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Nuages sur l?alliance

16 janvier 2004, 20:00

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Les relations entre le MSM-MMM ne sont pas au beau-fixe et risquent de dégénérer. Ces relations butent en ce moment sur deux sujets principaux : la représentation proportionnelle et la Muslim Personal Law. Le cas Gayan est venu se greffer à cette liste.

Si le leader du Mouvement socialiste militant (MSM) Pravind Jugnauth nous affirmait hier qu?il compte aller aux prochaines élections avec le MMM (voir interview plus loin), sa réponse concernant la représentation proportionnelle est plus nuancée. « Attendons le rapport du comité parlementaire », dit-il.

Pravind Jugnauth a déjà exprimé son opinion selon laquelle cette dose de proportionnelle ne doit pas neutraliser le concept de « first past the post » en soulignant que la représentation proportionnelle et la Muslim Personal Law figurent au programme électoral de l?alliance gouvernementale.

Qu?est qui a changé depuis ? Après la douche froide de la défaite à la partielle de Piton-rivière-du-Rempart, une aile du MSM a estimé que la rencontre entre Paul Bérenger et Cehl Meah a été un des facteurs qui a causé la défaite.

Ce sont ceux qui avaient exprimé cette opinion qui estiment aujourd?hui que l?adoption de la Muslim Personal Law aura le même effet sur une bonne frange de l?électorat rural du MSM lors des prochaines élections générales. Une fraction du MSM a aussi pris peur après avoir vu ce que la représentation proportionnelle a donné lors de l?élection de l?assemblée régionale à Rodrigues.

« Si on analyse bien ce qui s?est passé à Rodrigues avec des élections à la proportionnelle, on ne peut que conclure que le MSM pourrait être un grand perdant si ce même système est adopté à Maurice », confiait le confident d?un Senior Minister qui s?était décarcassé lors des élections partielles au n° 7.

Quelle sera la réaction du MSM si le comité parlementaire propose quelque chose de différent ? Pravind Jugnauth ne veut pas répondre à cette question, considérée comme hypothétique.

N?empêche qu?au sein de ce parti, cette hypothèse est considérée comme une probabilité qui pourrait aller jusqu?à une cassure entre le MSM et le MMM.

Si la majorité des mécontents au sein du MSM s?exprime sous couvert de l?anonymat, tel n?est pas le cas avec le ministre du Tourisme, Anil Gayan. Au lendemain de la défaite, il déclarait publiquement : « Le milieu rural n?a pas encore accepté le fait d?avoir un Premier ministre non-hindou. »

Anil Gayan et une aile du MSM ne se sont pas assagis depuis et le ministre a de nouveau réitéré publiquement cette semaine le mécontentement de ses mandants, après que le portefeuille des Affaires étrangères lui eut été retiré par Paul Bérenger .

Ce n?est pas la première fois que le nouveau ministre du Tourisme met Paul Bérenger et la direction de son parti dans une situation embarrassante. Et il n?y pas que le cas Gayan. Une section du MSM qui avait accusé le leader du MMM d?être à l?origine de la défaite, au lendemain des élections, manifestent un antagonisme certain vis-à-vis de Paul Bérenger.

Ce vent de fronde au sein du MSM contraste singulièrement avec la position du leader du parti, Pravind Jugnauth et celle du secrétaire général du MMM, Ivan Collendavelloo.

QUESTIONS À?

Pravind Jugnauth, leader du MSM

Certains observateurs croient déceler des fissures dans l?alliance MSM-MMM depuis la partielle du 21 décembre?</B>

Il est totalement faux de dire que les relations entre les deux partenaires en sont affectées. Ma position n?a pas changé malgré le fait que nous avons subi une défaite électorale. Mon engagement au sein de l?alliance demeure total. Il est absurde de croire que ma philosophie peut changer du jour au lendemain en raison d?un revers électoral.

Avez-vous rencontré des émissaires du Parti travailliste récemment ?

Non. Je n?ai rien à faire avec les travaillistes. Je n?ai jamais reçu aucun émissaire de ce parti. Je le répète : le MSM ira ensemble avec son partenaire, le MMM, aux prochaines législatives. En attendant cette échéance, nous avons un programme à compléter. Il nous reste deux ans avant la fin de notre mandat et j?entends bien honorer tous nos engagements électoraux d?ici là.

Dans les instances de votre parti, certains attribuent la défaite au n°7 à votre partenaire?

Le Bureau politique et le comité central se sont réunis la semaine dernière pour analyser les causes de la défaite. Une deuxième rencontre est prévue fin de ce mois. Ce sera l?occasion d?approfondir nos analyses. Au Bureau politique, chaque membre a eu l?occasion de donner son opinion sur les causes de notre échec. C?est une instance démocratique où chaque membre s?exprime avec une liberté totale. Mais il est clair que le MSM n?est pas en train de chercher des boucs émissaires. Au contraire. Le jour même du dépouillement des résultats à Rivière-du-Rempart, j?ai dit que j'assumerai pleinement la défaite. J?en ai tiré les enseignements. J?avais dit que c?était un match entre Navin Ramgoolam et moi. Il n?est pas question maintenant de renier cette déclaration. J?accepte le verdict de l?électorat.

Quels sont les sujets sur lesquels il existe des divergences entre le MSM et le MMM ?

Nous discutons de nos différences d?opinion à l?intérieur des structures prévues pour cela. Nous avons toujours travaillé de cette manière pour aplanir les difficultés et surmonter ces différences d?opinion. Nous arrivons toujours à un consensus par cette méthode.

Rien ne peut compromettre votre décision d?aller ensemble aux prochaines législatives ?

Absolument.

Pouvez-vous affirmer que même en ce qui concerne la représentation proportionnelle, il n?y a pas des risques que vos positions soient irréconciliables ?

Il ne faut pas travailler sur des hypothèses. Il y a un comité parlementaire qui réfléchit à la question. Attendons son rapport avant de commenter le sujet.

QUESTIONS À?

Ivan

Collendavelloo, SG du MMM

Existe-t-il des nuages au sein de l?alliance ?

Il ne faut pas croire qu?un parti, et à plus forte raison une alliance, impose une pensée unique. Si l'on l?accepte comme une norme démocratique, il devient évident que des opinions divergentes peuvent s?exprimer au sein d?une alliance. Quand il y a des divergences entre partenaires responsables, ceux-ci doivent arriver à un consensus. Le MSM et le MMM se sont comportés ainsi depuis 2000. Même au MMM, il y a des différences d?opinion. Mais les deux partenaires s?entendent magnifiquement.

La proposition d?instaurer la représentation proportionnelle (RP) pourrait accentuer les divisions?

Il appartiendra au comité parlementaire mis sur pied pour revoir le système électoral ? et dont les travaux sont terminés ? de dégager un consensus si c?est possible. Même s?il y avait divergence, ce que je ne souhaite pas, il est important de rendre hommage à la vérité et de rendre publiques les différentes options exprimées. La RP n?est pas le seul thème pouvant être débattu, comme la question de compensation aux descendants d?esclaves, qui a suscité un débat parlementaire. Pour autant, elle n?a pas menacé la stabilité politique.

Les récents événements ont-ils entamé la volonté des deux partis d?aller ensemble aux élections ?

Au nom de mon parti, je vous affirme qu?il y a non seulement une volonté mais un désir indéfectible que l?alliance se représente en 2005. Il n?y a aucune voix discordante sur la question.

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