Publicité
Jeepers Creepers 2, Un croque-mitaine de plus
Par
Partager cet article
Jeepers Creepers 2, Un croque-mitaine de plus
Le titre est directement inspiré d?une chanson célèbre des années 40 dont le texte avait son importance dans le premier Jeepers Creepers. Mais la créature par contre, a le mérite d?être originale, sans compter celui d?être comparable à d?autres célèbres croque-mitaines du cinéma comme Jason ou Freddy. Imaginez une sorte de gargouille de taille (sur)humaine, avec des ailes gigantesques, qui s?attaquerait en premier lieu aux garçons, soit tout jeunes, soit adolescents, pour les dévorer. Elle ne les consomme pas n?importe comment, mais en choisissant tel membre (bras, jambe, tête, etc.) de sa victime selon ses besoins, le membre consommé venant ainsi renforcer la même partie chez la créature.
Mais là n?est pas son aspect le plus répugnant. L?horreur vient d?une autre particularité : comme on pourrait choisir par exemple, un ananas parmi d?autres selon son parfum, le Jeeper Creeper choisit sa victime ? un garçon parmi d?autres ? selon l?odeur des phéromones émises sous l?effet de la peur qu?il ressent. La créature doit donc obligatoirement terroriser sa victime afin de pouvoir fixer son choix, mais en même temps l?odeur de la peur, émise par sa victime, la met en appétit. Cette cruauté sadique a en plus une nuance presque sexuelle, ce qui confère au Jeeper Creeper un aspect indéniablement malsain.
Mais d?un autre côté, on peut aussi se demander si cette répulsion ne serait pas le résultat de quelques millénaires de conditionnement culturels et religieux. Après tout, depuis Barbe-Bleue et même avant, nous avons pris l?habitude, bien qu?horrifiés, de voir des femmes en victimes traquées et terrorisées par des maniaques ou des sadiques dans ce genre d?histoire. Cette répulsion ne tient-elle pas tout simplement du fait que les victimes soient des garçons plutôt que des jeunes femmes ?
Un critique, celui des Fiches du Cinéma, voit dans cette créature un ?miroir des nouvelles peurs de la jeunesse américaine?. Alors qu?un autre, sur un site Internet ne manque pas de souligner que Victor Salva, réalisateur du premier comme de ce deuxième Jeepers Creepers, a lui-même été par le passé condamné par le passé à trois ans de prison pour violences et abus sexuel sur mineurs. Ce qui évidemment expliquerait bien des choses, notamment le fait que ce deuxième opus soit apparemment bardé d?écarts de langage injustifiables dans la VO et dans toutes les versions, parsemé de torses masculins, là aussi de manière peu justifiable.
Quoi qu?il en soit, la créature est diablement efficace, même dans ce Jeepers Creepers 2? et la séquence du tout début est une belle démonstration de savoir faire dans la mise en scène de l?horreur. Un fermier, Jack Taggart (Ray Wise) et son jeune fils au beau milieu d?un champ en train de réparer des épouvantails, et voilà que le jeune garçon laissé tout seul remarque qu?un des épouvantails a l?air assez mal fichu. Il s?en approche, remarque les griffes? et on devine la suite.
Déclenchement des hostilités
Évidemment, dès le début, on sait très bien qu?une fin aussi triste que sanglante attend ce garçon, surtout si on a vu le premier film et aussi parce qu?on est dans un film d?horreur (on aurait été déçu, autrement). Mais la séquence arrive quand même à surprendre par la façon dont les choses se déroulent. Aucune musique d?ambiance, aucun plan spectaculaire, juste l?éclairage (de fin de journée) qu?il faut pour donner un sombre pressentiment et des effets spéciaux juste au tout dernier moment parce que le cours des événements le justifie réellement.
C?est hélas après ce beau début que le niveau du film se met à baisser de façon consternante. Alors que le père aidé du fils aîné se fabrique un harpon au bout duquel il fixe une sorte de couteau laissé par la créature et aussi un lance harpon comme pour la chasse à la baleine, qu?il monte sur sa vieille 4x4, les mots ?22e jour? apparaissent sur l?écran.
Et pendant ce temps, sur une route déserte de la région, un car est immobilisé avec les quatre pneus crevés. Un car plein d?adolescents : une jeune équipe de basket ainsi que trois ?pom-pom girls?. Il y a aussi trois adultes, mais on n?a aucune surprise à les voir éliminés en premier avant que le carnage ne commence réellement.
On sait qu?il y aura un carnage parce que peu avant le déclenchement des hostilités, le film nous présente sommairement les adolescents et que ces derniers évoquent soit Beavis et Butthead, soit les gosses de South Park. En tout cas, on sait d?emblée qu?ils seront appelés à mourir. Il y aussi la radio du car qui reste muette avec en plus les portables qui ne captent plus le réseau. Donc, il est plus qu?évident qu?il y aura bain de sang.
Au milieu de tous ces fâcheux présages, Victor Salva, qui est aussi le scénariste, prend la peine de nous expliquer à travers la vision qu?a l?une des filles, que le Jeeper Creeper sommeille pendant 23 ans au bout desquels il se réveille durant 23 jours pour grignoter les adolescents du coin, après quoi il se rendort pour encore 23 ans, recommençant à chaque éveil le même cycle d?horreurs, et qu?il est indestructible. On se dit alors que la région où sévit ce monstre depuis des générations a dû être habitée depuis toujours par des inconscients qui n?ont jamais remarqué que leurs ados se faisaient massacrer tous les 23 ans. Ou alors, ils devaient être contents d?en être débarrassés.
Victor Salva, lui non plus, n?a pas l?air d?aimer les adolescents (à moins qu?il n?ait sa façon bien à lui de les apprécier). Pas vraiment parce qu?il les fait subir les assauts du Jeeper Creeper, alors qu?ils sont coincés dans le car, mais parce qu?il les fait se comporter comme dans les films catastrophe des années 70. Pourquoi, alors qu?ils ont à leur disposition des tiges en métal aux bouts pointus et un pistolet lance-fusées, se passe-t-il un si long moment avant qu?ils ne songent à les utiliser ?
L?arrivée du fermier, si elle ne parvient pas à sauver les jeunes du massacre, sauve quelque peu le film du naufrage total. Il va sans dire que c?est lui qui confronte la créature, et son acharnement obsessionnel à la détruire n?est pas sans évoquer celle du capitaine Ahab dans Moby Dick. La bagarre contre le Jeeper Creeper est une scène d?action tout à fait honorable et cette partie du film est presque réussie. Elle l?aurait été totalement si le film ne nous montrait pas qu?une vieille 4x4 toute écrabouillée après avoir fait plusieurs tonneaux était encore capable de rouler, et le dispositif lance harpon monté dessus encore capable de fonctionner. Ce Jeepers Creepers 2 se voulant un film où l?épouvante viendrait plus de l?action que de l?horreur, le manque de crédibilité vient porter préjudice à l?action comme à l?horreur.
Mais il faut dire qu?arrivé à ce point du film, on a abandonné toute prétention d?y croire, même pour rire. On est juste heureux que la fin soit toute proche. Celle-ci, lorsqu?elle arrive, laisse anticiper un troisième épisode : on espère que c?est pour dans 23 ans.
Publicité
Publicité
Les plus récents