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LA BOMBE HURNAM

17 avril 2004, 20:00

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«Mo déjà fermé dans Alcatraz là! » C?est la réponse ironique qu?a faite Dev Hurnam, jeudi, à un journaliste de l?express dimanche. Il était sollicité pour une déclaration au sujet des rumeurs selon lesquelles il serait accusé d?avoir donné des instructions pour agresser d?autres personnes. Il ne pouvait à ce moment ignorer qu?Antoine Chetty, arrêté pour possession d?héroïne, et homme de confiance de Vinay Deelchand, notaire détenu sous plusieurs chefs d?accusation, l?avait impliqué dans des supposés délits criminels. C?est dire combien le député-avocat ne s?attendait pas à être arrêté. La Cour suprême venait juste de casser en appel une décision de la cour intermédiaire le condamnant à six mois de prison pour avoir comploté avec un de ses clients pour faire obstruction à l?enquête policière. D?où le scepticisme de l?opinion quant à une possible arrestation du deputé. D?ailleurs, ce même jeudi, à Triolet, Dev Hurnam s?affiche tout sourire aux côtés du leader du Mouvement militant mauricien (MMM), Paul Bérenger. C?était lors d?un congrès MSM-MMM.

Mais, vendredi, l?avocat-député aujourd?hui en détention provisoire, prend les devants. Accompagné de son avocat Me Teeluckdarry, il se rend aux Casernes centrales. Il est aussitôt arrêté et conduit en cour pour être inculpé sous deux chefs d?accusation : d?avoir ordonné l?assassinat de deux policiers et l?agression physique d?un juge de la Cour suprême.

Quand tombe l?information selon laquelle l?Anti Drug and Smuggling Unit (ADSU) avait procédé à l?arrestation de Dev Hurnam, elle a l?effet d?une bombe. Tout le monde est pris de court. À la mairie de Port-Louis où le Bar Council organise une conférence sur la déontologie des avocats, l?étonnement est à son comble. Ivan Collendaveloo, un des modérateurs des débats mais aussi avocat de Dev Hurnam ne peut cacher sa surprise. « Je n?ai pas encore pris connaissance des faits reprochés à Dev Hurnam, je ne peux faire des commentaires à ce stade. Reprenez contact avec moi plus tard », répond-t-il à l?express dimanche.

L?arrestation de l?avocat est présente dans les esprits lors de la conférence. Même si à la tribune personne ne cite le nom de Dev Hurnam, des fréquentes références sont faites aux démêlés des membres de la profession légale avec la police. Des rappels à la nécessité d?un plus grand respect de la déontologie sont faits notamment par l?ancien juge Robert Ahnee et Raymond D?Unienville, un des plus anciens membres du barreau mauricien.

Durant la pause, on commente à voix basse les déboires de Dev Hurnam. Certains lui reconnaissent des qualités professionnelles certaines, mais déplorent son tempérament sulfureux. « C?est un professionnel qui défend ses dossiers avec compétence, mais malheureusement son comportement laisse souvent à désirer », laisse échapper l?avoué Manogaran Mardemootoo.

Il y a unanimité parmi les hommes de loi : l?arrestation et la détention des membres du barreau entachent la réputation de la profession légale. Les appels à la discipline sont multipliés et le Bar Council menace de sévir contre les brebis galeuses.

Mais Dev Hurnam n?est pas seulement avocat. Il est aussi député. Donc doublement honorable. Sur ce plan l?affaire est plus compliquée. Le politicien est dépositaire de la confiance de l?électorat. Il défend les couleurs et les valeurs d?une formation politique. Sa conduite doit être guidée par les principes moraux dont se réclament les formations politiques, plus particulièrement le Mouvement militant mauricien (MMM), le parti de Dev Hurnam.

Il est vrai que la population a été, ces derniers temps, habituée à des incartades de la part des hommes politiques. Toutefois, les accusations portées contre Dev Hurnam sont d?une extrême gravité. Jamais auparavant un politicien n?avait été interpellé pour des délits de cette nature. C?est ce qui choque.

Les collègues de Dev Hurnam ne pensaient pas qu?on en arriverait à son arrestation. C?est pourquoi le Whip du gouvernement a accepté que des questions parlementaires du député de Pamplemousses-Triolet portant sur les révélations d?Antoine Chetty dans le cadre de l?affaire Deelchand soient inscrites à l?agenda.

Au départ la majorité gouvernementale cache sa surprise et son embarras en cherchant refuge dans le silence. Jeudi, à Triolet, Paul Bérenger ne pipe mot de l?affaire. Pourtant, on ne peut penser qu?il n?avait pas été mis au parfum par le commissaire de police des intentions de l?ADSU d?interpeller Hurnam. À la fin du meeting, celui-ci tente de parler à son leader. Mais Bérenger le boude et s?engouffre dans sa voiture.

Mais vendredi, la donne change. La nouvelle de l?arrestation de Dev Hurnam a déjà fait le tour du pays. À Rivière du Rempart Paul Bérenger de commenter l?affaire publiquement. « Mo finn dir la police pas tiqué. Zot bisin pas per pou enquêter plein-plein. » Et comme pour cacher sa gêne , il adopte un ton sévère : « Sa ki bisin rende compte ava rende compte. »

Au bureau politique du MMM on tente de gérer l?affaire pour minimiser les dégâts. Habilement, on érige en parade la présomption d?innocence et l?on s?arrête à une suspension. Les travaillistes, eux, réclament la démission du député de Pamplemousses-Triolet. On peut déjà anticiper le ton des prochaines réunions parlementaires et celui des meetings. Après la bombe Hurnam, rien ne sera plus comme avant, ni à Pamplemousses-Triolet, ni à l?Assemblée nationale. Madun Dulloo, député et le leader du MMSM a le commentaire juste : « Ce qui se passe dévalue à la fois le parlement et la profession légale. Je suis profondément attristé. » L?opinion ajoutera qu?elle est dégoûtée et inquiète.

« Après la bombe Hurnam, rien ne sera plus comme avant, ni à Pamplemousses-Triolet, ni à l?Assemblée nationale. »

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