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Saqqara la singulière posée sur un Eden

4 janvier 2004, 20:00

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RENDEZ-VOUS était pris avec Saqqara ou Saqqarah, ou encore Sakkara ou Sakkarah, village en terre égyptienne. A la périphérie de l?ancienne Memphis, cette immense nécropole, (vastes lieux de sépultures dans l?Antiquité, qui datent de 5 000 ans), avait fait de l??il à notre adolescence. Quand, pour la première fois, cherchant le sens précis du mot pyramide, Le Petit Larousse Illustré choisit de nous introduire dans ce monde mythique par la pyramide du roi Djoser. ?A Saqqarah, précisait-il, (Egypte, v. 2800-2600 av. J.-C.)?.

La singularité du monument, par rapport aux autres images de pyramides entrevues, couplée à la résonance des syllabes du lieu, sauvegarda cette découverte comme une promesse, un tête - à -tête physique à venir, quelle que durerait l?attente. Le Petit Larousse, poursuivant la description de la nécropole, riche de nombreuses pyramides, désigne son signe particulier en ces mots, ?dont celle à degrés, impressionnant élément du complexe funéraire de Djoser.?

Rolf D. Schwartz devait, dans un autre temps, la décrire (Egypte-L?Iconothèque-Editions J.C. Lattès) comme la pyramide en escaliers, ?érigée par l?architecte, astronome et artiste Imhotep. Avec cette pyramide en escaliers (?) précise-t-il, commença l?époque des constructions de pyramides?? L?on apprendra par ailleurs que les premières tombes comprenaient une chambre funéraire souterraine, surmontée d?une autre construction, elle en surface. Ce qui leur conférait un profil de banc. On les nomma donc mastabas, l?équivalent arabe pour bancs.

L?on comprend que la pyramide à degrés ou en escaliers est, en somme, une série de mastabas superposés. Dont la plus célèbre est celle du roi Djoser, à Saqqara. Schwartz devait réserver une surprise de taille à notre ouverture prompte à l?émerveillement. Si l?on en croit cet égyptologue, la pyramide à escaliers de Saqqara serait ?la plus vieille construction en pierre du monde.?

Souvenirs en ébullition

Le sommet démontre une autre particularité. Il est plat, et non pointu. Etrange, pour qui a retenu cette autre leçon de Schwartz, qui écrit : ?Le mot pyramide vient du grec (pyramis) et désignait des gâteaux de forme pointue?. Mais, l?on sait que ces monuments connurent d?autres évolutions, jusqu?à être la pyramide parfaite. Ainsi, nos souvenirs en ébullition, la relative proximité du village de Saqqara du Caire ? car plus éloigné que Gizeh ? allait faciliter la rencontre. Le temps en cette terre s?amenuise plus qu?ailleurs.

Le chauffeur de taxi qui nous conduit devait emprunter une autre route que celle menant à La Grande Pyramide et au Sphinx de Gizeh. Le mentionner ici n?est pas digression. La première nous mettait, dès notre premier parcours initiatique, et de façon des plus inattendues, en contact avec une réalité insoupçonnée par son étendue. Elle vous saute au visage, vous interpelle. Tant la proximité du gigantisme des pharaons, du faste des trésors qu?aujourd?hui encore on désensable pour le plus grand bonheur de tous, semble irréel. Réalité de ces cités qui grimpent, anarchiques et insalubres, jusqu?aux sables du désert. Cités plus démunies que le sable du désert lui-même. Réalité des bas-fonds de la Cité des mille minarets.

Visage de grand désordre

Et l?on se demande si cette Cité mythique, unique au monde, fière de son mystère, de sa magie, ne coule pas, submergée par ses quinze millions de Cairotes, plus nombreux que ses grains de sable. Qui souvent, comme sur la route vers Gizeh, semblent exorciser un certain mal-être dans un vacarme de klaxons d?une circulation au visage de grand désordre, aggravé à certains endroits par des embouteillages monstres.

La route vers Saqqara alors, est apaisante. Qui longe par moments une branche du Nil, avec ses palmiers, ses dattiers par milliers, son papyrus. Une verdure d?une intensité telle qu?elle impressionne le pèlerin venu, pourtant, d?une île tropicale. Et, soudain, comme à Gizeh, imprévu, le désert surgit. Mais, contrairement au Sphinx, élevé au-dessus d?une misère traumatisante, Saqqara s?élève par-delà un jardin paradisiaque. En se retournant, l?on aperçoit au loin la ville moderne, avec ses gratte-ciel intercalés de verdure.Un cheval propose un petit tour dans le désert. On se laisse tenter. L?entente est au rendez-vous, et même l?osmose. Contrairement aux à-coups sur le dos du chameau à Gizeh.

Il était coutume chez les Anciens Egyptiens de construire deux temples pour chaque pyramide : un temple mortuaire tout près de la pyramide, et un temple de la vallée, près du Nil.

Vite, la vaste nécropole capte l?attention du pèlerin. La philosophie fait place à la présence. Les visiteurs peu nombreux, laissent au désert sa faculté d?induire à la méditation. L?on est saisi par les piliers du temple funéraire du roi Djoser, dressés devant sa pyramide à degrés. Tels qu?ils se présentaient sur la page du Petit Larousse aux temps de notre adolescence. L?heure est sacrée. On est envahi par le sentiment inouï de pénétrer l?In-temps. Silence.

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