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VÉRONIQUE LIONNET L?UNIFORME AU FIL DU TEMPS
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VÉRONIQUE LIONNET L?UNIFORME AU FIL DU TEMPS
Véronique Lionnet, directrice de «Le Dé d?Or Ltée», se montre intarissable dès qu?il s?agit de couture. «Un uniforme doit être parfait car il valorise une femme et rehausse l?image de la compagnie qui l?emploie. De plus, c?est tellement bon pour le moral. Je vois son effet sur moi. Quand j?ai revêtu un tailleur bien coupé et impeccablement cousu, cela me met de bonne humeur, même si j?ai démarré la journée du mauvais pied.»
Il faut dire que la couturière s?y connaît avec ses 17 ans d?expérience. Elle a fait ses premières armes chez Pierre Laurent à Curepipe. Voyant ses prédispositions certaines pour le métier, le couturier l?embauche comme stagiaire et lui donne vite davantage de responsabilités. Au bout de deux ans, il l?autorise à effectuer les tâches les plus importantes dans son atelier.
Quand elle est prête à voler de ses propres ailes, Véronique se met à son compte et fait du sur mesure pour des particuliers. La qualité de ses travaux d?aiguille lui ouvre la porte d?une clientèle sélecte. Elle coud ainsi des tailleurs et des robes élégantes pour des femmes qui fréquentent régulièrement le Champ de Mars ou qui assistent au Bal du Dodo.
Quand Véronique épouse Cyril qui est dans le textile, le couple s?installe à Albion. Il décide de faire cause commune au niveau professionnel et enregistre sa compagnie, «Le Dé d?Or Ltée». Véronique ouvre son atelier au rez-de-chaussée de leur maison et embauche une dizaine de couturières. Elle fait son propre marketing pour obtenir des contrats de confection d?uniformes pour les entreprises. Son premier client est un chausseur local qui est ravi du résultat.
«Le Dé d?Or Ltée» est un succès et d?autres entreprises passent commande d?uniformes. Mais Véronique se retrouve enceinte et sa grossesse s?avère difficile. Pour ne pas perdre ses clients, elle délègue ses responsabilités à ses employés, du moins jusqu?à ce que son état de santé s?améliore. Cette décision signe l?arrêt de mort de son entreprise. «Cela a été l?erreur à ne pas commettre. Il est connu que, quand le chat n?est pas là, les souris dansent. Mes employées n?ont pas fait le travail aussi bien que je l?aurais voulu et cela a joué contre la compagnie.»
COUP DUR
Quand Véronique reprend les rênes après trois mois d?absence, les commandes se raréfient. Son marketing est un échec du fait que sa grossesse décourage les clients potentiels. «Je crois qu?ils ont dû penser que, vu mon état, j?allais être incapable de les fournir et que j?allais sous-traiter. Dans le doute, ils se sont abstenus.» Malgré l?absence de commandes, elle se sent responsable de ses ouvrières et, pendant un an et demi, elle s?endette pour les rétribuer.
A la fin, ses petites mains se rendent compte de la situation et finissent par la lâcher. «Ce fut la défection quasi-massive. Seule mon assistante et ma secrétaire sont restées. J?avais le sentiment que j?allais devenir folle tant c?était la déchéance. Mon mari et moi n?avions aucune commande et aucune source de revenus. J?ai dû faire des démarches pour faire de la sous-traitance et, quand j?ai eu une ou deux commandes, mon assistante, mon mari et moi avons dû travailler nuit et jour pour honorer nos engagements. Mais nous l?avons fait.»
