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Faut-il un quota pour les femmes députées ?
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Faut-il un quota pour les femmes députées ?
OUI
Danielle Perrier députée de Belle-Rose/Quatre-Bornes</B>
Comment expliquez-vous la sous-représentativité des femmes en politique ?
Le premier facteur est culturel. Mais cela n?explique pas tout. Il y a aussi un manque de volonté politique dans ce sens.
Qu?entendez-vous par un facteur culturel ?
À Maurice, trop de femmes n?ont pas encore vu la nécessité de s?engager en politique. Il faut cependant dire que jusqu?à présent, le monde politique est un monde d?hommes, fait par les hommes pour les hommes. Malgré leur émancipation, les femmes sont donc réticentes à s?engager. Remarquez qu?il y a une réelle prise de conscience pour que la femme s?engage davantage en politique.
Il y a également un facteur éducatif. Dans certains pays, le manque d?éducation des femmes est une barrière pour leur entrée en politique. Mais j?ai vu qu?à Maurice, c?est le contraire.
Expliquez-vous ?
Le monde politique est un monde plein d?insécurité. Vous êtes élu aujourd?hui, battu demain. La politique n?est donc pas un métier où l?on peut faire
carrière. Or, depuis l?introduction de l?éducation gratuite, plus de femmes ont la possibilité d?épouser une carrière professionnelle. Il leur est donc difficile d?abandonner cette perspective pour l?incertitude d?une carrière politique.
Pourquoi est-il important pour une femme de s?engager en politique ?
Aucune démocratie ne sera achevée tant qu?il n?y aura pas une participation égale des femmes et des hommes.
Qu?est-ce qu?elles apporteraient de plus que les hommes ?
Leur sensibilité. La femme et l?homme sont deux entités complémentaires qui peuvent apporter un résultat positif. D?ailleurs c?est ce qui fait un enfant !
Quitte à imposer un quota pour que les femmes soient mieux représentées ?
Tout à fait. La France, pays des droits de l?homme, et d?autres pays d?ailleurs,
ont été obligés de passer par un système de quota. Pour l?heure, les obstacles sur le parcours politique des femmes sont si énormes qu?elles doivent être vraiment très fortes pour les surmonter.
Comment voyez-vous ce système de quota dans la pratique ?
Soulignons d?abord que les pays qui ont réussi une meilleure représentativité de la femme en politique ont tous introduit un système de quota. Il y a deux façons de le faire : au niveau des partis, ou au niveau de la Constitution. Au niveau des partis, c?est aléatoire, car le leader peut décider demain de ne plus appliquer ce quota. L?autre système, qui garantit la représentativité équitable des femmes, mais qui, à mon avis, est extrême, c?est de l?introduire dans la Constitution du pays.
Vous semblez partagée sur cette seconde option ?
Effectivement. Je crois en l?égalité des chances pour tous. Venir donc imposer un quota en faveur des femmes dans notre Constitution, c?est créer une injustice envers les autres.
Mais c?est une « discrimination positive »...
Oui, mais cela reste quand même une discrimination. D?autant que la Constitution protège contre toute forme de discrimination. C?est pour cela que je suis plutôt pour l?introduction d?un quota au niveau des partis. Au MMM on l?a fait, mais on ne l?a pas encore respecté.
Ne pensez-vous pas que tout ce débat autour de la représentation proportionnelle est une occasion de changer les choses ?
Tout à fait. Une dose de proportionnelle favoriserait les minorités, dont les femmes. Je veux dire minorité en représentativité, car n?oubliez pas que les femmes à Maurice constituent quand même 52 % de la population. Ce n?est pas normal que ces 52 % ne soient pas représentés. Avec la représentation proportionnelle, on garde les trois élus par circonscription et on donne aux femmes la possibilité d?entrer en politique sans avoir à monter sur la caisse à savon, sans être tributaire d?un électorat qui ne serait pas préparé à élire des femmes. Cela inciterait des femmes professionnelles à apporter leur contribution au pays. J?estime qu?il faut passer par ce système de quota pour que cela devienne à la longue naturel de voir des femmes en politique. Il n?y a aucun pays au monde qui a réussi à le faire sans passer par le système de quota.
