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LES POMPIERS DONNENT L?ALARME
«Même avec 100 camions de plus et davantage de pompiers, nous ne pourrons éviter des catastrophes.» Le haut gradé des pompes qui donne l?alerte, veut ainsi faire taire le débat sur la responsabilité des pompiers dans l?incendie de la rue La-Corderie, qui a détruit six magasins sans pouvoir être contenu. Les pompiers, à l?entendre, ne sont que des boucs-émissaires et l?on se trompe de débat. C?est des équipements dont sont dotés les immeubles quels qu?ils soient qu?il faudrait discuter.
Trop de bâtiments sont mal ou pas du tout équipés en alarmes, détecteurs automatiques, arroseurs et panneaux anti-incendie ou ne respectent pas les normes, estime-t-on dans le milieu des pompiers d?expérience. «Il est impensable que, dans un pays qui a l?ambition d?être une cyberîle, le feu dans un bâtiment à haut risque à la rue La-Corderie n?ait été détecté que lorsque la fumée a commencé à jaillir des combles», s?insurge le haut gradé qui, après hésitation, a requis l?anonymat.
Pour permettre aux pompiers d?arriver à temps, des systèmes de détection automatiques doivent se déclencher. Il existe des normes britanniques, sud-africaines et australiennes concernant ce qu?on appelle les départs de feu. Dans ces pays, tout départ de feu doit pouvoir être contenu sans l?intervention des pompiers pendant au moins trente minutes. C?est une condition sine qua non pour prévenir embrasements et catastrophes, indique les têtes pensantes du Governement Fire Services (GFS).
INSPECTION RÉGULIÈRE ET POURSUITE
Or, Maurice semble peu pressée de suivre ces normes, s?étonne un autre haut gradé formé en Grande-Bretagne. «Pourtant nous avons dans notre histoire des cas prouvant amplement la nécessité de ces premiers contrôles. L?incendie du bâtiment d?Harel Mallac dans les années 70 par exemple. Si un départ de feu arrive à gagner un étage d?un grand building où les normes de sécurité ne sont pas respectées, apportez tous les pompiers du monde et des dizaines d?échelles télescopiques sur le lieu et vous ne pourrez pas éteindre l?incendie. Ce sera la catastrophe.»
Passe encore pour les méthodes modernes de contrôle. Même les normes de sécurité les plus basiques ne sont pas respectées dans plusieurs grands immeubles, dont certains bâtiments du gouvernement, s?exclament certains. «Les portes coupe-feu entre les étages restent ouvertes, le bassin d?eau alimentant les extincteurs automatiques est vide, des portes d?escalier de secours sont cadenassées et les clés introuvables». Les employés ne sont même pas initiés, dans bien des cas, à la manipulation d?un extincteur à gaz ou à poudre.
Les pompiers estiment que ce contrôle et cette éducation «en amont» devraient être leur responsabilité. Ils veulent avoir le pouvoir d?imposer que les bâtiments soient convenablement équipés. «Si les pompiers avaient le pouvoir d?imposer l?utilisation de panneaux et produits ignifuges (fire retardants) dans les bâtiments à haut risque des rues Royale, Bourbon, Pasteur, La-Corderie etc., toute une partie du quartier chinois n?aurait pas brûlé en 1993.» Ils revendiquent enfin le droit légal d?inspecter régulièrement ces bâtiments et de poursuivre les propriétaires ou les responsables de la sécurité.
Pour les pompiers, cela ne fait aucun doute : on est en train d?écrire à Maurice le scénario d?une autre tour infernale. Comme pour mieux le faire sentir, ils ajoutent : «Les pompiers qui sont intervenus dans l?incendie de la rue La-Corderie ont pratiqué ce qu?on appelle le defensive mode». Cette technique consiste à empêcher le feu de s?étendre aux bâtiments voisins. «Ce qu?ils ont réussi à faire tient du miracle uniquement parce qu?il y avait de l?eau dans les bouches d?incendie (fire hydrants) à la rue Farquhar. Mais en période de sécheresse, elles sont vides et quand vous demandez à la CWA de lâcher l?eau, vous devez attendre au moins une demi-heure avant qu?elle n?arrive? »
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