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Ballet aquatique rythmé? ou grâce infuse
?Que d?eau, que d?eau? se serait exclamé le maréchal comte de Mac-Mahon impressionné par la mer. Le militaire fut touché uniquement par le volume. Le savant en revanche apprécie ce milieu parce qu?il a favorisé l?Evolution. Sans vouloir trop jouer sur les astuces disons que le liquide nous permet des évolutions que notre absence d?ailes rend impossibles dans l?air.
Les Anciens ont d?ailleurs peuplé les eaux de créatures aux performances spectaculaires comme naïades, ondines et sirènes. Le scientifique, plus sensible aux créatures de chair, reste admiratif devant des formes ou des performances de baleines et de barracudas.
Dans certains cas, les déplacements d?animaux marins sont passifs. Par exemple, certaines méduses, pas celles de la mythologie mais de la zoologie, flottent poussées par le vent grâce à une voile. Murmurez-vous comme dans les Cloches de Corneville ?va petit mousse où le vent te pousse?. Le nom de ces créatures, Vellela, ne promet aucun Walhalla cher aux Scandinaves car il est issu de voile. Cet organe fait un angle de 45 degrés avec le corps et permet donc des déplacements pointus quel que soit le vent.
A plus haut niveau, on se dirige mieux en poussant. C?est là une action que nous connaissons bien avec la rame. Des animaux l?ont découverte bien avant nous, témoin le canard qui rame avec ses pattes palmées. Il ne reste pas le bec dans l?eau. Les tortues marines au corps plus fluide et des oiseaux comme le manchot de l?Antarctique rament aussi. L?explorateur Paul-Emile Victor déplore ce nom plutôt péjoratif appliqué à un oiseau si gracieux dans l?eau.
Toujours en poussant, mais cette fois avec tout le corps, l?anguille s?insinue dans le fluide. Avec une astuce. Différentes parties du corps agissent simultanément pour un mouvement sinueux. Le maquereau et la morue qui figurent à table, ont le corps trop rigide pour une activité identique et c?est seulement la région caudale qui presse en ondulant. Ces poissons subiraient un roulis comme un bateau en mer démontée n?était-ce la présence des nageoires centrales qui les stabilisent. Un poisson distingué se démarque des autres. C?est l?hippocampe. Non seulement a-t-il une silhouette chevaline mais son armure osseuse ne permet aucun mouvement du corps. Il doit donc agiter frénétiquement sa nageoire dorsale pour avancer.
Au lieu de la poussée latérale du poisson, dauphins et baleines, qui sont des mammifères, remuent le corps de bas en haut. De plus leur adaptation au milieu est si parfaite que les ingénieurs essaient d?imiter la peau des dauphins pour des revêtements de bateaux qui résisteraient aux créatures envahissant la coque. Cette peau est parsemée de plis presque microscopiques. Ils ne sont pas suffisants pour freiner l?animal mais assez bien disposés pour ne pas accorder d?abri aux larves de parasites. La cerise sur le gâteau ici est un gel dont les enzymes détruisent quelques envahisseurs ayant échappé au premier piège. Si les dauphins de l?Histoire étaient héritiers de trônes, ceux de la mer règnent déjà en maîtres !
Des créatures de plus bas étage comme le crabe, dit carrelet, sont un peu maladroites mais les crevettes sont plus agiles. La palme revient à un mollusque dépourvu de coquille figurant sur un timbre de 40 sous en 1969. Ses admirateurs l?ont baptisée senorita. Elle se voit parfois dans le lagon et déploie une magnifique écharpe rouge en ondulant avec plus de souplesse que le corps rigide d?une danseuse de flamenco.
La vigueur retrouve ses droits dans le monde des calmars. Bien avant Sir Frank Whittle qui inventa le moteur à réaction, la nature avait équipé ces mollusques appréciés à table de ce principe. Quand ils sont en danger un dispositif astucieux emmagasine de l?eau puis la chasse avec force par un orifice réduit. La réaction propulse l?animal dans la direction opposée. Pour un glissement fluide le corps de ces calmars est bien fuselé.
Descendons encore plus bas jusqu?au monde des créatures invisibles à l?oeil nu pour admirer au microscope la nage de microbes faisant confiance à une batterie de cils pour le mouvement. Chez un échantillon bien connu au lycée, une collection de 12 000 cils doit danser un ballet bien rythmé pour un sprint gracieux. Dépourvue de système nerveux la cellule coordonne quand même les remous de tous ces poils ! Un style de nage différent se voit chez un autre spécimen qui fait confiance à un fil terminal se trémoussant comme un fouet.
Nage pour nous est associé au bain. C?est un sujet qui a retenu l?attention de peintres. ?La Source? d?Ingres ou ?Suzanne et les Vieillards?. Cette image biblique a tenté les pinceaux de Robusti, dit le Tintoret, et de Rembrandt. Le musée de Port-Louis possède aussi plusieurs toiles sur ce ton. Elles étaient exposées, il y a plus d?un demi-siècle, et les collégiens de La School allaient les admirer.
?Un poisson distingué se démarque des autres. C?est l?hippocampe. Non seulement a-t-il une silhouette chevaline mais son armure osseuse ne permet aucun mouvement du corps. Il doit donc agiter frénétiquement sa nageoire dorsale pour avancer.?
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