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Au service de la transparence

21 avril 2004, 20:00

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Navin Beekarry, on l?imagine sans mal déclamer, comme le fit naguère le Roi Soleil : ?L?Icac, c?est moi?. Que l?on sache, Jack Bizlall n?a aucunement attaqué l?institution, mais l?homme. Or, c?est la commission qui lève le bouclier. C?est du commissaire que le public attend des éclaircissements, mais c?est la commission qui s?estime atteinte et émet communiqué et critiques. C?est sur l?intégrité de l?homme que Jack Bizlall a jeté des doutes, mais c?est tout le combat de l?Icac qui s?en trouve, prétend celle-ci, éclaboussé, dénigré, entravé...

Confondre ainsi l?homme et l?institution, est-ce là ce qu?on apprend à l?école de la bonne gouvernance, arme même contre les risques de corruption ? Une institution censée porter en étendard le principe de la transparence, ne fait-elle pas hara-kiri quand elle envoie le message qu?elle fait aveuglément confiance à ses hommes, qu?elle compte faire la sourde oreille et ?poursuivre son travail en toute sérénité?, comme le dit son communiqué ? Les commissaires ne savent-ils donc pas que si la corruption a cette ampleur, c?est qu?elle est le fruit d?une faiblesse par trop humaine ?

Certes, les allégations de Jack Bizlall sont vagues. Sur au moins un cas, il s?est trompé, ce qui devrait éveiller la prudence sur la véracité du reste de l?information. Et puis, ce dossier un peu rapiécé, qui colle le vieil incident Halkaree à la décoration des bureaux de l?Icac, donne à penser qu?il a été un peu artificiellement renforcé pour lui donner plus de poids. Jack Bizlall adopte en outre le même ton pour dénoncer tentures et voiture. Si l?un n?est pas un délit puisque l?Icac a sans doute un budget pour son aménagement, l?autre le serait-il ? Cet acte de ?blanchiment allégué?, en outre, n?est pas attribué à Beekarry. Le silence des députés enfin incite à se demander si l?art de refourguer sa voiture ?duty free? n?est pas une pratique admise sur la place.

Mais le flou du dossier ne rend pas pour autant acceptable l?outrecuidance du commissaire. Pour une raison d?abord. Ces allégations proviennent d?une part d?un homme qui porte une auréole depuis l?affaire Tyack, et surviennent d?autre part à un moment où un notaire et un avocat sont en cellule, à un moment où la foi dans les institutions flageole. Ces deux éléments contribuent à nourrir des doutes, peut-être démesurés mais bien réels, dans l?esprit du public. Navin Beekarry devrait être assez lucide pour s?en rendre compte.

L?autre raison est bien entendu que Navin Beekarry doit rendre des comptes au même titre que toute personne payée des fonds publics. Il le doit d?autant plus qu?il détient ce poste parce qu?il répond à une condition sine qua non : l?intégrité. C?est la condition première imposée avant même les compétences techniques dans tout recrutement opéré par l?Icac. Avant de penser au tort fait à sa personne civile et d?envisager, comme cela semble être le cas, des poursuites contre Bizlall, il doit chercher à honorer la fonction qu?il occupe. S?il n?a rien à se reprocher, il n?a pas besoin de plus d?une semaine pour le démontrer.

Il y a par ailleurs de l?incohérence dans l?attitude du commissaire, une incohérence qui renforce la perception d?une certaine arrogance. Comment réconcilier son apparente inquiétude de l?image qu?a l?Icac dans l?esprit du public avec sa désinvolture à rétablir les faits sur les allégations ? Il faut en effet estimer Beekarry très soucieux de cette image pour avoir consacré plus d?un demi-million de roupies à chercher à savoir ce qu?il en ressort ? c?est le prix payé pour le sondage de StraConsult, au grand dam du Premier ministre. Mais pourquoi donc le commissaire est-il si peu pressé de dissiper tout nuage sur son image ?

L?opinion, influencée par les arrestations successives de ?brebis galeuses?, reste raisonnable et se garde de la tentation de voir des criminels partout. Mais elle estime qu?on se moque d?elle quand on ?la rassure sur la sérénité avec laquelle la commission poursuit son travail?, une remarque qui n?a rien de rassurant. Elle n?apprécie pas non plus d?être traitée de complice des corrupteurs et des corrompus uniquement parce qu?elle se pose des questions sur le bien-fondé des allégations de Bizlall. Quand on fait l?objet d?une ?dernière chance?, on ne peut pas se permettre de jouer au sieur de Versailles.

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