en place une plate-forme de négociations entre la RFC et les pêcheurs.

Alors que le débat s?oriente vers un problème de gilets de sauvetage, les pêcheurs et leur famille aimeraient assister à autre chose qu?un renvoi de balle entre patron et autorités. À l?origine du malaise, on trouve une certaine marginalisation. RFC détient le seul permis de pêche artisanale à l?intérieur du lagon, mais les pêcheurs ne sont pas reconnus par l?État car ils ne sont pas enregistrés au ministère comme leurs confrères de Maurice et de Rodrigues.

Ainsi, le programme d?aide initié par le ministère en août 2002 n?a pas été étendu à ces travailleurs. Il prévoyait la distribution à 5 000 pêcheurs et 1 300 propriétaires de bateau, de matériel de sécurité : gilets, bouées, réflecteur radar, fusées et bâche. Cette mesure avait aussi été accompagnée de consignes données aux gardes-côtes chargés de contrôler l?utilisation de ces équipements.

Un gilet encombrant

Reste le problème de l?application des mesures, car il n?existe actuellement aucune loi sanctionnant la non-utilisation des équipements de sécurité. Récemment, Sylvio Michel a annoncé la promulgation imminente d?un règlement ministériel, mais Alain Langlois refuse d?assumer les responsabilités incombant au gouvernement : « Des gilets de sauvetage sont dans le store à St-Brandon. C?est au pêcheur d?en faire la demande. Je ne peux pas me substituer aux autorités dont la Coast Guard qui est sur place pour l?application des consignes. »

Ce conflit est alimenté par les pêcheurs eux-mêmes qui, comme Sylvio Roméo, refusent de porter un gilet particulièrement encombrant : « Li enn bon inisiativ me zile ki finn donn nu la, li encombran. Ti a bon ki gouvernman donn bann zile ki pli pla ki kapav mett lor ou lekor san ki li zenn nu dan nu travay. » Alain Langlois estime qu?une réflexion devrait être engagée sur cet aspect. Les pêcheurs de Saint-Brandon payent cher leur éloignement des côtes mauriciennes. Il ne faudrait pas que leur vie tienne à l?épaisseur d?un gilet.

L?archipel aux 28 îlots

St-Brandon ou l?archipel Cargados Carajos est composé de 28 îlots dont 13 sont loués à bail à Raphaël Fishing Co. Ltd. Cette société privée détient une licence pour pêcher à l?intérieur du lagon. La topographie du lagon de St-Brandon est caractérisée par une eau profonde à certains endroits. Ainsi, pour communiquer avec les différents îlots au nord et à l?ouest, il faut aller au-delà des récifs coralliens qui entourent l?île principale, Raphaël. Ce qui évidemment implique une traversée en pleine mer pour les employés. Cette compagnie qui opère depuis 1901 à St-Brandon, pourrait voir les termes du bail être changés. Un Management Plan, proposé par la Banque mondiale, recommande des mesures urgentes pour protéger l?environnement sur les îlots. Ce rapport demande aussi que la durée du bail soit de 20 ans et alloué à une seule compagnie. Cette dernière aura alors la responsabilité de veiller à la protection écologique de l?archipel.

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