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Quand ambition rime avec raison
C?EST SÛR : Maurice ne sera jamais à court de médecins, dentistes et autres pharmaciens. Car des 13 lauréates du Queen Elizabeth College (QEC), huit ont opté pour une filière médicale y compris celle qui a obtenu la State of Mauritius Scholarship côté Arts.
A commencer par Chikita Jhowry, boursière côté science, qui veut étudier la médecine ?pour soulager les autres?. De même que Corinne Lau Hing Yim qui se voit aussi en blouse blanche et stéthoscope en main. ?Je sais que je suis faite pour soigner les gens.? Comme son oncle et son cousin médecins.
Tels père et mère, telle fille ! C?est le cas de Gemina Deepa Doolub, qui a obtenu la SSR National Scholarship. A force d?entendre son père, Prakash, cardiologue, dialoguer avec sa mère, Rookmanee, chirurgien dentiste, la jeune fille s?est laissé séduire par le monde de la médecine.
C?est aussi pour suivre les traces de son père médecin, mort alors qu?elle n?avait que deux ans, que Hanna Rajabally a choisi de vouer sa vie au soulagement des souffrances d?autrui. Mooneera Peerboccus est la seule lauréate du QEC qui était à sa deuxième tentative après s?être classée 31e à son premier essai. Entre la médecine générale et les soins bucco-dentaires, son c?ur balance.
Si au départ, Sabiha Mohamad Zakaria voulait être ingénieur, elle penche maintenant pour la médecine générale ou la dermatologie. Alors que depuis l?âge de raison, Pooja Aubeeluck, dont le père Narainduth est assistant contrôleur des douanes, sait ce qu?elle veut devenir. C?est-à-dire médecin.
Celle qui surprend le plus s?appelle Zarrin Allam. Elle a décroché la bourse côté Arts. Mais elle veut se faire médecin. ?Quand j?ai commencé ma première année de Form VI, j?avais opté pour les sciences mais quand mes résultats de School Certificate (SC) sont tombés, j?avais mieux travaillé du côté arts. J?ai donc changé de sujets, optant pour l?anglais, le français et les mathématiques comme matières principales et la biologie en matière subsidiaire. J?ai adoré ça.?
Mais puisque la médecine demeure sa ?vocation?, elle prend des cours particuliers de biologie, de chimie et de mathématiques pour l?examen du GCE Advance Level en juin prochain. Zarrin sait que la bourse d?Etat obtenue n?est pas négociable. ?Ce n?est pas grave. Si je ne peux faire la médecine, j?étudierai la communication. De toutes les façons, j?en sortirai gagnante.?
Pas de surprises non plus du côté de celles qui ont brillé en économie. Emma Ramsamy, détentrice d?une bourse additionnelle, fera des études d?actuaire pour pouvoir exercer dans une compagnie d?assurances. ? J?aime les mathématiques et comme les études d?actuaire portent sur les mathématiques, c?est ce qui me convient.? Le métier d?actuaire séduit aussi Keshwaree Jaggessur portée pour les mathématiques.
Christine Konfortion, lauréate côté économie, se spécialisera en économie et en services financiers. Quoi de plus naturel quand on apprend qu?elle est la fille Robert Konfortion, partenaire chez Kemp Chatteris. Même choix pour Jade Cheung Kai Suet.
S?il n?en tenait qu?à Karinne Madron, qui a obtenu une bourse côté technique, elle étudierait l?architecture. Mais son père, Jacques, électricien la voit avocate ou ingénieur aéronautique. En douce, elle espère bien avoir le dernier mot?
Si toutes ces lauréates ont eu six unités à l?examen de SC, Tejshree Auckle, l?unique lauréate du Mahatma Gandhi Institute (MGI), côté arts, compte une longueur d?avance. Car elle a concouru pour le SC alors qu?elle n?était qu?en Form IV. La direction du collège Maurice-Curé lui ayant refusé ce droit, elle avait demandé et obtenu son transfert au MGI où sa mère Malti enseigne l?hindouisme. Une mutation réussie !
Il y avait de la joie dans l?air hier mais la majorité des lauréates du QEC, de même que celle du MGI, n?ont pas caché leurs craintes concernant la réforme de l?éducation. ?Il y a de la compétition partout dans le monde, estime Tejshree Auckle, et il en faut une bonne dose pour inciter les étudiants à se dépasser.?
?Je pense, confie Zarrin Allam, que la réforme n?a pas été suffisamment pensée avant d?être appliquée aussi brusquement.? ?La réforme a du bon, considère Gemina Deepa Doolub, dans la mesure où elle réduira la pression sur les étudiants tout en les canalisant vers d?autres activités mais l?absence de compétition ne les aidera pas à donner le meilleur d?eux-mêmes.?
Mooneera Peerboccus est , elle, catégorique : ?La réforme éducative a été prise par le mauvais bout. Le vrai problème n?était pas de réformer l?éducation. Il y avait surtout un manque d?écoles et d?infrastructures. Le ranking était une nécessité pour former l?élite. On aurait pu alléger le programme d?études du CPE sans abolir le ranking. Avec le nouveau système, nous assisterons à un nivellement vers le bas.?
Réformer pour réformer, Pooja Aubeeluck veut modifier l?allocation des bourses d?Etat dont elle est pourtant bénéficiaire. ?Généralement, bon nombre de lauréats viennent de familles aisées. Ce qui n?est pas mon cas. J?ai beaucoup d?amies qui ont obtenu cinq A mais qui ne pourront aller étudier car leurs familles n?ont pas les moyens. Il faudrait une réflexion sur l?allocation de ces bourses.?
Nos boursières ne sont pas indifférentes au chômage, à l?inflation, la hausse des prix et la criminalité dans le pays. Elles sont toutefois optimistes. Keshwaree Jaggessur va jusqu?à lui prédire un ?bel avenir?.
Elles désirent pour la plupart rentrer à Maurice après leurs études afin de retrouver leurs familles et leurs racines. Pour d?autres, c?est en signe de reconnaissance envers l?Etat et les contribuables qui ont financé leurs études.
Tejshree Auckle est plus nuancée. Elle reviendra au pays en raison du contrat qui la liera au gouvernement.?Mais si à mon retour au pays, d?autres opportunités s?offrent à moi à l?étranger, je les saisirai sans hésiter.?
La question de contrat n?a même pas effleuré Emma Ramsamy. ?Je veux connaître de nouveaux horizons, acquérir de l?expérience mais si je suis obligée de revenir, je reviendrai.?
Ce qui décourage Chikita Jhowry à un retour au pays, c?est la rémunération des médecins dans le secteur public. ?J?ai l?impression que les médecins du service public ne sont pas rétribués selon leur valeur. On devrait leur donner davantage car ils ont dépensé beaucoup pour en arriver là. Vais-je rentrer après ? Je n?y ai pas encore réfléchi.? Non seulement sages mais diplomates de surcroît?
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