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Trois otages japonais libérés

16 avril 2004, 20:00

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Trois otages japonais ont été libérés en Irak, où les négociations se poursuivent dans un climat tendu pour tenter de mettre fin au siège américain des villes sunnite de Falloudja et chiite de Nadjaf.

Malgré la libération de trois otages japonais, le sort des civils étrangers en Irak continue de susciter l?inquiétude de nombreux pays. Une dizaine de civils demeurent pris en otages.

Un diplomate iranien a été tué à Bagdad, la Russie a commencé à rapatrier une partie des employés de sociétés russes et les Philippines préparent l?évacuation de quelque 3 000 de leurs ressortissants.

Le Japon, dont deux autres ressortissants ont été enlevés, et l?Italie, dont l?un des quatre otages a été exécuté, ont cependant fait part de leur détermination à maintenir leur déploiement militaire aux côtés des Etats-Unis.

Les trois civils japonais libérés, apparemment en bonne santé, ont été remis à l?association des oulémas irakiens avant d?être transférés à l?ambassade du Japon à Bagdad.

Nahoto Takoto, 34 ans, une jeune femme travaillant dans les activités humanitaires, Noriaki Imai, 18 ans, un écologiste, et Soichiro Koriyama, un photographe indépendant de 32 ans, portés disparus il y a huit jours, avaient été enlevés par un groupe de résistance irakien auto-baptisé les Brigades des moudjahidine.

«POLITIQUE PUERILE»

Ce groupe avait menacé jeudi dernier de les brûler vifs si le Japon ne rapatriait pas ses 550 militaires déployés à Samaoua, dans le sud de l?Irak, ce qu?a catégoriquement refusé le Premier ministre nippon Junichiro Koizumi en dépit des supplications des proches des otages.

Harith al Dari, représentant des oulémas irakiens, a expliqué à Reuters télévision que son organisation avait décidé d?oeuvrer à la libération de tous les otages étrangers après avoir vu la détresse de ces familles japonaises. Il a cependant insisté sur le fait que les oulémas n?avaient rien à voir avec les ravisseurs.

L?exécution de l?un des quatre otages italiens, annoncée mercredi, a provoqué la stupeur en Italie, où le président du Conseil, Silvio Berlusconi, a répété qu?il ne céderait pas aux ravisseurs, qui exigent un retrait italien d?Irak.

«Ils ont détruit une vie, ils n?ont pas ébranlé nos valeurs et nos efforts pour la paix», a assuré Berlusconi après la mort de Fabrizio Quattrocchi.

A Bagdad, le premier secrétaire de la représentation diplomatique iranienne, Khali Naïmi, a été tué par balles au volant de sa voiture.

Le ministère iranien des Affaires étrangères a vivement critiqué la «politique puérile» de Washington en Irak: «La seule façon de résoudre la crise en Irak est le départ des occupants du pays et la remise du pays au peuple irakien».

Une délégation iranienne se trouve actuellement en Irak pour favoriser les négociations entre le jeune chef chiite radical Moktada al Sadr, dont les partisans se sont soulevés dans le sud du pays, et l?armée américaine qui l?assiège à Nadjaf pour le capturer «mort ou vif».

D?après l?un de ses collaborateurs, qui se dit optimiste sur l?issue de ces négociations, Moktada Sadr a renoncé à toutes ses conditions initiales pour engager des pourparlers avec l?administration américaine.

Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld s?est dit surpris par l?ampleur des pertes de l?US Army en Irak et a fait savoir qu?il avait prolongé la mission de 20 000 soldats déployés dans ce pays, dont celle de 6 000 réservistes et membres de la Garde nationale. «Il est clair que je n?aurais jamais pensé que nous enregistrerions les pertes humaines que nous avons connues lors de la semaine écoulée», a-t-il déclaré à la presse, prié de réagir aux décès de 93 militaires américains depuis le 31 mars.

MISE EN GARDE DE SISTANI

L?ayatollah Al Sistani, figure la plus vénérée de la majorité chiite irakienne, a mis en garde les Américains jeudi contre toute intrusion dans la ville sainte de Nadjaf.

