Publicité
Bizlall : la lutte ?citoyenne? contre la corruption
Par
Partager cet article
Bizlall : la lutte ?citoyenne? contre la corruption
Inutile de compter sur une miraculeuse volonté politique. Mater la corruption est avant tout un combat citoyen. Les politiques n?ont pas d?engagement sincère. D?ailleurs, ils ne sont eux-mêmes pas exempts. C?est la thèse qu?ont défendu une bonne dizaine d?intervenants à un atelier de travail organisé par le Groupe d?action contre la corruption, samedi à l?université de Maurice.
Une centaine de personnes ont disserté activement sur l?ampleur de la gangrène. Hommes de loi, politiques, anciens lieutenants de la lutte contre la fraude et la corruption, journalistes, anciens patrons d?entreprises étatiques, syndicalistes? Tous ceux qui, à un moment ou à un autre, ont eu affaire à des corrupteurs ou des corrompus étaient là pour dénoncer, critiquer, s?indigner, se désoler?
Les politiques sont ce qu?ils sont. Pour quelques jours de plus au pouvoir, ils trahissent les engagements pris hier. Ils s?acoquinent avec ceux que la veille encore, ils vilipendaient. Raja Bhadain, ancien politicien et président de la Central Water Authority, a évoqué le cas Dhanheshwar Soobrah pour illustrer l?inconsistance de la classe politique. L?ancien directeur de la CWA, blâmé par une commission d?enquête, a été réintégré dans le système. ?Les politiciens sont eux-mêmes trempés jusqu?au coup? Que peut-on donc attendre d?eux ??, se demande-t-il.
Indira Manrakhan, ancienne directrice de la défunte Economic Crime Office (ECO) a, elle, soutenu qu?il n?est point nécessaire de réclamer davantage des politiques. Les institutions sont là et elles sont, légalement du moins, indépendantes. ?Si la Commission anti-corruption (Icac), le commissaire de police et le Directeur des poursuites publiques arrivent à s?entendre et mènent une action musclée, il n?y aura aucune raison de s?inquiéter des politiques et de leurs volontés.?
L?assistance a prêté une oreille très attentive aux interventions d?Indira Manrakhan et de l?ex-directeur des enquêtes de l?Icac, Roshi Bhadain. Les deux sont retournés sur les circonstances qui ont entouré leur limogeage. Ils ont conforté l?opinion dans sa perception qu?ils ont été sacrifiés à l?autel de la corruption.
Indira Manrakhan, surtout, s?est beaucoup expliquée sur la dissolution de l?ECO. Elle a vigoureusement nié la fameuse déclaration qui lui est attribuée par les tenants actuels du pouvoir pour illustrer son parti pris politique. On lui prête, en effet, l?intention déclarée de démanteler le présent gouvernement. ?On m?a accusée sous le couvert de l?immunité parlementaire et on ne m?a jamais donné l?occasion de me défendre.?
Excellentes dispositions légales
Bhadain et Manrakhan sont unanimes à dire que les dispositions légales et institutionnelles existantes pour combattre la corruption sont excellentes. Néanmoins, on aurait dû consolider l?Icac en lui greffant l?attribution de la défunte ECO, c?est-à-dire de traquer la fraude.
?Si malgré tout, l?Icac ne marche pas, c?est parce que tout le mécanisme de contrôle qui l?accompagne est grippé?, estime Roshi Bhadain. Il en attribue la responsabilité aux politiques. ?Certes, la loi dit que c?est au président de Maurice de convoquer ce comité. Mais elle ne dit pas que les deux autres membres de cette instance, à savoir le Premier ministre et le leader de l?opposition, ne peuvent pas insister à ce que celle-ci se réunisse.?
Bhadain situe le germe de la panne de l?Icac dans l?article de la loi gouvernant le recrutement des commissaires. Elle permet que ceux-ci soient nommés par des politiciens alors qu?ils auraient dû être choisis à la base d?un appel de candidatures. Tout comme Indira Manrakhan et plusieurs autres intervenants, il estime que les commissaires actuels de l?Icac devraient s?en aller dans l?intérêt général de l?institution.
Mi-figue, mi-raisin dans son appréciation du rôle de la presse, Jack Bizlall, cheville ouvrière du Groupe d?action, a carrément dit ne plus faire confiance à l?Icac. Il a fait état de la nature pernicieuse de la corruption et a parlé des séquelles sociales et économiques de ce fléau. Il a évoqué les réseaux de la corruption qui engage tous ceux qui sont en position de pouvoir, aussi infime soit-elle. Même le judiciaire en est atteint, soutient Dev Ramano, homme de loi, lors de son intervention. Il sera soutenu sur ce point par l?ancien juge Rampersad Proag.
On aurait quitté l?atelier le c?ur lourd de pessimisme si Cassam Uteem, ancien président de Maurice, n?avait mis les choses en perspective. La corruption est un mal planétaire, a-t-il précisé. Prévenant contre le danger de peindre un tableau complètement noir, il a rappelé que le pays vit de son image.
Cassam Uteem, tout comme Rampersad Proag qui avait dirigé l?ancien Tribunal anticorruption, a placé les Mauriciens devant leur part de responsabilité dans l?état actuel des choses. ?Quand un politicien arrive au pouvoir, vous êtes les premiers à aller exiger de lui des passe-droits et des faveurs.? Au juge Proag d?ajouter que de nature le Mauricien est un ?roder bout?. ?A ses yeux, la loi, l?éthique et la moralité sont faits pour les autres. Aussi longtemps qu?il a sa part, il est prêt à accepter l?inacceptable.?
La presse est l?autre institution qui combat la corruption en l?exposant. Les journalistes Henri Marimootoo et Harish Chundunsing ont longtemps disserté sur la force et la faiblesse de la presse indépendante à mener à bien sa mission.
Publicité
Publicité
Les plus récents