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Un patron nickel
Sunil Purmessur est un homme heureux. Il doit, quelques heures après l?interview, s?envoler pour Singapour et la Malaisie en compagnie de son partenaire étranger. Depuis vendredi dernier, jour de la remise des prix du magazine Eco-Austral, son téléphone portable n?arrête pas de sonner. Aux commandes d?une clientèle parfois tatillonne sont venues s?ajouter les félicitations pour l?obtention du prix spécial Eco-Austral catégorie Petites et Moyennes Enterprises. Sa réponse fuse, invariablement la même : «Mo pou res touzour simp et humble».
En quittant le collège Cosmopolitan, cet enfant de Plaine-des-Papayes, doué pour les matières scientifiques, en particulier la chimie, n?a pas les moyens de se rendre à l?étranger pour des études supérieures. Sachant que les places à l?université de Maurice sont limitées, il préfère chercher de l?embauche auprès d?une entreprise fabriquant des produits chimiques. Mopirove Ltd l?engage pour superviser sa production de savons et de savonnettes. Tâche qu?il effectue pendant quatre ans.
Il se laisse ensuite débaucher par la division chimique d?IBL et exerce un an comme technicien chimique. Là, il apprend à fabriquer des détergents et d?autres produits en quantités industrielles. Il se montre si intéressé par ce domaine que le manager de la division lui conseille de lancer un jour sa propre entreprise. L?idée fait son chemin dans sa tête. Ainsi, quand la division ferme ses portes en 1990, c?est à lui qu?on propose de racheter le stock.
Sunil Purmessur ne se fait pas prier et transforme le rez-de-chaussée d?un bâtiment qu?il loue dans son village natal en fabrique artisanale de produits chimiques. Cinq amis l?épaulent. Leurs débuts sont laborieux. Ils fabriquent uniquement de l?eau de javel et du liquide vaisselle, produits plus faciles à écouler. Un mini-van va faire la livraison dans les boutiques. Mais leur pénétration est difficile. «Nous fabriquions entre deux à cinq tonnes par mois mais il était difficile de concurrencer les grosses entreprises présentes sur le marché avant nous.»
Sa rencontre fortuite avec Krish Pillay, managing director de Chemical Logistics d?Afrique du Sud, bouleverse sa vie et celle de son entreprise. Les deux hommes sympathisent rapidement, si bien que le Sud-Africain, qui possède trois unités de fabrication dans son pays, s?associe à lui et l?aide à améliorer ses produits.
Sunil Purmessur constitue alors son actionnariat, y incluant son oncle Mahendranath qui vit à l?étranger, son frère Satish et un ami. En 1993, il enregistre Chemlog Ltd Mauritius auprès de la Small and Medium Industries Development Organisation (SMIDO) et aménage son entreprise dans un bâtiment plus grand à la rue Lénine, Plaine-des-Papayes. A ses produits habituels, il ajoute une gamme de lessives en poudre, de désodorisants et de produits décapants. L?usine tourne à plein régime et sa production passe à 80 tonnes par mois.
Aujourd?hui, Chemlog Ltd emploie 30 personnes à plein temps et cinq à mi-temps. Ces dernières sont surtout employées pour les heures supplémentaires. Désormais, toute la gamme de produits fabriqués par cette petite et moyenne entreprise figure sur les étagères des principales boutiques du pays. Ses plus gros clients sont les compagnies de nettoyage.
<B>ASSISTER A TOUTES LES ÉTAPES</B>
Le fait que les entreprises de son partenaire sud-africain aient obtenu la certification ISO 9001 il y a trois ans l?a incité à améliorer davantage la qualité de ses produits. «Nous avons dû rehausser nos normes de fabrication ici également. Actuellement, c?est uniquement administrativement que nous devons nous améliorer pour cadrer totalement avec les normes de ISO 9001.»
Appelé à dire comment il continue à tourner en maintenant des prix aussi bas en comparaison avec ceux pratiqués par ses concurrents, Sunil Parmessur explique que son secret repose sur un contrôle strict des frais généraux et sur une diversification constante de ses sources d?approvisionnement.
«Mes concurrents s?approvisionnent chez les grands fabricants de matières premières. Moi, je vais aussi bien en Europe qu?en Asie et je cherche essentiellement du côté des petits fabricants. Je rogne aussi le plus possible sur les frais généraux. C?est ce qui me permet de maintenir mes coûts bas et ainsi travailler pour le petit peuple. J?y suis sensible car je vois comment mes employés ont du mal à joindre les deux bouts en fin de mois. Si je ne pense pas aux petites gens, qui y pensera?»
Même si cela n?est plus une nécessité, Sunil Purmessur continue à passer de nombreuses heures à l?usine, regardant faire ses employés, approuvant les tests de contrôle en compagnie du responsable de la production. «Si l?on veut être un bon managing director, il faut assister, de A à Z, à toutes les étapes de la production. C?est ainsi qu?on reste proche des gens et qu?on évite de se faire doubler. Cela m?est arrivé dans le passé et je ne souhaite pas revivre l?expérience.»
Depuis deux ans, Chemlog Ltd exporte ses produits par conteneurs sur la Réunion, Mayotte et Madagascar, contacts obtenus à travers la SMIDO et le Mauritius Investment Development Authority (MIDA). S?étant rendus en mission de prospection au Kenya et en Tanzanie l?an dernier, lui et son partenaire sud-africain y ont établi des contacts et espèrent pouvoir pénétrer ces marchés également.
<B>«JE NE SUIS PAS GOURMAND»</B>
Les associés lorgnent actuellement un autre marché, celui des produits de soin pour femmes et bébés. «Comme nous sommes à l?étroit ici, nous avons identifié un autre bâtiment situé non loin, où nous fabriquerons exclusivement ces nouveaux produits qui seront toujours destinés aux petites gens.»
Si Sunil Purmessur veut augmenter ses ventes, il ne souhaite pas que son entreprise grandisse trop. «Je ne suis pas gourmand. Je tiens à rester PME car on contrôle une petite société plus facilement qu?une grande. Grandir trop vite, c?est souvent aller au-devant de problèmes.» Il est ravi du prix qu?il a reçu. C?est le propulseur dont il avait besoin. «Mais je veux rester humble et améliorer le niveau de vie de mes employés.»
Tout en estimant que la SMIDO et la MIDA accordent beaucoup d?attention et de soutien aux PME, Sunil Purmessur s?attend à ce que l?Etat leur accorde davantage de facilités et que l?annonce en soit faite au cours de la lecture du budget 2004/2005. «Dans son intervention lors de la remise des prix vendredi dernier, le ministre des Finances a dit qu?il accorderait davantage d?aide aux PME dans son prochain budget. Tout en le remerciant pour cette considération, nous attendons maintenant que ces intentions louables se traduisent dans les faits? »
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