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Alcodis : ?les soupçons se précisent?

3 mars 2004, 20:00

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LES PREMIERS éléments de l?audit effectué hier à Alcodis par les autorités, suivant l?intoxication d?une dizaine d?écoliers de Rose Belle Nord, semblent mettre davantage en cause cette usine de fabrication d?éthanol. Mardi soir déjà, Alcodis s?était vu interdire d?opérer provisoirement en attendant une enquête poussée. Et hier, les experts dépêchés sur place affirmaient avoir constaté que des équipements de sécurité visant à empêcher que des gaz toxiques ne s?échappent dans l?atmosphère manquent.

?Nos soupçons se précisent. Nous n?avons toutefois pas encore de conclusions, mais ce que nous avons constaté sur place nous pousse à aller encore plus loin dans notre enquête?, explique le conseiller du ministre de l?Environnement, Ananda Rajoo. Mais chez Alcodis, on continue de nier catégoriquement toute implication dans l?intoxication de mardi.

Jérôme Harel, directeur général de la compagnie, insiste qu?il a tout l?équipement nécessaire pour produire de l?éthanol sans danger. ?L?affirmation du ministère concernant l?absence d?équipements est absolument fausse. Nous n?avons pas lésiné sur les moyens. Venir dire que nous n?avons pas installé certains équipements est inacceptable. Il n?y a aucune preuve qu?Alcodis est responsable de l?intoxication des écoliers.?

?Notre souci n?est pas d?empêcher l?usine d?opérer. Nous voulons qu?elle produise selon les normes sans aucun problème pour les habitants et les enfants. Nous voulons être satisfaits à 100 % avant que les opérations redémarrent?, affirme de son côté le ministre de l?Environnement, Rajesh Bhagwan. Quoi qu?il en soit, l?enquête se poursuit. Ce matin, la même équipe, composée notamment d?experts de l?université de Maurice, du laboratoire du ministère de l?Environnement et du Mauritius Sugar Industry Research Institute (MSIRI), continueront leurs recherches. En attendant, l?école reste fermée.

L?intoxication de mardi dernier est devenue un mystère qui donne lieu à de multiples hypothèses parmi les habitants de la localité et des techniciens dépêchés sur place. Avant que le ministère de l?Environnement et les experts ne viennent tard dans la soirée avec leurs soupçons autour de manque d?équipement de sécurité, d?autres pataugeaient toujours dans un doute persistant.

?L?usine n?était pas en production?

?Depuis vendredi je suis sur le terrain et je n?arrive pas à comprendre?. Aveu déconcertant venant d?un technicien du gouvernement. Mais il est sûr d?une seule chose : l?intoxication vient d?un produit chimique et non des déchets organiques. Mais lequel ?

Désemparé par le mystère, le technicien se rabat sur les habitants du voisinage pour essayer de comprendre, pour s?expliquer comment une dizaine d?écoliers, quatre enseignants et deux enfants fréquentant une maternelle à quelques pas de là ont pu être intoxiqués dans la journée de mardi. Peine perdue. Les questions fusent plutôt que les réponses.

?Pourquoi est-ce que c?est seulement dans cette école qu?il y a à chaque fois des intoxications. Pourquoi pas chez les habitants de la région. Pourquoi ma petite fille n?a pas été intoxiquée mardi dernier, ni jeudi dernier, ni en octobre dernier. Je crois qu?il faut qu?on fasse un peu de prière dans cette école? , s?exclame Jean-Claude Jeanneton, un retraité habitant non loin de l?école. Selon lui, le jour de l?intoxication, il y avait une petite odeur de mélasse dans l?air. Qualificatif à laquelle s?ajoutent ?odeur d?alcool? ou encore les ?odeurs de fruits pourris? lancés par les habitants.

Mais Alexandre Maurel, un des directeurs de l?usine et Jérôme Harel brandissent de solides arguments pour se disculper. ?Jeudi dernier, quand des enfants ont été intoxiqués, l?usine n?était pas en production?, précise le directeur général. Ce dernier avoue néanmoins qu?il avait dans ses cuves de la mélasse en voie de fermentation, mais pas de stock d?éthanol ou de vinasse. ?Mais expliquez-moi pourquoi aucun membre de notre personnel n?a jamais été intoxiqué ??

Construite à côté de l?usine sucrière de Rose-Belle, soit à plus de 500 mètres de l?école de la localité, Alcodis montre un visage propret. L?usine, au coût de Rs 450 millions et qui peut produire 80 000 litres d?éthanol par jour est toujours en rodage. Elle n?en produit qu?environ 40 000 litres destinées à l?exportation.

Odeur de mélasse

Les énormes cuves de mélasse impressionnent ceux entrant dans l?enceinte de cette usine, un ?no smoking zone? sous haute surveillance. Le gazon et la végétation ne donnent aucune indication de pollution, les murs et les cuves ne portent aucun signe de corrosion.

Une petite odeur de mélasse accueille le visiteur dès l?entrée. Les effluves sont différents, un peu plus piquants, auprès du bassin où est stockée la vinasse, sous-produit de la distillation et qu?on mélange avec de l?écume pour fertiliser les champs de canne. Mais aucune de ces émanations n?est toxique, affirme Jérôme Harel.

Le professeur, Swaley Kasenally, expert en chimie, ex-professeur et ex-pro vice-chancelier de l?université, confirme : ?Je suis bien surpris par les affirmations d?émanation de gaz toxique. L?éthanol est aussi produit à Médine et à Beau-Plan et ne pose aucun problème dans ces régions. Le procédé utilisé pour obtenir de l?éthanol est bien connu, quoique chacun puisse avoir son secret de production. Il faut maintenant voir si ce n?est pas dans le procédé utilisé par Alcodis qu?il y a un petit problème.?

Alcodis est un de ceux qui cherchent à trouver la source de l?intoxication. Ses travailleurs ont découvert de grandes quantités de bouteilles plastique ayant contenu des insecticides, des pesticides et des herbicides qui ont été utilisés dans des champs de pomme d?amour situés à environ 300 mètres derrière l?école. Il y a aussi l?incinérateur de l?hôpital Nehru et les dépotoirs sauvages où déchets de poulets pourrissent à ciel ouvert.

Déjà, un homme s?occupant d?un jardin potager de l?école a été mis à la porte. Il est accusé d?avoir aspergé le potager de pesticide et avoir ainsi causé les intoxications notées jeudi de la semaine dernière. Quoi qu?il en soit, les hypothèses vont bon train?

RENCONTRE AVEC LES PARENTS ET ENSEIGNANTS

Pravind Jugnauth ?rassure?

  • Le vice-Premier ministre et député de la circonscription, Pravind Jugnauth, s?est rendu à l?école primaire de Rose-Belle hier. Il a tenu à ?rassurer? les parents et enseignants concernés.

Le vice-Premier ministre a aussi exprimé l?intention du gouvernement de traiter avec ?le plus grand sérieux? le dossier sur l?intoxication. Se disant au courant des premières conclusions du département de l?environnement mettant en cause l?usine d?Alcodis, il a toutefois mis l?accent sur la nécessité d?effectuer des enquêtes approfondies avant d?arriver à une conclusion définitive. ?D?autres activités dans la région seront passées à la loupe?, annonce-t-il. Il a également blâmé l?opposition qui aurait tenté ?de tirer un capital politique? de cette affaire.

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