Publicité

La recréation du monde selon Saïd Hossanee

1 mai 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Amoureux des beaux-arts, esthètes et amateurs d??uvres d?art et de chefs-d??uvre, préparez-vous à courir à l?Alliance française, à Bell-Village, pour contempler et admirer les plus récentes toiles de Saïd Aniff Hossanee et de ses deux compagnons malais, Abdul Rani bin Abdul Majid et M. Najib A. Dawa. Ne ratez pas cette recréation du monde qui entoure Hossanee, ni sa perception de ce que doit être notre vision du même monde, afin de partager ses rêves et son univers renouvelé. Ces ?uvres seront exposées du 6 au 18 mai, faisant de ce joli mois un temps de grâce artistique, un moment de ravissement esthétique.

On ne présente plus Hossanee. Il suffit de dire qu?une de ses ?uvres illustre la couverture du second volume du Panorama de la peinture mauricienne pour rappeler toute l?estime et l?admiration que lui accorde ce critique si sévère et si rigoureux que fut André Decotter, le Malraux de l?île Maurice. La liste de ses expositions, collectives ou en solo, est trop longue (plus d?une trentaine depuis 1977 et les majeures seulement) pour que nous en redonnions ici la liste. Nous ne pouvons que renvoyer les chercheurs en quête de précisions au catalogue de son exposition en hommage à Malcolm de Chazal, en mai 2002 à l?Alliance française, à l?occasion du centenaire de la naissance de l?auteur de Sens plastique et de Pétrusmok.

L?exposition collective Passerelles du trio Hossanee, Majid et Dawa, confirme en tout cas que l??uvre du premier nommé demeure une fenêtre ouverte sur un monde magique, fait de couleurs et de formes. Ce labyrinthe ne manque toujours pas de surprendre celui qui ose enjamber cette fenêtre pour s?approcher de ce monde. Il se sent envahi par la multitude et l?ampleur de ces formes colorées tournoyant devant ses yeux éblouis, trop petits pour les visualiser globalement et les maîtriser individuellement. Mais déjà le peintre s?approche. Il nous prend par la main. Il raffermit notre courage. Il pardonne notre audace. Ses couleurs se juxtaposent non sans violence, certes. Fermons les yeux et revoyons leurs dominantes rouges et vertes, les variantes de bleu, d?orangé, hésitant entre jaune-soleil et brun-rouille. Un peu plus d?attention et nous percevons déjà mieux les dégradés : un rose indien, des turquoise plus clairs, un violet plus sombre. Des décors colorés marquent de leurs empreintes les sujets/objets de l?avant-scène. Des couleurs additives donnent du relief à celles les dominant. Des traits précisent les contours ou encore les rendent plus hésitants, les striant au besoin, les rayant pour l?infini, les clôturant dans un champ délimité de la vision globale. Les ombres et les reflets multiplient l?objet-culte. Les marbrures impressionnistes relèvent les aplats.

Nous pouvons rouvrir les yeux. Ils sont peut-être plus aptes à saisir à présent la volonté arbitraire du peintre pour unir ou détacher les pans de sa vision, les opposer ou les harmoniser mais surtout les hiérarchiser. Ses perspectives prioritaires ne sont pas celles de Monsieur-tout-le-monde. Acceptant ses a priori, il nous est alors plus facile de comprendre ce qui, au départ, nous paraissait incompréhensible, tel un Pieter Both couronné de soleil, faisant potiche devant une fenêtre ouverte sur un palmier-feux d?artifice.

Nous acceptons mieux alors que chez Hossanee, nous ne saurons jamais si nous sommes dedans ou dehors, si c?est nous qui contemplons le monde ou si c?est ce dernier qui nous observe. Il s?agit là, il est vrai, de détails insignifiants, comparés aux splendeurs s?étalant devant nous.

Ainsi encouragés par le peintre-pédagogue, nous pouvons plus aisément nous attarder sur les détails individuels. Les formes colorées prennent alors un sens plus évident qui permet de classer leur auteur dans la catégorie des peintres semi-figuratifs, s?octroyant bien sûr des libertés pouvant effaroucher et scandaliser des paysagistes trop appliqués ou encore des auteurs de nature? morte.

Déambulant d?un tableau à l?autre, nous butinons ici des gerbes de feuilles plus belles que des fleurs et là des pétales ensoleillés, une montagne sacrée à moins d?avoir affaire à une colline inspirée, des feuilles géantes dominant un soleil-nain, source pourtant de toute lumière.

Les différents aspects des charmes de la vie créole s?étalent devant nous, semblables à ces linges-oriflammes qu?une femme déploie sur son balcon. Les flancs des montagnes se déchirent et s?entrouvrent comme des entrailles. Les fleurs lancent des feux d?artifice. Des feuilles d?aloès dansent le french cancan. Ici et là s?envolent des oiseaux-Michaux donc fantasmagoriques, aux ailes épousant l?infini. Plus loin apparaît la barque d?une quelconque pêche miraculeuse, se détachant d?un lagon translucide, invitation au plongeon.

N?oublions pas les triples chevrons faisant office de sceau spécifique, ni les bâtonnets d?encens brûlant devant les messages astrologiques qu?il convient de recevoir en baissant le front en signe de soumission. Écartons du bras des lianes ensorcelantes pour découvrir des rangées de boutons de fleur, des stries intemporelles.

Et quand nous croyons, enfin, avoir tout compris, nous découvrons qu?il y a déjà un moment que le guide-peintre nous a laissés à nos propres divagations. L?étau du vertige nous saisit de nouveau. Nous nous sentons happés dans un monde inconnu, mais déjà plus familier. Nous entrons alors dans un monde coloré inventé et recréé par Saïd Aniff Hossanee. Nous avons tout juste le temps de nous apercevoir qu?il est accompagné de l?oiseau de feu de Najib Dawa, oiseau volant entre Nathalie Périchon et Hervé de Cotter, survolant la féerie d?Anna Lam, tandis que plus loin s?agite la sorcière noire (?) d?Abdul Majid, dansant une mélopée envoûtante devant le canapé-linceul d?une harpe momifiée. Jardin édénique ou feuilles de tapisserie ? Nous n?avons plus qu?à appeler à notre secours Christophe Vallée ou Joseph Cardéna : sommes-nous toujours sûrs de voir de ce que voient nos yeux de chair ?

L?émotion artistique nous attend de nouveau, en tout cas, à l?Alliance française. Allons-y seul ou, mieux encore, à plusieurs. Partageons nos impressions. Revenons ensemble devant telle ou telle toile préférée. Comparons-la aux autres. Classons nos préférences. Exerçons notre sens critique. Notons nos observations sur le livre d?or de l?artiste.

Il saura les traduire en autant de messages de remerciements et de marques d?encouragement. Il est de ceux qui nous apprennent à mieux apprécier le monde qui nous entoure. Il nous apprend la signification des choses de nos univers familiers ou étranges.

Il est un guide précieux ayant des choses intéressantes à nous enseigner, permettant à l?esprit en nous de dominer la matière nous entourant.

« Nous butinons ici des gerbes de feuilles plus belles que des fleurs, et là des pétales ensoleillés »

Publicité