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Les Caunhye : bijoutiers à fleur de peau

1 mai 2004, 20:00

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On n?est plus tout à fait le même quand on a pris dans ses mains des colliers de diamants, des parures serties de perles de couleur et quand on rentre chez soi avec? de la poussière d?or sous les chaussures. Ces choses-là n?arrivent que quand vous êtes chez de grands bijoutiers, comme les frères Caunhye. Vous est-il déjà arrivé de laisser vagabonder votre imaginaire en face de joyaux qui brillent de mille éclats, de caresser des yeux des chef-d??uvre que vous n?aurez peut-être jamais le loisir de porter ? Nous avons, le temps d?une entrevue, touché de l?or pur de nos doigts, observé à la loupe, un diamant « extra blanc » avec de « very very small inclusions », enfoui nos mains sous une cascade de pierres. Nous avons visité l?atelier à Port-Louis et l?usine des Caunhye à Camp-Chapelon. Bref, nous sommes entrés dans une vraie machine à faire rêver.

Les gènes d?une lignée de bijoutiers

Une quinzaine d?artisans indiens et trente employés mauriciens sont employés par la dynastie Caunhye. Le nombre de machines de haute technologies qui sont à l??uvre nous laissent bouche bée. Dans une pièce, une machine fait fondre les lingots d?or. Ailleurs, le précieux métal se transforme en fil. Plus loin, ce fil est tressé pour en faire des kilomètres de chaîne. Il y a même des machines conçues spécialement pour laver les bijoux et leur donner leur éclat.

À l?étage une trentaine de mains et d?yeux s?affairent. Ces travailleurs indiens ont de l?adresse. Chacun son travail. Il y a celui qui convertit des petites feuilles d?or en boule, l?autre qui ne manie que des diamants. Il y a celui qui fait des prototypes avec une pâte, l?autre, qui sur sa machine gold tester, vérifie le nombre de carats de la production. Rien n?est laissé au hasard.

Bijoux orientaux ou européens, chacun a sa spécialité. Même le doyen des employés, qui était déjà là en 1950, est resté fidèle aux Caunhye et à leur esprit. Eh oui, il y a des entreprises comme ça qui traversent les années en laissant derrière elles un sillage de souvenirs et d?émotions. Il est des hommes qui se lancent des défis et qui veulent franchir en pole position la ligne d?arrivée. Twaleb, Raffick, Siddick portent en eux les gènes d?une lignée de bijoutiers.

Cette intuition leur a été transmise par leur père, Élias Caunhye, qui en 1950 fonde à Rose-Hill, la première bijouterie de la famille sous le nom de Bijouterie Bienvenue. En 1958, la bijouterie est transférée à la rue Lord Kitchner à Port-Louis. Aujourd?hui encore c?est la maison-mère. En 1975, Élias associe ses fils à l?entreprise. La relève est assurée. L?acte d?amour entre les hommes et la matière est transmis. Ce feu de la passion, nous l?avons ressenti chez Siddick. S?il n?avait pas été bijoutier, il aurait sans doute été? bijoutier, avance-t-il sans hésitation. Encore enfant, il allait voir son père à l??uvre dans l?atelier. Pour l?initier au métier, ce dernier lui donnait des morceaux de métal pour s?exercer.

S?il ne portait pas de bijoux lorsque nous l?avons rencontré, c?est que Siddick préfère flatter la beauté des autres. « Ne dit-on pas que le cordonnier est celui qui est le plus mal chaussé ? » Mais qu?on se le dise, Caunhye Bijoux a un petit quelque chose pour toutes les bourses : un saphir lové sur une bague, des boutons de manchettes parés d?or, une alliance sertie de diamants noirs, un collier de perles, etc. Et la lignée se perpétue. Ainsi, Shabeer, qu?on surnomme affectueusement « la troisième génération », bouscule les codes avec ses designs. L?école de la bijouterie et puis surtout « le sang », comme ils le disent, sont déjà à l??uvre.

Le Laurier d?or, preuve de leur talent

« Pour nous la qualité, c?est mauvais, c?est l?excellence qui compte. » Et pour que la signature Caunhye soit à elle seule un gage d?excellence, les bijoutiers misent non seulement sur la technologie de pointe, mais aussi sur le service. Le client est roi, c?est ce que Siddick veut imprégner dans les mémoires. « Le service, on l?a partout mais le service plus, c?est ce qui fait la différence et c?est par le bouche à oreille qu?on s?est fait une réputation. » C?est de cette façon que, sans qu?ils le sachent, des journalistes de magazines français leur ont rendu visite et ont écrit des articles sur leur bijouterie.

C?est sans doute pour cela que des stars comme Johnny Halliday, Francis Cabrel et Catherine Zeta Jones lui ont commandé des bijoux exclusifs. En tout cas, le Laurier d?or qu?ils ont reçu est venu renforcer la preuve de leur talent, un talent qui réside aussi dans leur modestie face au succès. « Arriver au sommet, c?est une chose. Y rester, c?est ça le vrai pari », affirme Siddick. De plus, les frères Caunhye sont des gens vraiment accueillants et qui font confiance à leurs invités. En effet, on peut vous dire que quand ils vous laissent un moment seul dans leur bureau, avec des rivières de diamants et des palettes de lapis-lazuli, des améthystes et des cornalines, il y a de quoi perdre tous vos repères devant cette constellation de joyaux?

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