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Doutes des Européens sur les services américains

5 janvier 2004, 20:00

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?LA MENACE est réelle mais, aujourd?hui, je ne suis pas en mesure de vous dire si le flot d?informations qui nous parvient des Etats-Unis est toujours fiable.? Ce responsable européen de la lutte antiterroriste avoue toutefois, sous le couvert de l?anonymat, que ?si elle est correcte dans tous ses détails, ce dont je doute encore?, l?information quant aux ?bavures? des services américains dans l?affaire des vols d?Air France l?étonnerait finalement peu.

Les alertes déclenchées un peu partout en Europe, l?ont été essentiellement sur la base de renseignements fournis par différentes agences américaines, qui avaient mis en garde les différentes capitales plusieurs semaines avant les quatre attentats survenus à Istanbul, en novembre, et qui paraissent avoir surpris tous les spécialistes. Depuis, Londres a dit craindre des attentats sur certains vols commerciaux, et en Arabie saoudite. Une vaste opération policière a été déclenchée, mardi 30 décembre, à Hambourg, où l?on craignait un attentat contre l?hôpital militaire allemand, mais aussi contre l?aéroport militaire américain de Francfort. La CIA aurait livré les noms de deux auteurs potentiels.

En Italie, après un renforcement de la protection de lieux de culte et la rumeur d?un attentat contre le Vatican, le survol de Rome restera interdit jusqu?au 6 janvier au moins. Les services italiens sont également mobilisés pour identifier des membres d?Ansar Al-Islam, le mouvement islamiste kurde qui aurait scellé une entente avec Al-Qaida. L?un des kamikazes responsables de l?attentat contre le siège de l?ONU à Bagdad, en août, aurait été embrigadé en Italie. Des arrestations de Pakistanais suspectés de liens avec le terrorisme sont intervenues à Chypre, tandis qu?une enquête sur le financement d?Al-Qaida était déclenchée en Bosnie.

?Les services européens suivent le mouvement, car aucun d?entre eux ne peut prendre le risque d?apparaître en retrait ou de causer des difficultés à son gouvernement. Il reste seulement à s?interroger, après l?affaire des vols transatlantiques, sur la qualité de certaines informations qui nous parviennent de nos collègues américains, lesquels nous donnent parfois l?impression de découvrir un phénomène, le terrorisme, auxquels certains d?entre nous sommes confrontés depuis trente ans?, détaille le spécialiste.

Al-Qaida renforcée ?

En indiquant qu?il préfère ?trop de sécurité? à ?un attentat par défaut de prévoyance?, ce haut responsable traduit finalement un sentiment répandu au sein des services de l?antiterrorisme : les conséquences d?un nouvel attentat seraient telles pour ceux qui seraient suspectés de n?avoir pas pu le prévenir que le mieux est encore de réagir à toute rumeur de menace. ?Et de le faire savoir?, précise un autre expert, soulignant que la communication sur la mobilisation policière est devenue ?un argument politique? pour certains gouvernements.

Au-delà, les experts européens ne cachent toutefois plus leurs interrogations sur la stratégie américaine. Certains sont convaincus que plutôt que d?aider à la lutte contre le terrorisme mondial, la guerre en Irak a renforcé la mouvance d?Al-Qaida. Cet avis est partagé par une commission d?experts de l?ONU qui, début décembre, estimait que l?idéologie d?Oussama Ben Laden avait ?continué à s?étendre? depuis 2001. Le nombre et l?importance des attentats perpétrés depuis lors semblent donner raison à ceux qui pensent que la ?sacralisation? de la lutte antiterroriste par Washington ne fait que renforcer les tenants de la guerre sainte. Par ailleurs la tendance de l?administration Bush à parler d?un ?terrorisme centralisé? alors qu?Al-Qaida apparaît de plus en plus comme une nébuleuse de mouvements locaux ?affiliés? et de cellules dormantes installées dans de nombreux pays, inquiète des experts : elle tend à négliger les questions politiques, économiques et locales susceptibles d?alimenter la violence fondamentaliste.

Jean-Pierre Stroobants

© Le Monde News Service

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