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La nausée

8 mai 2004, 20:00

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Il n?y a pas de mots pour nommer l?innommable. On ne peut que vomir devant les exactions commises par les soldats américains sur des prisonniers irakiens. À côté, les films gore sont des comédies à l?eau de rose, que dis-je, des bluettes destinées aux âmes sensibles et délicates. Ok, on sait tous que les guerres peuvent faire péter les plombs du plus inoffensif d?entre nous. Mais, là, visiblement, c?est tout leur circuit neurologique qui a sauté !

On ne peut qu?être horrifié, révulsé, choqué devant tant d?ignominies gratuites et de sadisme à l?état brut qui renvoient aux heures les plus noires de la folie nazie. Sauf quand on s?appelle Condoleezza Rice et que l?on est conseillère pour la sécurité nationale à la Maison Blanche.

Croyez-le ou non, mais, elle n?est que « profondément désolée ». Dans un entretien diffusé par la chaîne de télé arabe Al-Arabiya, elle affirme sans rire : « Nous sommes profondément désolés par ce qui est arrivé à ces personnes et par ce que leurs familles ont dû ressentir. Ce n?est pas juste. » C?est pas juste pour qui, hein ? Pour les prisonniers ou les Américains ? La suite de sa réponse ne laisse planer aucun doute : « Nous sommes venus en Irak pour aider à libérer les gens. Nous sommes venus pour construire des écoles, des hôpitaux, et nous voudrions vraiment que les images des Américains soient des images les montrant en train d?aider les Irakiens. » Autrement dit, pour elle, tout ce qui compte, c?est la sacro-sainte image !

Moi je suis au bord de la nausée, mais elle est simplement « désolée » ? et encore parce que l?image de sauveur du gendarme universel en a pris un coup. Quelle force de caractère tout de même !

Il est de bon ton actuellement de s?insurger contre le traitement et la place accordés aux femmes dans les médias. Mais si c?est à « ça » ? vous m?excuserez, mais pour moi, cette Condoleezza Rice est à ranger au rayon des monstres à visage de femme ? que vous voulez qu?on ressemble, mesdames les féministes, non merci. Je préfère être dans le camp des victimes plutôt que dans celui des prédatrices.

Et si pour faire de la politique, il faut être à ce point cynique, merci bien, je préfère rester derrière mon clavier (j?ose pas dire les fourneaux, parce qu?ils sont déjà occupés par belle-maman). Messieurs les politiciens, ne vous faites pas de soucis pour notre absence dans l?arène politique. À ce prix-là, vos « tickets », vous pouvez vous les garder.

Tout bien considéré, il y a un mot pour l?innommable : c?est le déshonneur.

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