«L?ayatollah a demandé aux membres chiites du Conseil intérimaire de gouvernement (CIG) irakien d?informer les Américains que Nadjaf était la ligne rouge à ne pas franchir», a-t-on appris de sources religieuses et politiques haut placées.

Sistani souhaite le départ le plus rapide possible des Etats-Unis mais s?est opposé à toute forme de violences d?ici là.

Les négociations avec les rebelles sunnites retranchés à Falloudja semblent encore plus compliquées, à en croire le général Richard Myers, chef d?état-major interarmes de l?armée américaine.

L?administrateur américain de l?Irak, Paul Bremer, tente de négocier par le biais de «multiples canaux», a-t-il précisé tout en ajoutant que les pour parlers ne pourraient durer indéfiniment.

«Je pense qu?il faut nous préparer (...) à ce qu?il y ait de nouvelles actions militaires à Falloudja», a prévenu Myers au cours d?une conférence de presse.

Les «marines» ont lancé une opération d?envergure sur Falloudja après la mutilation de quatre cadavres américains fin mars.

D?après des responsables hospitaliers, les combats qui font rage dans cette ville du «triangle sunnite» ont fait plus de 600 morts et 1.200 blessés depuis le début de l?opération américaine.

Les combats semblent s?être calmés jeudi après des affrontements nocturnes. Des habitants ont également fait état de bombardements aériens américains au cours de la nuit.

D?après des témoins, des chars américains ont également répliqué à une attaque rebelle en dehors de la ville, au nord de laquelle quatre insurgés ont en outre été tués.

Depuis le 31 mars, au moins 93 soldats américains ont péri au combat en Irak, soit quatre de plus qu?au cours des trois semaines de l?intervention militaire ayant conduit au renversement de Saddam Hussein en avril 2003.

Par ailleurs, les gouvernements européens ont rejeté une proposition de trêve formulée par une voix se présentant comme celle d?Oussama ben Laden en échange d?un arrêt des «attaques» contre les musulmans.

par Fiona O?Brien

Deux des otages libérés veulent rester

Deux des otages japonais libérés à Bagdad ont indiqué hier qu?ils souhaitaient rester travailler en Irak, déclenchant aussitôt incompréhension et exaspération de leurs proches et des dirigeants politiques. «Je vais continuer (ma mission en Irak)», a déclaré Nahoko Takato à la chaîne de télévision arabe Al-Jazira peu après sa libération. Les ravisseurs «m?ont fait subir des choses que je n?ai pas aimées. Mais je ne peux pas haïr le peuple irakien», a-t-elle ajouté en essuyant des larmes. De son côté, Soichiro Koriyama, 32 ans, a fait savoir à sa famille qu?il désirait rester pour couvrir l?actualité en Irak, selon des proches. «Mon boulot est de faire des photos», a expliqué l?ancien soldat alors que, filmé par Al-Jazira, il venait de retrouver la liberté avec ses deux concitoyens. Ses propos n?ont pas été du goût de sa mère Kimiko qui a traité son fils de «cinglé». «Je ne pense pas qu?il réalise bien la somme des soucis qu?il a provoqués», a-t-elle jugé. Le frère de Mlle Takato a estimé que la jeune humanitaire n?avait pas totalement appréhendé la gravité de la situation. «Je veux qu?elle se repose afin de pouvoir comprendre rationnellement toute cette épreuve», a prôné Shuichi Takato. Les commentaires des deux otages ont irrité au plus haut point les dirigeants politiques, en particulier le Premier ministre Junichiro Koizumi, confronté pendant une semaine à la crise la plus grave depuis son arrivée au pouvoir il y a trois ans. «Comment peuvent-ils dire pareilles choses après que tant de fonctionnaires du gouvernement aient travaillé si dur sans dormir ni manger ? Il ont besoin de se réveiller !», s?est-il exclamé, visiblement irrité. Ces anciens otages ont un profil de militants engagés dans la mouvance associative pacifiste, antinucléaire et tiers-mondiste.

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