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L?Église ouverte aux suggestions
Les dés sont jetés. Que va faire l?Eglise catholique à présent ?
On n?a encore rien décidé. Notre décision ne va pas faire que des heureux. Pour le moment, nous sommes en réflexion. Notre tâche n?est pas aisée. Notre confiance à l?égard des autorités est ébranlée. Quelle sera la durée des accords futurs avec l?Etat ? N?importe quel gouvernement peut, pour des raisons purement politiques, décider de changer les règles ou les conditions de l?accord à n?importe quel moment.
Le critère social proposé par le gouvernement n?est-il pas une porte de sortie honorable ?
Nous sommes ouverts à toutes les suggestions. Mais que veut-on dire exactement par critère social ? Veut-on parler des pauvres ? L?idéal serait de faire avancer ceux qui ne réussissent pas. Mais il faut savoir. Qui va former l?élite ? Le pays a besoin d?hommes solides, fortement soutenus par des valeurs humaines, pour assumer les postes de responsabilité.
Dans quelle direction se porte la réflexion sur l?avenir?
Nous voulons aller là où nous pourrons être le plus utile à l?enfant. Nous voulons aller vers ceux qui ont le plus besoin de notre soutien. Ceux qui ont les moyens peuvent se payer d?autres services.
L?Eglise est perçue comme n?ayant pas beaucoup respecté sa vocation en faveur des plus pauvres.
Cette perception existe et je ne pense pas qu?elle soit totalement infondée. Nous avons été victime de notre réussite. Avec le ranking à la fin du cycle primaire, ce sont toujours ceux qui ont le mieux réussi qui sont venus dans nos collèges. D?ordinaire, ceux qui réussissent le mieux sont aussi ceux qui ont les moyens. Mais nous avons également eu le souci des pauvres. Nous avons ouvert des écoles pré-professionnelles pour eux. L?école St-Gabriel en est une. Nous animons des cours de rattrapage pour les enfants pauvres dans les paroisses.
Pourquoi l?Eglise tient-elle autant au critère religieux d?admission ?
Pour que l?école catholique puisse rendre un service valable, il faut qu?elle puisse conserver son caractère catholique. Pour cela, nous avons besoin d?un personnel enseignant et administratif qui partage les valeurs évangéliques. Il nous faut aussi une certaine proportion d?élèves catholiques et des parents catholiques pour soutenir notre projet.
Cette exigence peut être interprétée comme une volonté d?exclure les autres?
Nous ne sommes pas fermés aux autres croyants. Même en 1968, quand nos écoles étaient payantes, nous ne l?étions pas. Mais pour exister, nous avons besoin d?un corps. Nous avons besoin de membres de la famille catholique pour porter l?institution.
En quoi l?éducation catholique est-elle spéciale ?
Nous éduquons en nous inspirant sans cesse du Christ. Nous essayons d?avoir son sens de service, son souci de la personne, son respect des autres. D?autres peuvent vivre ces mêmes valeurs mais nous, nous y sommes obligés. Nous essayons d?inculquer ces mêmes valeurs de fraternité, de justice, de solidarité et de partage à nos jeunes.
Quelle est la place de l?Evangile dans le programme ?
L?Evangile n?est pas enseigné comme une matière en soi. Il est plutôt vécu. Cela dit, nous avons bien des classes formelles de discussion sur ces valeurs universelles. On aurait tort de réduire l?éducation catholique au seul enseignement de l?Evangile.
Ce sont là des valeurs universelles. En quoi la confession de l?enfant qui reçoit cette éducation est-elle importante ?
Elle ne l?est pas à vrai dire. Mais disons que ne pas disposer d?une masse critique d?enfants catholiques rendra notre tâche plus difficile.
Alors pourquoi insister pour des élèves catholiques ?
Il nous faut, comme dans toute chose, une masse critique. Je ne suis pas boulanger mais j?imagine que, pour faire lever le pain, on ne peut se passer d?une certaine quantité de levure ! Le même principe s?applique. Il faut aussi tenir compte de l?attente des catholiques. Nos collèges sont faits pour éduquer les catholiques. Ils ont été construits et sont maintenus par des catholiques. Cela leur fait mal d?être mis en minorité aujourd?hui.
Les écoles catholiques perdraient un peu de leur « spécificité » sans le critère religieux d?admission ?
Non. Nous garderons l?ossature catholique. L?administration et le corps enseignant resteront catholiques. Mais une certaine souffrance, une frustration continuera à habiter les catholiques laissés derrière.
Est-il vrai de dire que le critère religieux a servi essentiellement à faire de la place aux enfants des bienfaiteurs de l?Eglise ?
