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Victime de sa colère noire
Un agréable parfum d?épices titille les narines dès que l?on franchit le seuil du restaurant Briyani House à Chemin-Grenier. Dans la salle à manger, deux hommes dégustent un plat de briani avec appétit, en discutant dans la bonne humeur. Mais les propriétaires du restaurant sont dans un tout autre état d?esprit. Les événements du week-end dernier où un des leurs, Imtiyaz Romjon, a tragiquement perdu la vie les tourmentent toujours.
« Chacun a repris le cours de sa vie, le restaurant accueille à nouveau les clients, mais nous avons tous le c?ur gros », soupire Saïd Romjon, l?oncle du défunt. Son frère Azize tient les rênes du restaurant avec ses fils depuis dix ans. C?est ici qu?Imtiyaz passait le plus clair de son temps en faisant des petits travaux. Mais la vie pour lui n?a pas toujours été rose. Benjamin d?une famille nombreuse, il était différent de ses frères et s?urs.
Le destin d?Imtiyaz est scellé
En effet, après le décès de sa mère, le jeune Imtiyaz a connu de nombreux déboires. L?incompréhension avec la famille s?accentue et il plonge dans un malaise existentiel lorsque son père décide de se remarier. « Je crois qu?il s?est senti délaissé », poursuit son oncle. Dès lors, il file un mauvais coton, ce qui lui vaudra maintes réprimandes de la part de ses frères. En vain.
Imtiyaz Romjon multiplie les échecs et développe avec le temps une accoutumance à certaines substances. Pour s?évader peut-être. « Il avait l?habitude de sniffer de la colle », raconte son oncle.
Quelques délits mineurs commis dans le village lui vaudront des séjours derrière les barreaux. Il en sortait toujours repenti. Mais l?accalmie était de courte durée. Susceptible, il ne supportait pas qu?on le tourne en ridicule. « Li ti trankil, mais li pas ti content ki rode sicane avec li? » Par-dessus tout, il avait horreur qu?on l?appelle par son sobriquet : Leker. Selon ses proches, c?est ce qui a provoqué le drame ce 24 avril.
Cet après-midi-là, Imtiyaz croise une habitante accompagnée de son fils de huit ans. L?enfant se met à le taquiner en l?appelant par son surnom. Le sang d?Imtiyaz ne fait alors qu?un tour. Sans penser qu?il a affaire à un enfant, il le gifle dans un accès de colère. Dans l?après-midi, la mère de l?enfant raconte l?incident à son frère Zoormanand Bofauty, âgé de 38 ans. Dès lors, le destin d?Imtiyaz est scellé.
Lorsque Zoormanand Bofauty le croise devant la tabagie Vogue dans la soirée, c?est l?affrontement. Les deux hommes en viennent aux mains sous les yeux des badauds. « Ils n?ont pas daigné venir en aide à mon oncle parce que l?agresseur les aurait menacés », soupire Noureze, le neveu d?Imtiyaz. Zoorma-nand saisit une barre de fer et lui assène plusieurs coups à la tête et sur le corps.
Imtiyaz parvient à s?échapper. Ayant eu vent de cette affaire, la famille part à sa recherche, sans résultat.
Le lendemain, vers 13 h 30, un imam l?aperçoit dans sa cour, étanchant sa soif à l?eau du robinet. Le religieux lui demande de partir dès qu?il aura fini.
Mais Imtiyaz Romjon s?écroule peu après. Transporté à l?hôpital de Souillac, il meurt. Le médecin légiste de la police, le Dr Sudesh Kumar Gungadin, attribue sa mort à une rupture de la rate. Il a relevé plusieurs traces de coups sur le corps de la victime ainsi qu?une fracture du crâne. « C?est kan nou fine gaign lékor ki nou fine koné ki li line gaign baté a mor », confie Noureze.
Zoormanand Bofauty donne, lui, une tout autre version à la brigade criminelle de Chemin- Grenier. Selon lui, Imtiyaz Romjon avait pris la mauvaise habitude de harceler sa s?ur. Le jour où il l?a agressé, la victime aurait taquiné sa s?ur qui se trouvait dans le même autobus que lui. Et Imtiyaz aurait dépassé les bornes en frappant son fils à la tête?
Un frère muré dans le silence
En rentrant à la maison, la mère a raconté l?affaire à son frère qui est alors parti à la recherche d?Imtiyaz. Il l?a attendu à l?endroit où il avait l?habitude de traîner. « Mone dir li aret fatig mo ser, line dir gété ki to pou fer, mo pou continie. » Fou de rage, il l?a alors frappé avec un morceau de fer qui se trouvait sur l?étal d?un marchand de fruits.
Ce n?est que le lendemain après-midi qu?il apprend le décès de sa victime. Pris de panique, il s?est rendu à l?hôpital de Rose-Belle avec l?intention d?y être admis pour ne pas être arrêté par la police. Il a prétendu avoir des problèmes de mémoire, ce qui a poussé les médecins à l?envoyer à l?hôpital psychiatrique Brown-Séquard. Mais là-bas, les spécialistes ont découvert le pot aux roses et la CID du Sud n?a pas tardé à retrouver sa trace. Il a alors avoué son crime et a expliqué qu?il ne voulait pas tuer Imtiyaz.
Cette agression n?aura fait que des malheureux à Chemin-Grenier. Azize Romjon, le frère aîné d?Imtiyaz, est muré dans le silence. Seuls ses yeux cachés sous d?épaisses lunettes trahissent une profonde douleur.
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