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« Maurice n?a pas assez diversifié ses activités pour profiter de l?AGOA »

13 mars 2004, 20:00

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Où en est l?affaire Ralph Lauren ?

Nous avons pu amener les deux parties à la table des négociations. On est parvenu à un accord entre Polo Ralph Lauren et l?association des fabricants mauriciens qui étaient dans une situation illégale. Il ne suffit pas d?avoir un accord. Il faut surtout s?assurer de sa mise en ?uvre. On doit également exercer un contrôle pour que la marque Polo Ralph Lauren, qui est internationalement reconnue, soit protégée.

Que se passera-t-il maintenant ?

D?abord, on arrête la production de tous les produits contrefaits et illégaux. Il ne s?agit pas seulement des T-shirts. La liste comprend d?autres accessoires comme les cravates par exemple. Ensuite, nous ferons un inventaire des produits contrefaits en stock. Une fois ces données compilées, on accordera un moratoire aux vendeurs pour qu?ils liquident leurs stocks. Les petites unités auront jusqu?au 21 juillet 2004 et les grosses unités jusqu?à décembre.

Si l?on arrête la production, cela veut dire perte d?emploi pour les travailleurs ?

Mais nous ne fermons pas les usines. Nous demandons seulement à leurs propriétaires de ne pas produire des articles contrefaits. Mais ils peuvent continuer à fabriquer d?autres produits légaux.

Vous admettrez que la production d?articles contrefaits a été jusqu?ici tolérée par les autorités ?

Je ne crois pas que les autorités ont toléré la contrefaçon. En fait, la mise en ?uvre des nouveaux règlements a pris du temps et des personnes peu scrupuleuses ont profité d?une situation de transition et des lacunes juridiques pour développer une industrie hors la loi.

À part Ralph Lauren, y a-t-il des produits d?autres grandes marques qui sont contrefaits à Maurice ?

Le cas de Polo Ralph Lauren est un exemple flagrant de contrefaçon. Cette pratique doit cesser immédiatement afin de protéger la réputation de Maurice sur le marché international et surtout aux États-Unis.

Comment y parvenir ?

Il faut créer un mécanisme d?État pour traiter rapidement et efficacement les cas de contrefaçon avant qu?ils n?atteignent les proportions de l?affaire Polo Ralph Lauren.

Cette affaire a-t-elle embarrassé Maurice sur le marché américain ?

Polo Ralph Lauren intente un procès au gouvernement mauricien devant l?US Trade Representative Office, en vertu d?une loi américaine. Si le problème de Polo Ralph Lauren n?est pas résolu de façon satisfaisante, il y a des risques que tous les produits mauriciens exportés vers les États-Unis fassent l?objet d?une surveillance étroite de la part des services douaniers américains. Ce qui voudra dire que d?autres exportateurs mauriciens subiront des tracasseries administratives excessives. Ce qui impliquera des délais considérables dans la livraison de nos produits aux importateurs américains. Cela aura inévitablement un impact extrêmement négatif sur nos possibilités d?exportation vers les États-Unis. Tous les efforts entrepris par Maurice pour bénéficier de l?Africa Growth and Opportunity Act (Agoa) III seront menacés.

Y aura-t-il un Agoa III ?

La session du Congrès américain en cette année d?élection sera très courte. Pour qu?une législation ait une chance d?être adoptée, elle doit passer au Congrès et au Sénat avant le 26 juillet 2004. Ce qui n?est qu?une possibilité minime, « a narrow window of opportunity ». Nous faisons de notre mieux pour faire avancer l?Agoa III tant à la Chambre des représentants qu?au Sénat. Mais vous savez, le commerce international n?est pas une préoccupation prioritaire dans une année d?élections. Ce sera une dure bataille. Néanmoins, nous poursuivrons nos efforts pour assurer l?adoption de l?Agoa III.

