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île-aux-Aigrettes <i>Les trésors restaurés</i>

30 avril 2004, 20:00

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Un moteur qui démarre dans une gerbe d?écume. Trop court voyage dans la lagune. À peine le temps d?apprivoiser le mouvement de balancier que le doigt de la jetée tend un crochet à la pirogue. Quatre minutes. Transfert éclair de Pointe Jérôme à ce coussin vert que tout à l?heure encore on touchait des yeux.

Vu de près, les rondeurs lisses de l?île -aux-Aigrettes sont dentelées. De rugueuses arêtes de corail. Comme une mise en garde. Rendez-vous, vous êtes cerné. Rattrapé par 400 ans d?Histoire. Celle d?une Nature exubérante, généreuse, tropicale. Celle d?une étoile et d?une clé qui jadis verrouillait le commerce régional.

Passé et présent se superposent sur le sentier de la randonnée. En tête de la file, Vanessa, le guide de la Mauritius Wildlife Foundation (MWF) dispense des consignes. Attention écosystème fragile. On ne mange pas, on ne fume pas, on ne cueille pas. La marche se fait en mode respect. Touristes et locaux, enfants et adultes se mettent instinctivement à chuchoter. Les randonneurs penchent la tête pour ne pas froisser le feuillage. Font un pas de côté pour éviter les colonies de fourmis rouges. Respirent de grandes bouffées de cet air chargé de science et de patience.

« Notre objectif est de recréer les conditions qui prévalaient dans l?île il y a 400 ans», explique avec énergie et passion, Pierre Baissac, directeur de la MWF. D?un grand geste de la main, il nous ouvre les portes de ses rêves de scientifique : « Imaginez des dodos, des lézards, des tortues géantes déambulant dans la forêt tropicale. Au calme, sûrs de trouver à manger. Comme c?était le cas avant l?arrivée de l?homme. »

APPEL DU VENTRE

Effacer les ravages de l?intelligence. L?île- aux-Aigrettes a vocation d?île sanctuaire. Premier témoin de cette mission assignée en 1987 : la volière pour crécerelle et chauves-souris. Si les cages grillagées sont vides pour l?instant, elles attendent la réintroduction d?aigrettes. Car que serait une île sans les crêtes de plumes royales éponymes.

Le sentier où affleurent des coraux longe l?enclos des tortues géantes d?Aldabra. Imperturbable devant le caméscope de Hans, touriste allemand. Rien ne peut entamer leur appétit pour l?acacia. Vanessa parle d?elles avec affection. Raconte par le menu leurs tribulations. Comment, au début de leur séjour, elles tendaient la tête à l?approche d?un être humain. Avant que l?on ne comprenne que leurs anciens propriétaires avaient l?habitude de les nourrir. Que ce qu?on prenait pour de la curiosité était un appel du ventre, difficulté supplémentaire à l?adaptation en forêt.

Pendant que le guide mâche son manuel, Steven, 8 ans, est intrigué par un gecko. « Regarde maman, il est rose avec une raie noire. De l?autre côté, c?est bleu. » Sur le dos de l?enfant venu de Montpellier, le dossard n° 10 des tricolores. Cédant à un réflexe, Steven tend la main. Effarouche le lézard. Fâche sa mère. « Pourquoi t?as fait ça ? Je voulais le prendre en photo. »

Petite halte au centre d?accueil de la MWF, pour admirer une dizaine de bronzes. Des reconstitutions faites à partir de croquis et de bêtes empaillées. D?abord celle du mythe : le dodo, plus grand et moins bouffi que nous ne l?imaginions. À côté de lui, d?autres illustres disparus : la poule rouge, le hibou, le perroquet.

Un quart d?heure de cours magistral avant de retrouver les picotements de plus en plus soutenus du soleil. « Il fait souvent plus chaud sur l?île-aux-Aigrettes qu?à Maurice. » Pascale, la mère de Steven, ramène les pans de son paréo. Les ongles carmin de Haneke étalent une couche généreuse d?ambre solaire sur le dos déjà rutilant de Hans, son mari.

