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Pour des alternatives à l?avortement
A l?occasion de la Journée internationale des Familles, célébrée demain, je voudrais m?adresser à vous, chères familles de Maurice, que vous soyez de religion hindoue, musulmane, bouddhiste ou chrétienne.
Je voudrais vous rendre hommage et vous remercier pour le témoignage d?amour vrai, humble et fort, vécu avec persévérance dans le quotidien. Vous faites face à différents obstacles que vous traversez avec confiance en cherchant à construire un bonheur simple, fondé sur la qualité du dialogue et des relations, plutôt que sur la quantité de biens possédés. Je vous remercie d?avoir accueilli les vies humaines qui vous étaient confiées comme un don de Dieu. Je pense spécialement à celles d?entre vous qui, malgré de réelles contraintes, acceptent d?accueillir l?enfant non attendu, non planifié. Merci aussi aux familles qui donnent de la place et de l?affection à leurs membres âgés, ou malades et aux enfants handicapés. (?)
I. En ce jour de célébration, je voudrais attirer votre attention sur un point qui me préoccupe et faire appel à votre collaboration. Les autorités politiques de notre pays souhaitent légaliser l?avortement dans certains cas spécifiques, notamment ceux de viol et d?inceste (cf. l?Express, 10 avril 2004). Il semblerait que le ministère de la Santé prépare un document dans ce sens.
Je peux comprendre les drames bouleversants vécus par les personnes victimes de viol et d?inceste. Et je peux entendre aussi les appels au secours qui se manifestent à ces occasions. C?est sans doute à ces appels que le gouvernement veut répondre par ce projet. Mais, encore une fois, je voudrais plaider pour que d?autres mesures que la légalisation de l?avortement soient prises pour venir en aide aux jeunes filles et aux femmes victimes de viol et d?inceste. Je voudrais faire appel aux familles mauriciennes pour qu?elles se mobilisent pour la solidarité et l?entraide à développer pour soutenir les femmes et les jeunes filles qui ne peuvent pas accueillir toutes seules les vies humaines qui ont été engendrées dans des circonstances très difficiles. La légalisation de l?avortement, même dans ces cas extrêmes, n?est pas une solution. Car lorsqu?on légalise l?avortement, c?est un meurtre qu?on légalise.
L?expérience de beaucoup de pays qui ont opté pour cette solution de facilité montre que, lorsqu?un gouvernement légifère pour permettre l?avortement dans certains cas, très vite la liste de cas s?allonge et on finit par permettre l?avortement dans tous les cas. Ce qui revient à accepter le meurtre qu?est l?avortement comme un moyen légitime de contraception.
II. Si je m?élève contre la légalisation de l?avortement dans tous les cas, ce n?est pas parce que je veux imposer à la société mauricienne un précepte religieux particulier. C?est parce que la vie humaine mérite un respect absolu. Cette position relève non pas d?une doctrine particulière à l?Eglise catholique mais d?un principe de morale humaine fondamentale. Il s?agit, en effet, de la défense du droit à la vie. C?est pourquoi cette position rejoint celle des grandes religions, et celle de tous ceux qui ont à c?ur la défense des droits humains fondamentaux.
II.1. L?embryon est un être humain qui a droit à la vie
Cette défense du droit à la vie est basée sur des données objectives reconnues et acceptées aujourd?hui par l?ensemble des scientifiques. Il n?y a plus de doute, en effet, que la vie humaine commence au moment de la conception, c?est-à-dire au moment de la fusion du spermatozoïde et de l?ovule. Ce petit être humain a droit à la vie. Ce droit, nous avons le devoir de le respecter et de le défendre.
II.2. L?Etat laïc ne peut rester neutre sur une question qui touche au droit à la vie
L?avortement étant la suppression volontaire d?une vie humaine, la question qui se pose est de savoir si un Etat a le droit d?offrir aux personnes qui veulent malgré tout pratiquer l?avortement, la législation nécessaire pour l?autoriser. L?Etat ne peut légiférer pour autoriser un meurtre. Au contraire, il a le devoir de lutter pour le respect de la vie humaine, et donc contre la pratique de l?avortement. Dans le même sens, il a le devoir de s?engager à protéger l?intégrité des personnes humaines en luttant contre la drogue, le viol ou la prostitution.
Il est étrange, en effet, qu?à une époque où nous nous élevons à juste titre contre le moindre sévice infligé aux enfants, nous faisions si peu cas de l?agression envers les embryons humains dans l?avortement. Il est aussi étrange qu?à une époque où nous nous opposons avec conviction à la peine de mort dans tous les cas, nous traitions à la légère des avortements qui sont en fait de véritables meurtres en série, et que nous allions même jusqu?à revendiquer le droit de commettre ces meurtres légalement!
III. Au lieu de légaliser ou de dépénaliser l?avortement dans des cas de détresse, toute une série de mesures pratiques ont déjà été proposées aux autorités par le Comité interculturel pour le respect de la vie. Ces propositions visent à venir en aide aux jeunes filles et aux femmes en difficulté tout en respectant leur dignité de femme, et en leur donnant les moyens d?accueillir la vie humaine qu?elles portent en elles.
Un document dans ce sens a été remis aux parlementaires en 2003. Il suggère notamment : de rendre la loi plus sévère pour des cas de viol et d?inceste ; de réaliser une politique d?éducation affective, sexuelle et parentale et statuer en ce sens ; de prendre des mesures de solidarité pour les futures mères en difficulté ; d?améliorer les conditions d?adoption ; d?élaborer une politique spéciale de logement et de soutien pour les mères célibataires ; de subventionner les crèches.
Mais ces mesures ne seront pas efficaces sans un sursaut qui ne peut venir que de vous. C?est pourquoi je fais appel à votre générosité pour que vous soyez attentifs aux jeunes filles ou aux femmes en détresse qui peuvent ne pas être très loin de chez vous, afin qu?elles reçoivent le soutien fraternel, ou l?aide matérielle nécessaire pour accomplir leur vocation d?accueil de la vie.
Je fais aussi appel aux familles des jeunes filles qui ont une grossesse non désirée. Même si vous désapprouvez leur conduite, vous avez le devoir sacré de les aider à accueillir la vie qui source en elles. Une jeune fille ayant une grossesse non désirée est souvent perturbée par ce qui lui arrive ; elle a besoin avant tout de soutien et de compréhension à ce moment déterminant de sa vie. (?). Si, en vous engageant ainsi pour l?accueil de la vie humaine, même dans des circonstances difficiles, vous avez l?impression de ne pas être ?dans le vent?, sachez au moins que vous êtes dans la vérité ? la vérité simple de principes de morale humaine fondamentale partagés par toutes les grandes religions et accessibles à toute conscience droite.
Le Comité interculturel pour le respect de la vie organise une mobilisation à la salle des fêtes du Plaza, Rose-Hill, le 5 juin 2004, de 12 h 00 à 13 h 30. J?invite ceux et celles qui veulent défendre les valeurs de la vie à participer activement à cette mobilisation. Je vous remercie d?avance pour votre collaboration.
(Extraits)
Mgr Maurice Piat, évêque de Port-Louis
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