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Quand les jeunes se confient...

14 juin 2004, 20:00

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Les jeunes sont préoccupés. Assoiffés de connaissance. Pétris de questions. Ils viennent avec leurs contradictions, leurs ennuis et leur envie de vivre. Une centaine d?étudiants de collèges de la région de Beau-Bassin-Rose-Hill ont assisté hier, à un dialogue animé par Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Ombudsperson for Children?s Office. Cette dernière est le porte-parole et le défenseur des enfants de la République de Maurice depuis le 10décembre dernier, et pour quatre ans encore. Depuis quelque temps déjà elle a lancé la campagne ?16 jours, 16 droits?. Cette campagne aide les jeunes à connaître leurs droits. A la salle des fêtes de Beau-Bassin-Rose-Hill, les questions fusent de partout, et les témoignages poignants des adolescents s?impriment dans les esprits.

Conseil municipal pour les jeunes

?Nous avons décidé de remettre sur pied un conseil municipal pour les jeunes. Ainsi, nous allons promouvoir leurs aspirations, leurs ambitions et leurs rêves !? Dès que le maire de Beau-Bassin-Rose-Hill, Patrice Duval, prononce ces quelques mots, des claquements de mains se font rapidement entendre. Les visages des jeunes s?illuminent. Ils approuvent cette décision. Ce ne sont que des adolescents, mais ils ont déjà un parcours riche en événements. Parfois triste, parfois complexe. Entre des parents qui les ont abandonnés, une famille déchirée, une absence d?enthousiasme pour les études, ces jeunes sortant de l?école Joie de Vivre, du Probation Centre ou de divers collèges : John Kennedy, Queen Elizabeth College, ont attrapé le micro pour dire ce qu?ils pensent des droits de l?enfant.

?Un des droits de l?enfant, c?est la liberté d?expression ! Personne ne doit empêcher un enfant de s?exprimer !? explique Déborah, une timide jeune fille à la voix fluette mais aux grandes idées. Sous un tonnerre d?applaudissements et des sifflements, les adolescents la soutiennent. Mais Shirin Aumeeruddy-Cziffra tranche: ?Néanmoins, chaque droit nécessite des responsabilités et comporte des restrictions. N?est-ce pas ?? Entre les ?ouis? incertains et les effusions de rire, les opinions divergent.

Nadim, du John Kennedy College, s?avance alors d?un air décidé et monte sur la scène. Soudain, un grand silence s?installe. Selon lui, il est vrai que les jeunes doivent s?exprimer mais ?bisin éna tolérans?, les jeunes ne peuvent pas tout accepter ni tout se permettre non plus.

Lors de cet échange, les adolescents partagent leurs opinions. Rebelles et tempérés marinent dans les idées. Certains pleurent, d?autres sont médusés par les témoignages de la souffrance des adolescents. A l?instar de Marjorie, de l?école Joie de Vivre, qui accueille des enfants qui ont échoué au Certificate of Primary Education (CPE), bon nombre d?étudiants ont réouvert les cicatrices de leur passé.

?Ma mère n?avait que 15 ans quand elle m?a eue. Elle était handicapée. Mes parents m?ont abandonnée et j?ai vécu avec mes grands-parents qui ne s?intéressaient pas à mes études.?

Le début est assez dur, mais ce qui suit l?est encore plus. Désintéres-sée des études, Marjorie lâche tout. Elle devient baby-sitter, papillonne de maison en maison, quand survient le moment où elle n?a plus d?argent pour payer son transport. La réalité lui saute aux yeux. ?Monne pren consiens qui mo ti bisin ale lécol.? Même si certaines collégiennes se moquent d?elle parce qu?elle ne sait pas lire, aujourd?hui Marjorie le clame haut et fort : ?Mo pou bien fier si mo réussi gagnn mo certificat CPE !? Des larmes perlent sur ses joues fiévreuses. L?émotion est à son comble. La salle est plongée dans un profond recueillement. Les applaudissements recommencent. Subjugués par la puissance des mots de Marjorie, les adolescents prennent enfin conscience qu?ils ne sont pas les seuls à lutter contre les difficultés.

La scène, un exutoire

Les langues se délient rapidement. Karine et Jessica prennent la parole et racontent à leur tour tout ce qu?elles ont eu à affronter avant de pouvoir reprendre leurs études à l?école Joie de Vivre. L?échange fait aussi ressortir qu?il existe encore plus de cas d?enfants qui travaillent. Certains étudiants clament que la vie n?est pas rose, mais qu?il faut malgré tout s?intégrer dans la société. D?autres parlent de leurs problèmes familiaux. Christina du Probation Centre, un établissement où les magistrats envoient les enfants, explique sans peur qu?elle a été contrainte de travailler pendant deux mois, en gagnant Rs 200 par mois. Maintenant qu?elle fait partie de ce centre, elle s?épanouit pleinement et peut enfin caresser son rêve de toujours, celui de devenir coiffeuse.

Le temps d?un dialogue, Shirin Aumeeruddy-Cziffra a laissé une vingtaine de jeunes utiliser la scène comme exutoire. Pendant quelques instants, la solidarité s?est renforcée, les vapeurs de sentiments ont tourbillonné dans la salle et les jeunes sont repartis avec de l?espoir au fond du c?ur. ?Je voulais vraiment que tous ceux présents soient conscients qu?il existe d?autres enfants qui souffrent autant qu?eux !? explique le porte-parole des enfants. Comme Kevin, qui a représenté l?Afrique anglophone du 10 au 13 mai, à Florence en Italie, pour parler de l?exploitation des enfants au travail, de nombreux jeunes veulent dorénavant agir et se battre pour leurs droits. Pour eux, l?école est synonyme d?éducation académique autant qu?artistique. Malheureusement, la compétition devient trop féroce. Il est grand temps d?agir.

Ce ne sont pas des révoltés. Ces adolescents veulent seulement s?épanouir et se préparer à affronter leur vie d?adulte. C?est en se tenant par la main qu?ils se sont quittés sur l?air de Simé Lalimier de Kaya. La main sur le coeur, la joie à fleur de peau. Ils sont surtout soulagés d?avoir enfin pu se confier.

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