Promenons-nous dans les bois. Le parcours se veut d?abord mondain. Des bornes commémorent le passage de têtes couronnées et de Premiers ministres qui ont mis en terre qui un palmier de l?île Ronde, qui un ébénier. La Nature n?a pas boudé son plaisir, le MWF non plus. Contours et lignes droites sont bordés de bois de b?uf, bois de rat, vacoas, bois d?olive, latanier bleu, bois de chandelle, « qui en décoction est efficace contre l?angine et la dysenterie». Plus loin, du bois colophane bâtard, du bois de quivi, « qui a confirmé la taille du dodo, » du bois de reinette et du mazambron. Bienheureux ceux qui en possèdent dans leur arrière-cour car cette plante de la famille de aloe cera est en danger d?extinction.

SAISON DES AMOURS

Un pigeon rose, « nous nargue. » Les moustiques eux ne badinent pas. Ils aspirent copieusement le sang des Allemands et de la famille de Montpellier. Steven s?est gratté la cheville jusqu?au sang. Pour le soulager, le guide lui applique des feuilles de bois de chandelle. Le petit bonhomme repart en faisant la grimace, les jambes constellées de feuilles. Cette fois, on entend distinctement le roucoulement du pigeon aux pattes et au bec rose. La saison est venue pour lui de crier son amour.

Le temps d?inspecter la pépinière qui « produit 45 000 à 50 000 plantes par an, dont des hibiscus du jour et du bois clou, » c?est l?heure de rendre visite au squinque de Telfair. Les lézards sont logés dans un réservoir datant de la Deuxième Guerre. Au ras du sol, les reptiles s?abritent du soleil, de vieux canons rouillent sans rien demander à personne.

On s?essouffle dans la file. La respiration devient pesante dans la canicule. Le randonneur est plus sensible à ces mouches qui bourdonnent autour de ses oreilles. Steven panique quand le guide lui dit que s?il est piqué, il aura de la fièvre pendant une semaine. Vanessa, le sourire un peu coupable, tente de le rassurer : « Je ne voulais pas te faire peur, juste t?informer. »

Quelques marches en bois, une plate-forme et c?est la baie de Mahébourg qui déplie sa beauté à nos pieds. Une vue circulaire époustouflante sur la montagne du Lion, l?île au Phare et l?île de la Passe. Autant de joyaux du patrimoine qui ne demandent qu?à être préservés.

Mission écologique du MWF

«L?île aux Aigrettes est la vitrine des activités de la Mauritius Wildlife Foundation.» Pierre Baissac, directeur du MWF, affirme que le gros de la mission de la fondation s?effectue dans des zones auxquelles le public n?a pas accès.

C?est en 1987 que la MWF obtient le bail de l?île aux Aigrettes. En 1965, l?île était décrétée réserve naturelle. Durée initiale du bail : 20 ans. En 1995, un projet financé par la Global Environment Facility à travers la Banque Mondiale, d?un montant de $ 1,2 millions a vu la renégociation du bail. La MWF a obtenu une extension de 30 ans. «Défrichage, désherbage et dératisation.» C?est là le gros des travaux de la MWF. Selon Pierre Baissac, «90% de l?île a été replantée.» Le programme de réintroduction de pigeon des mares a débuté en 1994, sur les 25 hectares de l?île aux Aigrettes. Des randonnées sont programmées tous les jours. Heures de départ : 9 heures 30, 10 heures, 10 heures 30, 13 heures 30 et 14 heures du lundi au vendredi. Tarif : Rs 150 par adulte et Rs 75 pour les enfants de 4 à 11 ans. Nombre maximal d?un groupe accompagné d?un guide : 20 personnes. La randonnée dure en moyenne entre 45 minutes et une heure et demie. Renseignements et réservations au 631 2396.

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