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Tintin au pays des collectionneurs mauriciens
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Tintin au pays des collectionneurs mauriciens
La maison de Bertrand Maigrot, notaire à Curepipe regorge de bandes dessinées. En y entrant, vous ne voyez pourtant rien qui pourrait vous mettre la puce à l?oreille. Mais lorsqu?il vous présente son étagère de plus trois mètres de haut entourant sa bibliothèque, vous vous sentez petit et vous trouvez que les librairies de l?île, à côté de ça, sont très peu fournies. Bertrand Maigrot, collectionneur passionné de bandes dessinées depuis près de 40 ans, a commencé à lire des Tintin dès l?âge de sept ans. Sa collection de BD, tous titres confondus, doit être une des plus grandes de l?île. «Trois mille exemplaires,» estime-t-il. «Quatre mille,» renchérit sa femme.
Bien qu?il avoue «ne pas être véritablement un grand fanatique de Tintin», il connaît très bien l??uvre d?Hergé. Ce sont ses parents qui lui avaient offert ses premiers Tintin, afin de lui donner le goût de la lecture «tout en apprenant un bon français». Il a lu et relu chaque album au moins vingt fois. «Dans mon enfance, je n?avais qu?une vingtaine de bandes dessinées, et c?étaient principalement des Tintin. Quand vous ne possédez que quelques BD, vous les relisez tout le temps.»
Le notaire peut ainsi vous citer toutes les aventures de Tintin par c?ur et nommer les personnages figurant au dos de la couverture des albums, «ce qui est une des particularités propre à la série », nous apprend-il au passage. «Tintin est un classique, rattaché à la bande dessinée de ligne claire», explique-t-il. Il apprécie néanmoins cette bd pour sa grande lisibilité tant du texte que de l?image. Ces bandes dessinées restent de ce fait «à 80% ses préférées».
Pièces rares
Au fil du temps, sa collection s?est agrandie et enrichie de pièces rares. Il nous montre un exemplaire en noir et blanc de Tintin au pays des Soviets, un dictionnaire français-anglais illustré et commenté par des images de la saga ; et surtout, non sans nous surprendre, une copie pirate de L?Alph-Art ! «Ce genre de copie s?achète sous les comptoirs des petites librairies spécialisées en Europe et coûte près de Rs 2000.»
Bertrand Maigrot explique, avec un certain entrain, que c?est Rodier, un dessinateur québecquois, qui a repris l?histoire inachevée à la mort d?Hergé. Rodier a ainsi retravaillé les croquis d?origine pour leur donner la finition qu?on connaît bien et a même inventé une fin à l?histoire ! Certes, il reconnaît que l??uvre est illégale, mais pour lui cela reste de la bande dessinée légitime, car «agréable à lire». Il se justifie en outre par le fait que le dernier album achevé d?Hergé, Tintin et les Picarros, était lui-même en grande partie l??uvre des collaborateurs d?Hergé.
Si Bertrand Maigrot peut s?intéresser à une copie illégale, ce n?est pas le cas Alexandre Pougnet, autre collectionneur de Tintin. Il ne veut pas entendre parler de cette copie pirate. Ce jeune homme de 18 ans, ami du fils de Bertrand Maigrot, lit également des Tintin depuis l?âge de sept ans mais est devenu un véritable tintinophile à l?âge de quatorze ans.
Fantaisie du voyage
Lui, ce sont les documents authentiques rattachés à l??uvre d?Hergé qui le passionnent. Alexandre Pougnet surfe ainsi fréquemment sur Internet afin de rechercher la moindre enchère où il pourrait acquérir un album rare.
Avec fierté, il nous raconte avoir déniché un exemplaire de Tintin au Congo de 1939 pour seulement 120 francs français. Il achète également les produits dérivés : calendriers, vidéos, jeux de cartes, T-shirts?
Les aventures de Tintin l?attirent surtout pour leur aspect réaliste, la recréation d?une époque historique, mais aussi pour la fantaisie du voyage et de la découverte. «Hergé n?a jamais voyagé», explique-t-il, «il réunissait chaque fois une grosse documentation sur ses sujets, dont il s?inspirait à chaque fois. Son talent faisait le reste.» L?engouement inaltérable d?Alexandre Pougnet trouve en outre sa source dans le fait qu?on peut toujours dénicher des détails dans l??uvre d?Hergé, «comme à certains moments où il s?amuse à insérer des caricatures de ses amis ou de lui-même à travers des personnages de second rôle.»
Bertrand Maigrot ne partage pas cette tintinophilie. Il n?a ainsi jamais acheté l?édition des planches inachevées de L?Alph-Art, qu?avait publiées Casterman en 1986, car il trouve ça désordonné et incomplet.
Afin de nous émerveiller, il nous dénichera ainsi une BD de Rollin et Dufaux, le tome 5 de leur série Ombres, dont l?histoire se passe à Maurice et où l?on découvre que Caudan et l?aéroport de Plaisance ont entre autres été formidablement dessinés.
Pour Bertrand Maigrot, Tintin est mort il y a vingt-cinq ans et il ne faut pas uniquement se contenter du passé. «La BD est aujourd?hui à son âge d?or, d?autres auteurs valent la peine d?être connus.»
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