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Mama Dolores
Elle a toutes les raisons d?en vouloir à la vie. Orpheline de mère comme de père, violée dans son enfance, mariée de force, Marie-Julianne Damour, dite Mama Dolores a pourtant choisi la voie de l?amour. La Pé, son maxi four est sorti le 4 avril dernier à la Réunion, tandis qu?une bande dessinée et le récit de sa vie, sont en cours d?écriture.
Son récit est poignant, bouleversant. Invitée à participer en live au Chant des îles sur Radio Réunion, Mama Dolores a laissé loin derrière elle ses vieux démons. Finies les années d?humiliation, de misère, de doutes et d?infamie. Son chemin de croix a pris fin en France, où elle s?est réfugiée, après que son oncle violeur et incestueux a voulu la marier de force. Son salut, elle le doit à Jacques-Henri Soumère, chez qui elle était employée comme bonne à tout faire. Ce dernier, président du Syndicat national des artistes d?Europe, lui fait découvrir la musique et lui fait même enregistrer un 45 Tours.
Aujourd?hui, Mama Dolores a refermé la parenthèse. Ce qui compte, c?est le présent. Le soutien de René Rivière, son futur mari, compositeur de morceaux dans la pure tradition du maloya réunionnais, lui est d?une grande aide. La Pé, indique que la quinquagénaire a enfin trouvé la sérénité. «A l?époque de tous mes malheurs, j?ai insulté Dieu plus bas que terre. Mais tout ça est loin de moi. La musique a été plus qu?un salut.»
VIE GANGRENÉE
Dans la foulée, Mama Dolores, apprend à lire et à écrire. Un apprentissage difficile pour lequel sa volonté viendra à bout. A cinquante-trois ans, le pari est de taille. Mais c?est à cet âge que Mama Dolores a choisi de s?offrir une seconde vie. Elle rêve de porter secours aux femmes qui comme elle, ont eu une vie gangrenée par des maris ou des parents abusifs. Sa générosité a de quoi émerveillé. «Ma porte est toujours ouverte à ceux qui ont besoin d?aide et de réconfort,» dit-elle simplement.
C?est ainsi que dans son quartier de Saint-Pierre, dans le sud de la Réunion, Mama Dolores est une figure emblématique. Elle s?est aussi mise à l?artisanat, invite d?autres femmes en mal de formation plus poussée, à venir la rejoindre. Ensemble, elles réalisent des travaux uniques à partir de fleurs et de racines de bois. Elles confectionnent des éventails, des poupées de chiffon, des lampes et des tapis aussi. Grâce à l?argent récolté à partir des ventes, elles gagnent leurs vies et n?oublient pas d?aider quelques orphelinats de la Réunion, sans oublier les amis de Madagascar.
Au c?ur de ce havre de paix, la musique créole réunionnaise résonne, forte et enivrante. Mama Dolores soulève son boubou blanc et se laisse aller au rythme du «piqueur», des triangles et du djembé. A la voir danser à en perdre haleine, on sait que la vie a gagné. Dans son pays, on l?appelle «petite mère des pauvres», parce que, justement, son c?ur déborde d?amour.
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