Publicité

La magie dans ?La Passion de Jésus?

10 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

? Le message du film

Dès les premières images, dans le jardin des Oliviers, sous la brume, nous sommes plongés dans l?intention de Mel Gibson. On distingue à peine Jésus. Ses plaintes et geignements déchirent l?écran. Le cinéaste nous présente un Jésus souffrant. Il veut nous faire entrer dans la mort atroce que Jésus a subie comme on ne l?a jamais fait au cinéma. Par une succession de gros plans, le film s?intéresse aux douze dernières heures de sa vie depuis son arrestation jusqu?à sa mort sur la croix. Il met les scènes de souffrance sous le nez du spectateur depuis l?arrestation, le procès, la flagellation, le chemin de croix avant d?aboutir à la crucifixion. Les scènes s?enchaînent et ne cessent de durer. Mel Gibson ne nous épargne aucun détail. Le sang giclant de partout, les bouts de chair volant sur le visage des bourreaux, le dos de Jésus strié de marques de fouet et son visage tuméfié. Autant d?images qui défilent pendant deux heures. Le spectateur est pris par l?horreur, à tel point que les images deviennent surréalistes. Comment peut-il porter encore sa croix après tant de sévices ?

? Une souffrance qui fait sens

Le spectateur aspire à une seule chose. Que Jésus meure le plus vite possible pour qu?il puisse être délivré de ces images. Le sang coule. Mel Gibson semble s?y plaire et rajoute certaines scènes inutiles. La poursuite de Judas par les enfants avant sa mort, le corbeau qui crève les yeux d?un des bandits sur la croix ou encore le sang sur le visage de Marie quand elle embrasse les pieds de son fils sur la croix.

Mais la magie du film est dans l?alternance entre les longues scènes de violence atroce et des flash-back de courte durée qui donnent sens à sa souffrance. Ici, nous quittons le sang et les cris. Nous sommes introduits dans une lumière clair-obscur, montrant une partie des corps - un visage, un pied, un geste. Le dialogue et l?atmosphère se veulent plus intimistes. Jésus et ses disciples au dernier repas, Jésus et Pierre lors du lavement des pieds, Jésus et la femme adultère que le film identifie à Marie-Madeleine, le discours sur la montagne devant la foule. La voix de Jésus se fait calme et douce et les mots qu?il prononce sont en contraste parfait avec la violence de la Passion. ?Je donne ma vie?, ?Je suis maître et serviteur?, ?Aimez vos ennemis?. Ces quelques mots rares jurent avec la violence du film. Comment un homme qui est en train de subir tant de violence, a-t-il pu prononcer ces mots ? En fait, il ne réplique point. Les mots sonnent en vérité. L?essentiel du message de Jésus est là. Pour la première fois peut-être, le spectateur découvre le poids des mots de l?Evangile.

? Un film original

Si nous cherchons une vie de Jésus à grand spectacle à la Zeffirelli ou un Jésus qui traverse villes et villages en prêchant et guérissant les malades à la Pasolini, nous serons déçus. Ce n?est pas un film qui raconte la vie de Jésus, qui fait des discours sur sa divinité. C?est un homme dont le sens de sa vie est relu à la lumière d?une mort violente. Une relecture par flash-back au milieu de l?horreur de la Passion.

Mel Gibson s?est surtout inspiré de l?Evangile de Jean. Son Evangile est le seul à présenter Marie et le disciple Jean au pied de la croix. L?Evangile s?attarde sur le dialogue entre Pilate et Jésus où Pilate fait de fréquentes allées et venues entre Jésus et la foule. C?est dans cet Evangile que Pilate prononce la fameuse phrase ?Voici l?homme? en emmenant Jésus devant la foule ; que les Juifs disent ?qu?il n?est pas permis de tuer quelqu?un selon notre loi? ; que Jésus dit ?que ma royauté n?est pas de ce monde? et ?qu?il est la Vérité?. Mais l?adaptation est assez libre car il puise dans l?évangile de Luc pour donner la parole aux bandits sur la croix et dans l?Evangile de Matthieu pour faire intervenir la femme de Pilate qui parle du songe qu?elle a fait.

? La scène de la Résurrection

La scène finale est fixée sur la résurrection. Tout en contraste avec la violence de la Passion comme les précédents flash-back. On entend le roulement d?une pierre, on voit le linceul posé à l?endroit où son corps avait été mis et Jésus de profil, sans aucune marque au visage baignant dans la lumière. Eloquent. La résurrection est impossible après tant de violence. Aucune parole, que la marque d?un clou sur sa main droite. Un tel événement ne peut appartenir qu?à Dieu. C?est la magie du cinéaste qui opère. Les spectateurs en sont les premiers témoins.

? Antisémite ou non ?

Que penser de l?attaque contre Mel Gibson, accusant son film d?antisémitisme ? J?ai beau chercher des scènes qui pourraient mener à de telles conclusions, je n?en ai pas vues. Le film est basé sur les évangiles où le Conseil juif de l?époque a demandé à Pilate de condamner Jésus. J?ai été étonné de voir que des paroles qui seront utilisées plus tard par des anti-sémites soient absentes du film ? ?vaut mieux qu?un seul meure pour le peuple? ou encore ?que son sang retombe sur nous et sur nos enfants?. Le film n?essaie aucunement d?entrer en polémique avec une problématique contemporaine. Il ne fait que montrer ce qui est écrit dans l?Evangile. Il est vrai que plus tard le procès de Jésus est devenu un prétexte pour persécuter les Juifs en les accusant de déicide. Cela a été une lecture et est encore une lecture tendancieuse pour justifier des desseins cachés de leurs auteurs. Le film est loin de ces propos.

Un film à voir absolument si vous pouvez supporter des scènes de violence. Quand arrivent les flash-back, vous découvrirez un visage saisissant de Jésus qui a donné sa vie par amour pour ses amis. Les chrétiens l?appellent Dieu, d?autres croyants, l?homme universel.

Mel Gibson a choisi de nous livrer son message non par des discours savants ou un récit complet des évangiles mais par un contraste entre les longues scènes violentes de la Passion de Jésus et quelques scènes très courtes baignant dans une atmosphère calme, égrenant des mots inoubliables de Jésus.

P. Patrick FABIEN</B>

Publicité