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Sur le même bateau

4 mars 2004, 20:00

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QUELQUES pêcheurs de Le Morne, de La Gaulette et de Coteau-Raffin ont tenu une réunion la semaine dernière pour évoquer leur avenir. Selon eux, le gouvernement les a abandonnés face à leurs problèmes et ils pointent du doigt les activités touristiques.

Le 2 septembre de l?année dernière, les 140 pêcheurs de la région sud-ouest avaient envoyé une lettre à Paul Bérenger, au ministre de la Pêche, Sylvio Michel et aux trois députés de la circonscription pour avoir un rendez-vous dans le dessein de discuter des divers inconvénients de leur travail. Un mois plus tard, ils envoient une deuxième lettre au gouvernement pour la même raison. Entre-temps, les officiers du ministère de la Pêche et les pêcheurs ont eu plusieurs réunions.

Le 6 novembre 2003, quelques pêcheurs rencontrent le ministre du Tourisme d?alors, Nando Bhoda, les promoteurs touristiques en présence des officiers du ministère de la Pêche à Port-Louis. Selon le procès-verbal de cette réunion, les pêcheurs ont énuméré une série de problèmes. Ils ont évoqué la pollution sonore, causée par le bruit des moteurs de bateaux de plaisance, le va-et-vient des kite-surfs et des planches à voile. Ils ont aussi fait mention des dommages causés à l?environnement marin.

Toujours selon le procès-verbal, le gouvernement a promis que leurs doléances seraient prises en considération et si besoin était, ils seraient formés pour la pêche hauturière. Un mois plus tard, une deuxième réunion a lieu entre les mêmes protagonistes. A la fin de la réunion, il fut convenu qu?ils se rencontreraient une nouvelle fois dans deux semaines.

Or, selon les pêcheurs, il n?y a jamais eu de rencontre après. Ils envoient ainsi une lettre au ministre de la Pêche le 3 février pour s?informer. Depuis, point de réponse, disent-ils.

Lallsing Shamah, président de l?Association de pêcheurs de Le Morne précise qu?ils ne sont pas contre les touristes ou les hôtels de la région mais demandent quand même que les droits des pêcheurs soient respectés. ?Il y a une distance de 500 mètres entre les récifs et la plage. Une distance de 300 mètres est réservée aux activités touristiques et 200 mètres aux pêcheurs. Or, les bateaux de plaisance et les surfers ne respectent pas cette distance et nous gênent énormément dans notre travail?, déclare-t-il.

Il affirme que leurs prises ont considérablement diminué ces derniers temps affectant du même coup leur vie familiale. Harold Béguinot, pêcheur de La Gaulette, explique qu?il peine pour envoyer ses enfants à l?école. ?La plupart des pêcheurs sont dans mon cas.? Il raconte qu?une fois, un bateau avait endommagé son casier et le directeur de l?hôtel avait accepté de le rembourser, mais il lui aurait dit de changer de mouillage. ?Cela fait des années que je pose mon casier à cet endroit. Il n?y avait aucun développement à cette époque. Maintenant il me demande de partir.?

Les pêcheurs maintiennent qu?ils n?ont jamais protesté quand il y a eu des travaux pour les hôtels, mais, ils le font maintenant parce que leur gagne-pain est menacé. Noël Lamarque, le doyen des pêcheurs, affirme que des officiers des pêcheries et ceux de l?environnement ont constaté que l?habitat des poissons a été endommagé lors des travaux de rénovation d?un hôtel.

Une jetée encombrante

Les autres problèmes qu?évoquent les pêcheurs, c?est la construction d?une jetée en face de l?hôtel Indian Resort qui selon eux n?a pas respecté la longueur autorisée. Il y a aussi des plongeurs autour de leurs casiers. Lallsingh Shamah avance que la jetée gêne considérablement les pêcheurs. ?Les pirogues doivent raser la côte avant de prendre le large à cause des coraux et des rochers. Il est difficile de circuler.?

Pour ce qui est de la pêche hauturière, les pêcheurs ne sont pas enthousiastes. Selon le calcul de Harold Béguinot, il faut, au bas mot, Rs 400 000 pour qu?un pêcheur se recycle dans la pêche en haute mer. ?La plupart des pêcheurs ont 50 ans. Il nous est impossible de mettre une telle dette sur notre tête à cet âge?, déclare-t-il. Les femmes-pêcheurs, elles, disent qu?elles ne supporteront pas la haute mer. Par ailleurs, les pêcheurs regrettent qu?il n?y ait jamais eu des consultations avec eux pour le creusement d?un chenal au Morne car, disent-ils, ils connaissent mieux les endroits qui méritent d?être dragués. Le service de presse du ministère de la Pêche maintient que les doléances des pêcheurs ont été reçues l?année dernière. L?affaire a été portée devant le cabinet et il a été décidé que c?est le ministre du Tourisme qui doit s?occuper de ce dossier. Le ministère de la Pêche rappelle également que le gouvernement avait effectivement organisé une réunion en novembre et une deuxième le 11 décembre, mais en raison de la partielle dans la circonscription no. 7, le contact avec les pêcheurs a été suspendu provisoirement. Le remaniement ministériel a aussi retardé les consultations avec eux. Concernant la lettre affranchie le 3 février dernier, le ministère de la Pêche affirme qu?elle ne portait aucune signature et est donc restée sans réponse. Selon le ministère du Tourisme, les rencontres se poursuivront dans les semaines à venir.

Les pêcheurs sont unanimes à dire que le gouvernement a donné aux hôteliers la permission pour développer la terre mais pas la mer. Ils disent que si aucune solution n?est trouvée, ils devront avoir une compensation.

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