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Braquage à l?italienne Un thriller qui ne manque pas de piquant

15 janvier 2004, 20:00

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IL Y A, malgré le titre The Italian Job, très peu d?Italiens dans cette histoire et comme celle-ci se passe surtout aux États-Unis, on ne voit pas grand-chose de l?Italie non plus. On voit surtout l?Italie des touristes américains, c?est-à-dire quelques plans de Venise au tout début. Ce sont de belles images, dignes de cartes postales et il faut préciser que ce sont des images de Venise pour de vrai, et non pas d?une reconstitution numérique comme tel est généralement le cas de nos jours dans ce genre de film.

Dommage que cela ne dure pas longtemps, juste le temps du braquage qui sera le point de départ de toute cette histoire : quelques dizaines de millions de dollars en lingots d?or dérobés au nez et à la barbe de la police italienne. Un braquage aussi audacieux qu?astucieux et qui n?aurait pu se faire que dans une cité lacustre, ce qui fait que ces belles images de Venise avaient bien leur raison d?être. Tout ceci au début d?un film est toujours encourageant, et ce qui suit dans ce film ne déçoit en aucune façon.

On peut regretter que la suite de cette histoire nous emmène à Los Angeles, après une trahison lors du rendez-vous pour le partage du butin sur un barrage en Suisse (paysage spectaculaire, tout en blanc). La ?Cité des Anges? est si peu photogénique et a si peu de caractère, quand on la compare à d?autres grandes villes. Des endroits comme Turin, par exemple; c?est d?ailleurs dans ce chef-lieu du Piémont que furent tournées les scènes les plus importantes de l?original.

C?était en 1969, un film britannique de Peter Collinson qui s?appelait The Italian Job (L?Or se Barre, en français) tout comme cette version réactualisée ?made in USA?. Il y avait comme vedettes Noel Coward en prisonnier de Sa Majesté, aux allures aristocratiques, commanditant un audacieux braquage et Michael Caine, en homme du populo londonien gouailleur, qui était le cerveau du braquage. Il y avait aussi Benny Hill interprétant un expert en ordinateur fasciné par les protubérances mammaires. Les étroites ruelles et les toits de Turin étaient aussi en vedette, tout comme trois Mini Cooper dont le rôle était des plus importants.

Les personnages de Michael Caine et de Noel Coward étaient pittoresques à souhait et, comme l?histoire débouchait sur une affaire de fierté nationale britannique face à la mafia italienne, le film servait de généreuses portions de God Save The Queen, de Rule Britannia et de British Grenadier à tout bout de champ. C?était assez amusant et les scènes de poursuite avec les Mini firent date au point d?avoir souvent fait l?objet de parodies, depuis. Bien évidemment, les critiques firent la fine bouche.

Les personnages de cette nouvelle version, Braquage à l?italienne, une relecture ? plus qu?un simple remake ? de l?orignal signée F. Gary Gray (Le Négociateur, Le prix à payer, Un homme à part, c?était lui aussi) ne manquent pas de substance, eux non plus. A la place qu?occupait Michael Caine, il y a Mark Wahlberg dans le rôle du cerveau de la bande; à ses côtés, Charlize Theron en perceuse de coffre-fort qui normalement travaille pour la police, mais qui cette fois veut venger son père assassiné. On devine qu?il y aura quelque chose entre les deux, quelque chose que le scénario a la bonne idée de remettre constamment à plus tard ? un peu comme la carotte qui fait avancer l?âne.

Invraisemblances

Bien sûr, la petite bande est faite de quelques spécialistes hauts en couleurs arborant des noms comme Napster (Seth Green), expert en informatique revendiquant la paternité du célèbre logiciel, Dur d?Oreille (Mos Def) (Left Ear dans la VO) expert en explosifs devenu sourd de l?oreille droite après avoir fait exploser sa toute première bombe quand il était à l?école primaire, et Rob-Le-Tombeur (Jason Stratham), l?as du volant auquel aucun soutien-gorge ne résiste.

Face à eux, il y a le traître, celui qui s?est enfui avec le magot après avoir abattu un John Sutherland qu?on peut regretter de voir partir si tôt, au début du film. Ce triste sire, Steve Frezelli (Edward Norton), aurait sûrement gagné à avoir été plus étoffé, même à la limite de la caricature. Il a l?air plus stupide que réellement méchant et en dehors de son rôle (de méchant) ne suscite un quelconque intérêt qu?au moment où on le voit regarder sur son écran géant un film avec Michael Caine (Alfie) ? hommage discret.

Tous ces personnages sont bien servis par leurs acteurs, mais il est dommage aussi que parallèlement au ?quelque chose? qui s?amorce entre Mark Wahlberg et Charlize Theron, il n?y ait pas de réelle interaction entre les autres personnages. Les scénaristes/dialoguistes leur ont bien donné des échanges de vannes ou des répliques qui font rire mais on ne trouve pas ces conflits ou même simples confrontations de personnalités. Ces conflits, allant sur la durée, sont aussi une des raisons d?aller voir ce genre de film.

Autres personnages : les trois Austin Mini dans leur version réactualisée (et plus onéreuses aussi, soit dit en passant) ont, elles aussi, un rôle important dans cette histoire. Dans l?original, elles permettaient aux braqueurs d?échapper à leurs poursuivants en se faufilant dans les étroites ruelles de Turin et en passant sur les toits des maisons, dans cette nouvelle version, elles passent par les tunnels du métro et les égouts. Cela expliquerait-il le choix de Los Angeles (la taille ou le format du métro et des égouts s?y prêtait) ? Difficile à dire.

On dira facilement en revanche, qu?il est peu probable, qu?en jouant avec les feux de circulation, l?on puisse arriver à libérer les carrefours d?une cité comme Los Angeles avec ses vastes avenues où la circulation est à trois ou quatre voies; on parviendrait plutôt au résultat contraire. Tout comme il peu vraisemblable que des explosifs, même très malléables, puissent faire des trous aussi parfaitement carrés à travers un plafond en pierre (celui d?un ?palazzo? vénitien ? du vandalisme en plus) ou encore à travers une chaussée en béton. Carrés et juste aux dimensions d?un coffre-fort ou d?un fourgon blindé, en plus ! Invraisemblances dont il faudra s?accommoder.

Autrement, voilà un thriller léger astucieux et bien mené, avec un scénario habile, de vraies cascades et de vrais trucages (du moins, on en a l?impression), un rythme dans la réalisation qui ne se relâche à aucun moment, des personnages conséquents joués par des interprètes intéressants qu?on aimera voir réunis. Comme son original, ce n?est pas un film dont on se souviendra l?année prochaine mais on ne se sera pas ennuyé en attendant la semaine prochaine et c?est déjà ça.

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