Pour rebondir, Véronique décide de repenser sa façon d?opérer. Pour ne pas diminuer la qualité des uniformes qu?elle ne conçoit que dans de « belles étoffes importées d?Europe », elle rogne sa marge de profits pour que ses prix soient plus compétitifs que ceux de ses concurrents. Elle décide d?éliminer ses coûts directs en sous-traitant l?assemblage de sa production. Finalement, elle opte pour un service gratuit de réajustements d?uniformes sur un an en fonction des prises ou pertes de poids des employées. «J?ai même inclu les brûlures au fer dans ces réajustements. Ainsi, si un panneau de jupe ou de veste a brûlé au fer, s?il me reste du tissu superflu, je reprends le vêtement et je camoufle toute la partie endommagée sans facturer quoi que ce soit.»
Cette démarche, selon elle, est importante. « Je sais comment cintrer ou fuseler une jupe pour que celle qui la porte s?y sente bien. On peut être gros ou avoir tendance à l?embonpoint mais être élégant tout de même. Il y a des normes à respecter et c?est le savoir-faire qui fait la différence.»
Grâce à un marketing acharné, en juin dernier, Véronique décroche un contrat d?uniformes pour le compte d?une compagnie d?assurances. Elle s?associe à un responsable d?atelier, qui finit par l?arnaquer. Véronique est presque au bout du rouleau. Finalement, elle prend son courage à deux mains et va frapper aux portes d?une banque. «J?ai joué franc jeu avec le responsable de l?institution en expliquant mes malheurs et en disant que j?avais besoin de ce contrat pour m?en retourner.»
JUTEUX CONTRAT
Sa franchise et la qualité du prototype qu?elle expose sont payantes car l?institution, qui traite déjà avec un couturier, décide de scinder le contrat en deux. Véronique se retrouve avec la confection de jupes et de vestes pour presque 200 employées. « Cela a été comme une loterie pour moi.»
L?allocation du contrat coïncide avec sa rencontre avec un styliste possédant un atelier de confection à Beau-Bassin. Elle décide de lui sous-traiter ses commandes selon sa nouvelle stratégie de production. «Mais c?est moi qui reste maîtresse à bord. Je fais mes croquis et j?exécute des prototypes pour le client. Si celui-ci est satisfait, je fais le patronage, la coupe, l?essayage, la mise à plat. Lui n?a qu?à faire l?assemblage.» Cette association informelle marche du premier coup.
Elle donne son nom à sa griffe et comme elle aime faire les choses bien, elle fait réaliser des sacs en papier bordeaux sur lesquels sont imprimés des ciseaux blancs. Chaque uniforme a son sac étiqueté au nom de la femme à qui le vêtement est destiné.
Le beau temps revenant toujours après la pluie, le travail assidu de Véronique porte ses fruits car, depuis, elle a obtenu un contrat d?uniformes pour un tour-opérateur, qui a aussi d?étroits liens avec des hôtels. Et, pour ne pas perdre ses clients, elle se présente chez eux tous les trois mois pour voir s?il y a des réajustements à effectuer. « Je relance les gens. Il ne faut pas laisser passer une occasion. De nombreuses personnes confectionnent des uniformes mais ceux-ci laissent à désirer. Moi, je veux la perfection tant dans les étoffes, la doublure, la suspension que dans les points de couture.»
Véronique est ravie de cette nouvelle méthode de travail qui lui a permis non seulement d?éponger en partie ses dettes mais aussi de se consacrer davantage à son mari et ses enfants. Son but est de convaincre tous les bureaux et les entreprises de la qualité de ses travaux mais aussi de la nécessité d?un service conseil sur le port de l?uniforme. « J?aurais souhaité conseiller tous les bureaux et former les employées au port de l?uniforme. C?est tout un art. Par exemple, on ne peut pas porter l?uniforme avec des savates. Il faut des chaussures spécifiques, une coiffure plus avantageuse, bref, des ajouts qui valorisent l?uniforme. Je suis prête à offrir tous ces services aux entreprises, en sus d?uniformes de qualité.»
Véronique souhaiterait alléger le fardeau des comités d?uniformes qui ne savent pas toujours vers qui se tourner pour obtenir la qualité. Il suffira de lui faire un signe ?
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