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SOS brutalités policières !
Et une plainte de plus? Trois semaines après le cas du journaliste Jacques Achille, un adolescent de Good-lands accuse trois policiers de la localité d?avoir abusé de leur autorité et fait un usage inconsidéré de la force. Kevin Beeharry, 17 ans, allègue en effet avoir été arrêté de façon arbitraire dans la soirée de dimanche dernier. Il aurait ensuite été malmené sur un balcon du poste de police du village. « Zot ine amène mwa lor ène terrasse. Zot fine met moi lor ène chaise, ène garde ine donne moi ene calotte. Zot ine dire mwa dibouté, mette twa touni et zot ine batte mwa ». Tout cela parce qu?en voyant leur véhicule rouler trop près d?un jeune à bicyclette, Kevin Beeharry aurait osé leur demander de « faire attention ».
Un doigt accusateur
Il n?est pas le seul à pointer un doigt accusateur vers les officiers de police. Bryan Thomas, un habitant de Flacq, accuse les détectives de la brigade criminelle de l?Est de l?avoir embarqué de force dans une fourgonnette banalisée avant de le passer à tabac. Dans les deux cas, la police ne souhaite pas faire de commentaire. Mais à Flacq, un haut responsable de la police estime que ses hommes n?ont rien à voir dans cette agression, car la description du véhicule ne correspond pas à ceux utilisés par sa brigade. Comme d?habitude, le Police Complaints Bureau (PCB) indique que « l?enquête suit son cours ».
Quoi qu?il en soit, les observateurs qui ?uvrent pour le respect des droits de l?homme estiment qu?il est grand temps qu?une instance indépendante soit mise sur pied pour enquêter sur les accusations proférées contre les membres des forces de l?ordre. « La police a déjà une sale réputation. De là à demander à un service de police d?enquêter sur la police? Le public aura toujours des doutes sur la tournure des enquêtes même si l?accusation a été montée de toutes pièces », commente un travailleur social. Dick Ng Sui Wa, représentant de la Southern African Human Rights NGO Network (Sahrington), est aussi de cet avis. « Il n?y a pas d?organisme indépendant pour enquêter sur ces plaintes, recommander des poursuites et faire le suivi. Tout policier reconnu coupable d?abus doit être démis de ses fonctions. »
Malgré tous les cas recensés, il n?y a jamais eu de sanctions contre les auteurs de brutalités, constate Lindsay Morvan, travailleur social et coordonnateur national de Sahrington. « Cette situation risque de perdurer aussi longtemps que la police aura l?impression qu?elle ne peut être sujette à des sanctions. » Il estime qu?il est impératif de donner plus de pouvoirs à la Commission des droits de l?homme pour lui permettre de prendre des sanctions contre les coupables.
Enquête indépendante
En attendant que la machine judiciaire se mette en branle, l?association Justice et Paix mène une enquête indépendante sur les récentes accusations. Les membres seront d?ailleurs conviés à une réunion pour décider des mesures à prendre pour venir en aide aux victimes de brutalités policières. Les cas d?allégations doivent être pris plus au sérieux, affirmait Jean-Claude Bibi, avocat et membre de l?association, à expresso, ce mois-ci. L?avocat n?y va pas par quatre chemins. « Souvent, il n?y a pas de suite judiciaire quand il s?agit de policiers. Parfois la famille des coupables va voir celle de la victime pour faire rayer la charge. À ce rythme-là, les policiers ne prendront jamais en compte leur code de déontologie. »
Cela s?est produit dans le cas de Christian Mérite, un menuisier de Bois-Pignolet. En novembre 2003, les proches du policier qui l?avait agressé lui avaient demandé de ne pas donner suite à l?affaire. Affecté au poste de Roche-Bois, le policier aurait roué de coups le menuisier après une banale prise de bec. Mais fait rare, ce dernier a tenu bon : il a porté plainte et a intenté un procès en réclamation contre son agresseur présumé. Il avait également saisi la Commission des droits de l?homme afin que des sanctions soient prises contre le policier. Christian Mérite commence pourtant à trouver le temps long et craint que l?enquête n?aboutisse pas. « Pas tanne narien ziska l?hère? » Que justice soit rendue, c?est là le voeu le plus cher de toute victime de brutalités policières.
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