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UNE FONCEUSE NOMMÉE VEDNA

6 février 2004, 20:00

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Vedna Essoo, 32 ans, est une femme ordonnée. Cela se voit au premier coup d??il : elle est tirée à quatre épingles et sa table de travail est bien rangée. Les rares documents ouverts sur son bureau sont son agenda et des publications économiques, constant rappel de ses premières amours. L?économie fut un choix logique, déclare-t-elle, car cette matière correspond davantage à l?esprit analytique qu?elle a toujours possédé.

Vedna est l?aînée d?une famille de trois enfants. Ses parents, des fonctionnaires, lui inculquent la notion d?investissement dans l?étude et l?amour du travail bien fait. N?ayant pas eux-mêmes eu l?opportunité de faire des études à l?étranger, leur rêve est que leurs enfants puissent le faire. Leur choix est la Grande Bretagne, qui reste la référence en matière d?études universitaires malgré des frais de scolarité onéreux.

Vedna s?applique tant et si bien au primaire qu?elle obtient la petite bourse et fait son entrée au Queen Elizabeth College. A l?heure du choix, elle opte sans hésiter pour la filière économique. Sa première tentative aux examens du Higher School Certificate porte ses fruits puisqu?elle se classe 11e après les lauréats. Mais quelque chose en son for intérieur lui dit qu?elle peut mieux faire. Elle décide de faire une nouvelle tentative et, cette fois, elle décroche la bourse d?Etat.

Elle s?inscrit naturellement à la prestigieuse London School of Economics. Vedna est au départ surprise par le rythme de travail de cette université où les étudiants sont encouragés à apprendre par eux-mêmes. Au fil des mois, elle apprécie le contact entre étudiants de différents pays et milieux de même que les prises de positions politiques fortes de la LSE.

A la fin de sa licence, Vedna n?a pas vraiment envie de continuer dans la filière économique. Elle attaque alors une maîtrise en gestion de systèmes informatiques (MIS) dont l?objectif est d?intégrer l?outil informatique à la culture d?entreprise en tenant compte des systèmes existants. Une fois ses études complétées et brillamment réussies, Vedna, qui souffre de la froideur de l?environnement anglais, décide de retrouver la chaleur du cocon familial mauricien.

Les stages qu?elle a effectués durant ses vacances à Maurice chez KPMG lui ont donné un avant-goût des règles du jeu dans le monde du travail. A son retour, l?entreprise de consultants l?embauche temporairement pour s?occuper de l?administration d?une société qui s?installe. En parallèle, Vedna postule auprès de plusieurs entreprises et répond à une annonce pour un poste d?économiste à la Mauritius Employers? Federation. Cette dernière lui offre le poste et elle y fait ses débuts le 1er avril 1996.

UN DIRECTEUR AVANT-GARDISTE

Si elle y est restée sept ans c?est parce que son poste est polyvalent. De plus, Azad Jeetun qu?elle qualifie «d?avant-gardiste » l?a autorisée à appliquer ses notions de MIS à la MEF. «Je suis contente de ne pas m?être cantonnée à l?économie car, autrement, je serais restée une technicienne. Le MIS m?a permis d?avoir un regard plus global sur les choses et d?avoir un pied dans l?administration.» Vedna est tellement appréciée qu?elle est désignée secrétaire aux réunions du conseil d?administration.

Les déplacements professionnels du directeur de la fédération et un nombre accru de défis pour la MEF amènent le conseil d?administration à pencher pour la nomination d?un assistant directeur. Le conseil pense immédiatement à Vedna et lui fait une proposition. Elle consulte son époux Raj, ingénieur civil et Project and Marketing Manager chez Atics Ltd, avant d?accepter. « Raj m?aide énormément dans tout ce que je fais. D?ailleurs, je l?ai consulté avant d?accepter ce poste ».

Tout en étant professionnelle jusqu?au bout des ongles, Vedna est une mère attentionnée pour son petit Abheesh, cinq ans et demi. D?ailleurs, elle avoue tirer davantage de satisfaction dans sa vocation de mère que dans sa vie professionnelle. «J?aime mon métier certes mais rien n?équivaut à la satisfaction d?être mère ». Tant qu?elle aura le soutien de son mari, Vedna se voit bien concilier sa vie familiale à sa vie professionnelle.

Son signe astrologique étant le Capricorne, elle aime que les choses bougent vite. Même si elle est une fonceuse, elle a compris qu?il ne sert à rien d?y aller tête baissée. «J?ai réalisé que foncer tête baissée peut desservir plutôt qu?être utile. Je préfère donc planifier mon travail et ma stratégie. » Cela passe par une évaluation des réussites de la fédération. «Pour mieux planifier l?avenir, je dois prendre connaissance des forces et des faiblesses de la fédération ».

ZONE DE CONFORT

Le reproche qu?elle pourrait faire à bon nombre d?entreprises mauriciennes est qu?elles restent dans leur zone de confort. «Ces entreprises savent ce qui va arriver mais elles n?arrivent pas à adapter leurs systèmes pour faire face aux défis. C?est une culture qui vient peut-être du gavage académique. Mais définitivement, la pression les fera bouger et les rendra plus proactifs. »

Les défis qui attendent la MEF ont surtout trait à l?emploi et aux relations professionnelles. « On demande au secteur privé de créer des emplois et des emplois productifs. Nous devons le faire en tenant compte des autres défis existants. Nous devrons aussi nous pencher sur la question de skills mismatch où les compétences requises ne sont pas celles produites par les écoles et universités. Il y a aussi des pratiques de management qui doivent être revues, de même que certaines ayant trait aux ressources humaines». Et quand on y ajoute l?application des politiques définies par le conseil d?administration, cela fait du boulot.

Animée par une philosophie zen, Vedna ne se met pas martel en tête. «Je ferai de mon mieux tout en sachant que bien souvent, il y a des facteurs indépendants de notre contrôle.

Le tout sera de garder la tête froide?»

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