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La Passion du Christ
Difficile de se préparer à regarder La Passion du Christ sans avoir en mémoire la polémique qui a précédé et suivi la sortie de ce film en Amérique et en France. Une oeuvre controversée pour des raisons historiques et théologiques. Que contient ce film pour avoir fait couler autant d?encre ? Au risque de décevoir certains, La Passion du Christ de Mel Gibson ne nous a pas fait bondir de notre siège. Prenons le risque de le dire : la polémique principale suscitée par ce film ? à savoir la responsabilité des Juifs et le rôle de Ponce Pilate dans la crucifixion du Christ - ne nous touchera pas. Parce qu?au fond, le film ne remet pas en question la souffrance de Jésus et son message d?amour et de pardon. Ce n?est pas une nouvelle version de la vie de Jésus Christ. Jusqu?à présent, même le Vatican n?a pas émis d?objection contre ce film. Il ne suscitera aucun sentiment anti-semite chez nous. Mel Gibson reste assez fidèle à ce qui est connu de la religion catholique. Fidèle. C?est là où commencent les ennuis avec La Passion du Christ.
Mel Gibson s?évertue à restituer aussi fidèlement que possible les douze dernières heures de la vie de Jésus. Sans censurer une minute de ses longues heures de souffrance, de supplice et d?agonie. La Passion du Christ est un film violent, sanguinolent. Réservé aux âmes pieuses, certes, mais pas aux âmes sensibles. Si vous parvenez à regarder ce film sans jamais fermer les yeux un instant, devant les épisodes sanglants, vous pourrez crier au miracle ! La caméra de Mel Gibson ne nous épargne rien des coups infligés à son personnage principal. Cela commence dès son arrestation avec des crachats, des coups de poings et de pieds. Au fur et à mesure que le film avance, Jésus est de plus en plus malmené physiquement. Il perd peu à peu de son humanité pour devenir un corps ensanglanté. Regarder La passion du Christ devient presque insoutenable avec la scène de la flagellation, premier châtiment infligé par Ponce Pilate à Jésus, dans l?espoir de lui éviter la crucifixion.
La cruauté, la brutalité de cette scène est atroce. Rien ne nous est épargné : les coups de fouet, les morceaux de chairs arrachés, les gouttes de sang? Le réalisateur multiplie alors les gros plans insoutenables. C?est le parti pris de Mel Gibson : nous montrer la souffrance, le calvaire du Christ. Le réalisateur se sert de sa caméra pour rappeler ce fait, pour asséner cette vérité. Un choix qui nuit au film, à son message essentiel.
On reste concentré sur les images violentes, sur la bestialité des légionnaires romains, sur cette agonie, sur ce sang qui coule. On oublie que Jésus Christ accepte cette souffrance, cette torture sans broncher parce qu?il est le fils de Dieu. La notion de sacrifice, de don de soi qui accompagne ces événements bibliques est complètement occultée par la violence des images. Il y a une multitude de gros plans sur le visage tuméfié du Christ, ses plaies ouvertes, sa bouche en sang, son dos en lambeaux. Il faut ajouter à cela, les râles, le souffle rauque du personnage principal.
La volonté de tout montrer atteint son paroxysme avec les scènes de crucifixion. Là aussi, Mel Gibson se veut réaliste. Trop réaliste. On a rarement montré au cinéma, une crucifixion étape par étape comme le fait Mel Gibson. Par exemple, l?on sait que les clous sont enfoncés dans les mains et les pieds mais il va jusqu?à montrer les Romains retournant la croix massive pour recourber à coups de marteau l?extrémité des clous, afin que le corps du crucifié tienne bien. Avec évidemment son lot de sang dégoulinant. Est-ce bien utile ? Là où Mel Gibson pèche, c?est dans cet excès, cet entêtement.
Il pèche surtout en tant que réalisateur. Le film est lent particulièrement dans les longues scènes de flagellations et de crucifixion. Seuls moments de répit : les flash-back sur l?enfance de Jésus, ses prêches dans les temples, la Cène. On y découvre aussi un homme farceur, riant avec sa mère Marie. C?est alors que l?on peut compter sur les personnages secondaires ? Marie, les disciples, Marie Madeleine, Véronique ? pour que Jésus reprenne sa dimension de fils de Dieu, pour que l?on comprenne qu?il souffre au nom de ceux qui croient en lui, à sa résurrection. Des flash-back bien amenés par le réalisateur.
Cependant, le fait de se concentrer sur les douze dernières heures de la vie du Christ, nous laisse avec un sentiment d?inachevé. On aurait aimé une fin de film moins brutale, on aurait aimé terminer sur le miracle de la résurrection et non garder en tête, les images sanguinolentes. Mais tel est le propos du film et de son réalisateur : forcer le spectateur à battre sa coulpe. Pour toutes ces raisons, La Passion du Christ n?est pas une réalisation réussie. Profitons-en pour saluer la performance unique de Jim Caviezel dans le rôle de Jésus. Un rôle qui l?a marqué à vie, au sens propre comme au figuré. En effet, l?acteur a été fouetté pour de vrai dans ce film. Au cours de la scène de la flagellation, la protection qu?il portait sur le dos, s?est détachée. Résultat, il s?est pris un vrai coup de fouet et en garde une cicatrice ! A signaler que l?on est nullement gêné par l?araméen et le latin, deux langues dans lesquelles s?expriment les acteurs. Leur jeu est tellement convaincant et expressif que l?on oublie qu?ils s?expriment dans des langues mortes.
La Passion du Christ ne laissera personne indifférent. Prévenons les esprits chagrins locaux qui souhaiteraient polémiquer : La Passion du Christ n?est qu?un film. Ce n?est que du cinéma. Est seulement mise en images, la passion de Mel Gibson pour le Christ.
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