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L?énigme Sharon
Nulle réaction à de supposées pressions américaines. Bien au contraire, c?est Sharon qui débarque en quémandeur à Washington, sollicitant la caution de Bush pour son projet de retrait territorial.
Certains en sont encore à se demander si Sharon est sincère. La question n?est plus là. Qu?il n?ambitionne pas de créer un état palestinien viable et souverain, cela est entendu. Son objectif fut et demeure de renforcer la sécurité morale et existentielle à long terme de l?état d?Israël à travers l?éradication du mouvement national palestinien. Son action au cours de ces dernières années a été axée sur l?affaiblissement de l?Autorité palestinienne et de ses institutions, l?isolement de Yasser Arafat et, plus généralement, l?émiettement géographique et le morcellement organisationnel des organes palestiniens.
Créer le vide politique
Les nombreuses et catastrophiques erreurs stratégiques commises par les dirigeants palestiniens aidant, Sharon aura réussi à faire accepter par le peuple israélien et l?administration américaine l?idée qu?il n?y a plus de partenaire palestinien et, du coup, plus de raison de négocier.
Créer le vide politique autour de lui l?avantageait pour un temps. Après trois années de conflit armé épuisantes et sans perspective d?avenir, les Israéliens en sont venus à se demander où les conduisait leur Premier ministre alors que la pléthore d?initiatives de paix informelles ? en tout premier lieu les accords dits de Genève ? ne faisait qu?accentuer l?impression de sclérose et de paralysie officielles. Les états-Unis devenaient impatients, résignés à la mort prématurée de leur feuille de route, mais dépourvus de scénario de rechange et surtout sans réponse à l?insatisfaction du monde arabe.
Enfin, la menace de sanctions judiciaires à l?encontre du chef de gouvernement soupçonné dans une affaire de corruption a indubitablement joué. Que le retrait finalement ait lieu ou pas, l?initiative de Sharon, maître tacticien, lui aura permis de contrecarrer les multiples pressions internes et externes, de gagner du temps, tout en avançant sa conception des intérêts vitaux d?Israël.
Méfiants, les membres de la communauté internationale comme beaucoup de Palestiniens ont pour l?instant réagi avec prudence à son projet. Il comporte, il est vrai, divers dangers. Certains sont imaginaires, d?autres moins.
Parmi les moins crédibles mais le plus souvent évoqué, la crainte d?une prise de pouvoir par le Hamas au lendemain d?un retrait israélien. C?est se méprendre profondément sur la nature et les ambitions du mouvement islamiste. Ce qu?il recherche, c?est davantage d?influence et surtout pas de responsabilités. En tant que force d?opposition, toute forme d?assistance sociale qu?il parvient à fournir est un plus. En tant que responsable politique, toute forme d?assistance sociale qu?il manquera de procurer sera un moins.
La création de deux Palestine
Pendant trente-sept ans, l?état hébreu a conservé ses positions à Gaza, y compris au plus fort du processus de paix, pour finalement les lâcher au plus fort de l?Intifada. Pour les Palestiniens, l?opération de désengagement présente également d?importants écueils. Le retrait de Gaza joint à la poursuite de la construction de la barrière de séparation, des colonies de peuplement en Cisjordanie et, surtout, de l?infrastructure routière qui s?y rattache, c?est la création potentielle de deux mini-Palestine, l?une orientée vers l?Égypte, l?autre ? entrecoupée de routes et de colonies de peuplement ? axée vers la Jordanie ; l?émiettement des territoires ; la focalisation internationale sur Gaza aux dépens de la situation en Cisjordanie et à Jérusalem ; la mise sur la touche de l?Autorité palestinienne et la tentative de créer une direction alternative ; enfin, le probable renvoi aux calendes grecques d?une solution d?ensemble au conflit israélo-palestinien.
Robert Malley a été un ancien conseiller spécial du président Clinton pour les affaires israélo-arabes (1998-2001)
2004 Le Monde ? Distribué par The New York Times Syndicate
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