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Victoire attendue des conservateurs

20 février 2004, 20:00

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Les Iraniens ont commencé hier, le 20 février, à élire leurs députés. Le Guide suprême, Ali Khamenei, a donné l?exemple aux premières heures de la journée et a appelé ses compatriotes à voter en masse pour déjouer les plans des «ennemis» de la République islamique, qui encouragent l?abstention.

Pour le pays et pour le peuple, c?est un grand jour, comme c?est le cas de toutes les élections, mais celles-ci sont encore plus importantes car nos ennemis essaient d?entraver le mouvement du peuple vers les urnes», a ainsi déclaré l?ayatollah Khamenei. En direct devant les caméras de la télévision d?Etat, il venait de déposer son bulletin dans l?urne 110, placée dans sa résidence, vers 8 h 30 locales, une demi-heure seulement après l?ouverture des bureaux de vote.

La participation constitue un enjeu crucial. La majorité des pronostics prédisent une revanche des conservateurs, battus par les réformateurs en 2000, ne serait-ce qu?à cause de l?invalidation des candidatures de la plupart des personnalités réformatrices par les organes de contrôle conservateurs.

DISQUALIFICATION DE PERSONNALITÉS

Plus de 46 millions d?Iraniens des deux sexes âgés de plus de 15 ans sont appelés aux urnes. Le scrutin, ouvert de 8 heures à 18 heures, dira s?ils préfèrent ou non, par leur vote ou leur abstention, remettre quasiment tous les pouvoirs entre les mains des conservateurs.

Les premières indications sur le taux de participation et les premiers résultats devraient être annoncés aujourd?hui. Mais il faudra attendre deux ou trois jours les résultats définitifs.

La disqualification de personnalités comme le chef du principal parti réformateur, Mohammad Reza Khatami, ou de 80 députés sortants a suscité, l?année du 25e anniversaire de la République islamique, l?une des plus graves crises politiques qu?elle ait connues.

De nombreux appels au boycott ont été lancés. Mais le désenchantement d?un électorat qui n?a pas vu les changements promis par les réformateurs risque aussi de faire monter l?abstention. «Le peuple est conscient et personne ne pourra empêcher les jeunes qui votent pour la première, ou la deuxième fois ou plus, de le faire et de prendre part aux destinées de leur pays», a assuré le Guide suprême. Lui-même a accompli la tâche laborieuse de coucher sur son bulletin 30 noms, autant que de sièges à pourvoir à Téhéran.

L?abstention passe pour servir les desseins des conservateurs, qui peuvent compter sur un électorat fidèle. Cela avait été le cas aux municipales de 2003. La moitié de l?électorat s?était alors déplacée, mais moins de 12% à Téhéran. Les réformateurs avaient essuyé une déroute. La participation s?était élevée à 67,35% aux législatives de 2000, qui avaient envoyé au Majlis une écrasante majorité d?environ 210 réformateurs sur 290 députés.

Cette fois, la seule liste réformatrice, la Coalition pour l?Iran, s?est constituée en toute hâte. Avec 206 noms, elle n?a pas assez de candidats pour tous les sièges. En face, les conservateurs affichent une image de pragmatiques dévoués à l?islam et discrets, telle la liste des «Bâtisseurs» à Téhéran.

Seront élus au premier tour les candidats arrivés en tête avec plus de 25 % des suffrages exprimés. Le second tour devrait avoir lieu en mars. Le ministère de l?intérieur a le pouvoir de décider de prolonger la consultation au-delà de 18 heures, en fonction par exemple de la participation.

Selon le site du ministère de l?intérieur, les candidats ont continué à se désister jusqu?au dernier moment : ils sont 1 179 à avoir renoncé sans qu?aucune raison n?ait été fournie, et il reste 4 446 concurrents.

© Le Monde News Service

« Ils ont accepté ma candidature »

Elle est arrivée empressée, souriante, se confondant en formules de politesse, mais ne dissimulant pas son enthousiasme pour l?intérêt qu?elle suscite. Elham Saadat Heydari Esphahani est pour la première fois candidate aux élections législatives, dans l?une des circonscriptions de Téhéran.

Sa permanence de la rue Qolahdouz, dans le centre nord de la capitale, est déserte cet après-midi-là. Mme Esphahani, professeur de droit, tenait un meeting électoral ailleurs, avec la branche féminine des Bassidjis ? l?organisation des forces auxiliaires de l?armée créée par la République islamique lors de la guerre contre l?Irak, en 1980 ?, dont elle dit «assister juridiquement les familles des martyrs ».

Mme Esphahani se présente sous l?étiquette «indépendante», mais elle bénéficie du soutien des Bassidjis dans sa circonscription. La responsable de la section ne tarit d?ail-leurs pas d?éloges à son égard. Elle dit «la connaître depuis son plus jeune âge» et être «déterminée à l?aider» pour qu?elle soit élue. Mme Esphahani affirme avoir bénéficié, à sa grande et agréable surprise, du soutien spontané de «gens qu?elle ne connaissait pas.» En l?espace d?une semaine, dit-elle, tout s?est organisé.

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