Non. Nos critères d?admission sont clairs. Il n?y a aucune chance que l?enfant d?un bienfaiteur soit admis en Form I à moins d?être handicapé ou de détenir les résultats nécessaires. Mais en Form II ou III, s?il y a des places disponibles, il peut y avoir des préférences. Pourquoi ne le ferions-nous pas d?ailleurs, à l?égard de quelqu?un qui aurait fait avancer l?école ?
Comment sont financées les écoles catholiques ?
Nous opérons une cinquantaine d?écoles primaires. Le budget annuel de fonctionnement (salaires, bonus, etc.) est de Rs 130 millions. Nous percevons ensuite, en tout et pour tout, Rs 190 000 de maintenance grant de l?Etat.
Pour les collèges, l?Etat nous accorde environ Rs 2 000 par tête par mois, ce qui suffit pour exister. Cette aide inclut un élément de loyer. L?Etat nous verse chaque mois 45 % de la valeur de la propriété telle qu?estimée par le Government Valuer. Mais là encore, nous ne pouvons toucher plus de Rs 65 000. Ce plafond est revu tous les trois ans.
Est-ce à dire que si l?éducation catholique était payante, l?enfant aurait à payer Rs 2 000 par mois ?
Non. Il devrait payer bien plus, environ Rs 4 000. Et nous ne pourrons donner qu?un nombre limité de bourses. Sinon, les autres devraient payer encore plus cher pour subventionner les boursiers.
Quel est le nombre d?enfants catholiques qui seraient pénalisés par la non-application du critère religieux ?
Difficile à dire. En 1993, quand nous avions fait des soumissions devant le comité parlementaire, certains collèges se retrouvaient avec en moyenne un élève catholique sur quatre recrues. Le cri des catholiques vient de là.
En décembre dernier, le BEC situait le nombre des pénalisés à moins d?une centaine.
Je viens de prendre mon poste en janvier. Je n?ai pas encore étudié les chiffres. Mais de toute façon, ils sont immatériels. C?est le principe qui tient. Et puis, les données sont faussées cette année. Nous avons ouvert de nouveaux collèges, notamment à Case-Noyale, à Bambous-Virieux et à Bambous. Ces collèges n?ont pas attiré les classes les plus nanties. Beaucoup d?enfants créoles ont ainsi pu avoir accès au prix d?une baisse de niveau. En revanche, dans les collèges des villes qui sont les plus prisés, le problème reste le même.
C?est ce qui explique la forte mobilisation des parents catholiques ?
Vous savez au bout du compte, ce que les parents veulent ce sont des résultats. Ils se moquent bien de savoir si l?éducation est catholique ou non. Nous travaillons avec l?espoir d?inculquer des valeurs fondamentales aux jeunes en cours de route. Nous essayons de leur donner du caractère pour qu?ils puissent faire face aux temps modernes sans se faire bouffer.
Lors d?un rassemblement, un prêtre a demandé aux parents d?interdire l?étude des langues orientales à leurs enfants. Cette position est celle de l?Eglise ?
Les gens feront ce qu?ils voudront. Mais il faut réfléchir. Si un enfant n?arrive déjà pas à maîtriser l?anglais et le français, ce serait criminel de l?encombrer d?une troi-sième langue. Les cours de rattrapage ne sont qu?une farce. L?enfant n?arrive déjà pas à maîtriser les matières normales. C?est ridicule de lui demander d?en apprendre une nouvelle en deux ans. Cela dit, ce sont les parents qui décident après avoir, j?espère, consulté l?enfant.
On parle d?introduire le créole comme médium d?enseignement. Pourquoi l?Eglise, qui est à l?avant-garde dans tant de domaines, ne l?a pas fait jusqu?ici ?
Il faut donner aux choses le temps de mûrir. Alors, la vérité s?impose d?elle-même comme elle est en train de le faire maintenant. Tous les enfants sortiront gagnants avec le créole. L?introduire n?a pas pour but de diviser mais plutôt de faire avancer l?enfant mauricien. Et si, en ce faisant, nous arrivons à faire du créole une langue structurée, pourquoi pas ?
Les relations entre l?Etat et l?Eglise catholique semblent s?être crispées.
L?Etat et l?Eglise catholique sont condamnés à travailler ensemble pour servir l?enfant mauricien. Réussir l?éducation est notre responsabilité. Comment ? Je ne le sais pas ! Mais on va y arriver?
«Avec le ranking à la fin du cycle primaire, ce sont toujours ceux qui ont le mieux réussi qui sont venus dans nos collèges. D?ordinaire, ceux qui réussissent le mieux sont aussi ceux qui ont les moyens. Mais nous avons également eu le souci des pauvres.»
«Il n?y a aucune chance que l?enfant d?un bienfaiteur soit admis en Form I à moins d?être handicapé ou de détenir les résultats nécessaires. Mais en Form II ou III, s?il y a des places disponibles, il peut y avoir des préférences.»
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