Les États-Unis passent des accords de libre-échange avec des pays d?Afrique. Ont-ils intérêt à adopter l?Agoa III ?

Les accords de libre-échange et l?Agoa ne sont pas contradictoires. L?un n?empêche pas l?autre. Au contraire, l?Agoa encourage la mise en place des accords de libre-échange. Par exemple, l?accord de libre-échange passé entre les États-Unis et la Southern Africa Customs Union n?est pas en opposition à l?Agoa.

Maurice ne semble pas avoir beaucoup bénéficié de l?Agoa, alors que d?autres pays africains ont considérablement augmenté leurs volumes d?exportation vers les États-Unis?

Maurice a bénéficié de l?Agoa. D?abord, notre pays a pu garder sa part de marché pour le textile aux États-Unis. Ensuite, notre industrie a été amenée à se repenser, à se réinventer pour devenir un secteur intégré verticalement. Enfin, nos unités ont bougé vers le haut de gamme. Mais hélas, 92 % de nos exportations vers les États-Unis demeurent le textile-habillement. Maurice n?a pas diversifié vers d?autres secteurs. D?autres pays africains comme l?Afrique du Sud, le Sénégal et le Kenya ont utilisé à leur avantage les dispositions du Système de préférence généralisé (GSP) dans le cadre de l?Agoa. L?Afrique du Sud exporte des automobiles, le Sénégal et le Kenya exportent des produits agricoles à valeur ajoutée. Maurice n?a pas suffisamment diversifié ses activités pour profiter de l?Agoa.

Selon l?opposition, le gouvernement ne s?est pas prévalu des dispositions de l?Agoa I, connu sous l?appellation de Third Country Fabric, permettant d?importer des matières premières pour le textile des pays tiers ?

Nous n?avions pas la possibilité de bénéficier du Third Country Fabric. Il faut savoir qu?à un moment, l?Agoa I était bloqué au Sénat. Le prix à payer, afin de permettre que les choses avancent, était que sept pays subsahariens, dont Maurice, devaient se résigner à ne pas bénéficier du Third Country Fabric. Le leader de l?opposition le sait parce qu?il avait participé aux négociations en sa capacité de Premier ministre de Maurice à ce moment-là.

Le protectionnisme est un des principaux thèmes de la campagne de l?élection présidentielle américaine. Cela affectera-t-il les exportations mauriciennes ?

La bataille électorale entre les républicains et les démocrates, qui aura lieu le 2 novembre prochain, comprend l?élection du président des États-Unis, de tous les membres de la Chambre des représentants, d?un tiers des sénateurs. Chaque parti doit choisir son candidat à la présidence, lors des primaires. Comme le président George Bush et le vice-président Dick Cheney se présentent de nouveau, il n?y a pas eu de primaires au Parti républicain.

Dans le camp démocrate, des candidats se sont présentés aux primaires pour obtenir l?investiture du parti. Le sénateur John Edwards qui vient de Caroline du Nord ? une région dont l?industrie du textile-habillement a été décimée ces dernières années par les importations ? a fortement souligné les effets néfastes du commerce international. Cela a eu un écho au sein de la base du parti démocrate qui est constituée de syndicalistes et de travailleurs.

Il faut se rappeler que durant ces trois dernières années, les pertes d?emploi se sont chiffrées à 2,8 millions aux États-Unis. Pourtant, l?économie américaine a connu une croissance importante récemment, mais elle n?a pas donné lieu à la création d?emplois. Mais finalement, il ne semble pas que cela aura un impact sur Maurice, car nos exportations vers les États-Unis sont très minimes par rapport au volume total d?importations de ce pays.

« Si le problème de Polo Ralph Lauren n?est pas résolu de façon satisfaisante, il y a des risques que tous les produits mauriciens exportés vers les États-Unis fassent l?objet d?une surveillance étroite de la part des services douaniers américains. »

Propos recueillis par Jérôme BOULLE

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