NON
Sheila Bappoo
présidente de la « Women?s League » du Parti travailliste
Pourquoi êtes-vous contre un système de quota pour les femmes ?
Ma conviction profonde, c?est que ce n?est pas nécessaire. J?estime que les partis doivent eux-mêmes faire de la place aux femmes. Ils auraient dû pouvoir mettre de côté les pressions et les lobbies et faire une place honorable à la femme. Nous représentons 52 % de la population. Je ne demande pas 52 % de places pour les femmes. Car agir de façon superficielle n?est pas sérieux.
Pourquoi les partis ne font-ils pas davantage de place aux femmes ?
Y a-t-il une démocratie si la femme ne se sent pas citoyenne à part entière ? Il est évident qu?elle doit avoir son mot à dire dans toutes les instances de décision. Mais ce sont les partis politiques qui attribuent les investitures lors des élections. Maintenant, dans notre société démocratique mais complexe, les pressions, les lobbies et associations socioculturelles sont énormes. Les leaders de partis arrivent difficilement à y résister. Plongés dans cet engrenage de lobbying, ils ne peuvent pas redistribuer démocratiquement les tickets pour les femmes. Résultat : depuis l?indépendance, le gâteau est partagé entre les hommes, et les femmes n?en ramassent que les miettes. Faut-il ajouter qu?au niveau des pays de la SADC, nous avons pris du retard. Cela fait honte. Certains pays, comme l?Afrique du Sud, ont déjà 25 % de femmes au Parlement.
Ce manque de volonté des partis n?est pas l?unique explication à cette sous-représentativité de la femme en politique, n?est-ce pas ?
Oui. Il y a plusieurs autres facteurs. D?abord, est-ce que les femmes sont prêtes à s?engager en politique ? On ne peut pas demander aux partis politiques de leur faire de la place s?il n?y a personne qui se présente. Jusqu?ici, seules quelques-unes ont foncé avec conviction. Notez aussi qu?il n?y a aucune incitation pour que les femmes s?engagent en politique. Il faut créer l?espace nécessaire pour cela. Selon la constitution du Parti travailliste, par exemple, 30 % des places sont réservées aux femmes.
Quels sont les autres facteurs ?
Ils sont d?ordre socioculturel et économique. Nous sommes une société complexe, pleine de traditions, de tabous et d?obstacles. Dans certaines familles, on considère la politique comme une chose « malpropre », avec un langage qui choque. On n?encourage donc pas les femmes à s?engager. Je me bats depuis des années pour un code de conduite pour les politiciens. En outre, faire de la politique coûte de l?argent. Y a-t-il des familles qui sont prêtes à s?engager financièrement en politique ?
Malgré tout, il y a un faible pourcentage de femmes qui surmontent tous ces obstacles et participent aux élections villageoises, municipales et même générales. Mais là, il y a un autre obstacle beaucoup plus grave encore.
Lequel ?
Est-ce que les partis politiques ont la conviction que les femmes ont aussi le droit de se porter candidates, tout comme les hommes ? Nous sommes dans un système de First Past the Post où il y a trois élus par circonscription chez nous (deux élus à Rodrigues) et huit Best Losers. Le nombre de femmes qui posent leur candidature est minime. Ivan Collendavelloo a expliqué lors d?une émission radiodiffusée que les femmes ont le strict minimum parce que nous sommes dans un monde politique dominé par les hommes, une société patriarcale. Tous nos partis sont dirigés par des hommes, dont le leader est un homme. « Politique pou li ek so banne confrères. » Seulement voilà, il y a des femmes instruites qui revendiquent leurs droits, alors on leur fait une toute petite place, « parski-à-faire ».
Il y a donc toute une mentalité à changer ?
Tout à fait. Et c?est mon combat.
Est-ce possible qu?avec une majorité de 52 % dans la population, la femme doive mendier pour être représentée ? Ce n?est pas possible. Notons que dans le calcul des Best Losers, on prend en compte la communauté, mais la femme n?est même pas considérée comme une communauté, avec 52 %. Elle est une minorité en représentation qui n?est même pas prise en compte. Donc, puisque rien ne vient, n?est-il pas temps de légiférer ?
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