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MMM-MSM : entente forcée
Le mood a changé dans le pays. L?échiquier politique a connu des bouleversements depuis décembre de l?année dernière. Les principales formations ont connu, durant les trois derniers mois, des fortunes diverses : le MSM vacille, le MMM est fragilisé et le PTr requinqué.
La configuration était fort différente, il y a presque une année. Le dernier « Baromètre politique Synthèse-l?express », réalisé en avril 2003, donnait un avantage au MSM. 26 % des Mauriciens affichaient leur proximité avec le MSM alors que le MMM et le PTr ne recueillaient que 20,7 % et 17,4 % respectivement d?opinion en leur faveur. Le prochain «Baromètre politique Synthèse-l?express », prévu pour bientôt, confirmera si le paysage politique au niveau national a effectivement changé.
Mais déjà on peut dire que l?échiquier a connu des bouleversements. La défaite du candidat de l?alliance MSM-MMM à l?élection partielle de Piton-Rivière-du-Rempart a été un tournant dans l?évolution de la situation politique. D?autres facteurs ont aussi contribué au changement du « mood » de la population. Le départ de sir Anerood Jugnauth de la direction du MSM, l?accession de Paul Bérenger aux fonctions de Premier ministre, et le jugement du Privy Council sur la question des 50 % des places réservées dans les écoles catholiques ont eu un effet significatif sur l?ambiance dans le pays. Depuis quelques mois, toutes les décisions politiques et administratives sont analysées à partir d?une grille ethnique.
Aujourd?hui l?irrationnel a gagné les esprits et les partis politiques ont du mal à maîtriser la situation. Le MMM est sur la corde raide. Son leader doit sans cesse tenter de réaliser le grand écart. Il doit répondre à l?attente de la majorité de son électorat ancré en zones urbaines sans pour autant embarrasser son partenaire.
Bérenger sait que son allié est affaibli après le retrait de Sir Anerood Jugnauth de la politique active. Mais il ne peut se séparer du MSM. Le leader mauve ne pourra pas non plus se ménager une alliance avec les travaillistes. Un tel arrangement n?est pas possible, car ni Ramgoolam ni Bérenger n?acceptera d?être vice-Premier ministre. Il n?est pas question non plus que le Premier ministre remplace sir Anerood Jugnauth au Réduit à la faveur d?une entente avec l?opposition. Cela équivaudra à de l?ingratitude de sa part. C?est mortel en politique.
Donc, il n?y aura pas d?alliance MMM-PTr et la présente coalition gouvernementale tiendra bon parce que le MSM n?a pas d?autre choix. Seule, la formation de Pravind Jugnauth ne vaut pas grand-chose électoralement. Elle ne peut, non plus, contempler une alliance avec le PTr car les deux formations partagent le même réservoir électoral.
Bérenger, lui, tente de préserver son électorat. C?est l?une des explications possibles à son insistance pour initier des débats sur des questions controversées en dépit des hésitations de son partenaire. La Muslim Personal Law, les initiatives visant des régions défavorisées et des catégories sociales spécifiques relèvent de ce souci. Mais le MMM veut aussi élargir sa base. D?où les fréquentes assurances à l?effet que l?accession de Bérenger au poste de Premier ministre n?est pas une menace à quelque communauté.
Dans ce jeu politique qui s?apparente surtout à de l?arithmétique ethno-électorale, le MSM ne peut espérer survivre qu?en marquant sa différence avec son partenaire sur des dossiers précis qui ont valeur de symbole aux yeux de son électorat. D?où sa réticence à discuter de la Muslim Personal Law, son refus de cautionner le limogeage éventuel du directeur de l?Icac, et la présentation d?une alternative à la formule Collendaveloo pour l?introduction d?une dose de proportionnelle dans le système électoral. La démarche du MSM est limpide : envoyer des signaux à ses sympathisants pour dire qu?il n?a pas été absorbé par le MMM.
Le PTr a le beau rôle dans la conjoncture. Sa victoire à l?élection partielle de Rivière-du-Rempart a revigoré ses troupes. Navin Ramgoolam commence à croire à un retour aux affaires. Comme le succès attire, des volontaires accourent au PTr alors que des caciques dépassés s?y accrochent. Cela rend difficile un éventuel renouvellement de l?équipe dirigeante. Le leader rouge doit réussir cet exercice s?il veut convaincre. Toutefois, sa tâche s?annonce difficile.
Mais, la population attend l?opposition sur d?autres questions. L?électorat demande un programme sérieux, une équipe crédible et des preuves de savoir-faire. A ce jour, le PTr n?est pas à même de satisfaire la nation sur ces points. Ses dirigeants sont fatigués et son discours contre les entrepreneurs du secteur privé est une ineptie.
Bérenger et Ramgoolam savent qu?ils sont les deux seuls acteurs qui comptent sur l?échiquier. Les assemblées des délégués qui ont lieu aujourd?hui démontrent leur souci de préparer les troupes dès maintenant pour que les partis soient prêts au moment où commenceront les grandes man?uvres.
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