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Nouveau rempart pour les victimes

13 mars 2004, 20:00

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Soutenir les victimes de négligences médicales et les diriger vers les procédures légales en cas de poursuites : tel est le but de la Société protectrice des malades contre la négligence médicale (SPMCNM). Cette association, créée le 29 février dernier, vise aussi à informer le public sur ses droits et le système de santé.

« Ma mère avait toute la vie devant elle. Elle ne devait pas mourir ainsi. Cette perte fait mal à chacun d?entre nous. Aujourd?hui, je ne la retrouve pas vivante? » : voilà le cri de c?ur de Dany Bade, 30 ans. Ce jeune homme n?est toujours pas fixé sur la cause réelle du décès de Rosa, sa mère âgée de 48 ans, survenu en février dernier. Atteinte d?une insuffisance rénale, cette dernière a recours à la dialyse avant de subir une transplantation. « Ma petite s?ur a donné un rein à ma mère. Après l?intervention chirurgicale, elle a été placée en salle d?isolement pour des soins intensifs de l?hôpital de Rose-Belle. Les médecins ne nous ont pas autorisés à lui rendre visite, parce que nous pouvions lui transmettre des microbes. » Les proches se conforment aux directives des médecins. Mais quelques jours plus tard, Rosa Bade est transférée dans une salle commune où des patients atteints d?infections, dont un sidéen victime de pneumonie, sont admis. Elle commence à développer des complications et se met à cracher abondamment du sang. Lorsque Dany s?informe auprès des médecins, la patiente est immédiatement replacée en salle d?isolement. Mais il est trop tard, elle meurt le 9 février. Le problème, c?est que Danny Bade reçoit plusieurs versions de la cause du décès. La première, qui provient du médecin de service, l?informe que c?est une pneumonie sévère qui a terrassé sa mère. Mais le lendemain, le médecin traitant de Rosa Bade soutient que le décès est dû à un rejet des médicaments après la transplantation. Pour en avoir le c?ur net, Danny Bade fait procéder à une autopsie qui attribue le décès à un « Supporative Acute Broncho-Pneumonia ». « Je crois que ma mère est décédée des suites d?une infection contractée à l?hôpital. Il y a trop de négligences médicales qui ôtent la vie aux gens. On ne peut plus tolérer une telle situation », s?insurge-t-il.

« Traités comme des bêtes »

C?est dans le but de faire la lumière sur les circonstances du décès de sa mère, mais aussi pour aider les autres que Danny Bade a adhéré à la Société protectrice des malades contre la négligence médicale (SPMCNM). « Nous menons ce combat pour que de telles fautes cessent et que nous puissions bénéficier d?un meilleur service de santé avec des médecins professionnels », explique-t-il.

L?association a été créée le 29 février dernier par le Dr Maha Prakash Ramburun, spécialisé dans la chirurgie pédiatrique, qui exerce en France et en Russie. « J?ai travaillé pendant une quinzaine d?années à l?étranger et j?ai pu constater les progrès énormes de la technologie là-bas. Ici, les patients sont traités comme des bêtes. C?est surtout le petit peuple qui souffre dans les hôpitaux. Dans la majorité des cas, les médecins dispensent des traitements expéditifs aux patients qui peuvent en mourir. »

Pour le médecin, la goutte d?eau qui a fait déborder le vase, c?est le nombre de cas de négligence médicale dans les hôpitaux mais aussi l?incompétences des médecins : « J?ai été outré en constatant que des étudiants peuvent acheter des diplômes de médecine dans certaines universités. Il y a une fille qui est venue à Maurice avec un faux diplôme d?une université ukrainienne. C?est inacceptable ! D?ailleurs, en lisant des articles de presse, je suis aussi tombé sur des cas flagrants de négligence médicale auxquels on ne peut pas rester insensible », ajoute le médecin.

Une liste noire de médecins

Après avoir dénoncé le cas de cette jeune mauricienne aux autorités, ce dernier a également écrit au Premier ministre avant de décider de lancer la SPMCNM. Selon lui, pour éviter que ce fait ne se reproduise, il faudrait que chaque nouveau médecin passe un examen attestant ses connaissances et ses aptitudes à exercer. « La négligence médicale, c?est un peu comme la brutalité policière. Dès qu?un cas est dénoncé, on nous dira qu?une enquête est en cours mais elle piétinera au point où les espoirs de la victime ou de sa famille d?obtenir une explication s?amenuisent considérablement. Qui sait comment l?enquête est menée ? Est-ce que des sanctions sont prises à l?égard des médecins incriminés ? La population n?obtient guère de réponses? », souligne le Dr Maha Prakash Ramburun.

Depuis sa création, l?association a enregistré une quarantaine de plaintes. « Nous voulons soutenir les victimes de négligence médicale et les épauler dans leur détresse. Nous sommes là pour leur prêter l?oreille et pour les aider à dénoncer ces cas. Il faut faire le tri parmi certains médecins qui sont plus des bourreaux que des sauveurs. En ce moment, nous sommes en train de faire une liste noire des médecins impliqués dans les cas de négligence médicale mais aussi une de ceux que nous recommandons. Il faut que les médecins nous aident à mener ce combat », soutient-il. Ce dernier compte également fournir une assistance juridique pour aider les personnes sans ressources qui désireraient entamer des poursuites judiciaires.

Une campagne pour sensibiliser les regions

Afin de sensibiliser le public sur l?ampleur des négligences médicales à Maurice, l?association compte organiser des conférences régionales pour l?informer de ses droits. Un film de neuf minutes, illustrant les différents scénarii sur les traitements dans les hôpitaux, sera projeté lors de ces réunions et des feuillets explicatifs sur le rôle et le devoir du médecin à l?égard de ses patients, distribués. Du 15 juin au 15 août, une campagne ciblera les associations et les clubs de l?île. L?association est financéepar les cotisations (Rs 100 par mois) ainsi que par des sponsors.

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