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Les pyramides et le Sphinx de Gizeh portent haut leur mystère
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Les pyramides et le Sphinx de Gizeh portent haut leur mystère
GIZEH. A peine descendu du car à l?arrêt, que, venu du Caire, la capitale égyptienne, soudain, on a le souffle coupé. Le présent a tout à coup changé de rythme, saisi par le temps arrêté. L?espace a troqué ses habitations et sa verdure contre des étendues désertiques. Sans transition.
Les pyramides de Gizeh se dressent impressionnantes. La Grande au loin, celle du pharaon Khufu ? Chéops pour les Grecs ? garde presque ses distances. Elle élève son mystère, bleuté par l?éloignement. A mi-chemin, la pyramide de Khafra, ou Chephren, signale sa présence. La troisième du groupe, nettement moins ambitieuse, est celle du roi Menkaure ou Mycerinus.
Mais avant d?apprivoiser ces pierres distantes, l??il est mobilisé par le gardien du tombeau du pharaon Chéphren, le Sphinx. Statue mythique, mi-humain mi-lion, installée en mémoire collective d?où qu?on vienne. Colossale, dépassant toute démesure, sa tête émerge du sable, ses pattes avant étendues, tel un lion au repos. C?est le règne du mystère. Voilà 4000 ans qu?il trône, impassible, décuplant l?imagination des visiteurs.
Cette tête de femme sur un corps de lion ramène en mémoire Maillet. Qui en 1735 déjà, s?interrogeait sur sa signification : n?aurait-il pas fallu y voir ?les signes du zodiaque de la Vierge et du Lion associés ?? L?on ne peut ne pas avoir une pensée pour ces chercheurs émérites qui menèrent les travaux de désensablement, grâce auxquels, aujourd?hui, l?on vit de ces moments aussi uniques que magiques : Caviglia (1816), Mariette (1853) , Maspero et Brugsch (1886).
Le visiteur venu en pèlerin est quelque peu troublé dans sa quête par ces allées et venues multipliées d?une foule tapageuse. Chacun bousculant l?autre pour ne pas rater tel angle ou tel autre d?une prise de vue. Qui ne peut être qu?approximative en de telles conditions. Sans doute fallait-il entreprendre cette quête initiatique beaucoup plus tôt, au lever du jour.
Foule toutefois moins dérangeante que ces marchands ambulants de 7 à 17 ans, qui tirent sur vos vêtements, vous arrachent le bras, sinon à votre pèlerinage, pour vous proposer leurs produits. Se faisant parfois bruyamment chasser par une police surgie d?on ne sait où. Et tout ce marchandage à tue tête; qui se faisant régler en Dollar, qui en Euros, tous reléguant au rancart la Livre égyptienne. ?This is rubbish !?, signale le chauffeur de taxi.
Décryptage
Règne cependant en parallèle, un agréable climat jubilatoire, créé par ces jeunes qui, fiers de leur terre, de leur sable, devrait-on dire, semblent appartenir à un groupe d?élèves en visite des lieux. Ils ont environ sept à dix ans. Et si certains petits marchands ambulants de leur âge n?ont qu?un mot à la bouche, ?money, money, money?, trahissant à la fois leur statut de démunis, l?on se laisse tout autant attendrir par cette petite Myr, la rétine écarquillée d?innocence, ruisselante de pureté, qui vous demande votre nom. Pour d?un geste d?amour gratuit, vous regarder droit dans l?oeil et vous confier, ?I love you.? Alors que pour d?autres, cela semble être une leçon apprise et répétée pour la pratique, suivie de ?Where do you come from ??
La lisière du désert est accueillante. Et nul ne résiste à l?émerveillement que suscitent les pyramides et le sphinx de Gizeh. L?on ne peut qu?avancer. Ça et là, les vestiges de petits temples, aux colonnes majestueuses, offrent à la rétine leurs obélisques d?entrée, qui pointent vers un ciel limpide. Ils restituent l?allure d?un temps grandiose et mirifique, où tout est colossal. Les murs intérieurs livrent leurs glyphes aux simples curieux, comme aux initiés. L?on souhaiterait être un Champollion instantané. Sa ferveur à décrypter en des temps autrement sophistiqués ces signes mystérieux, le rend d?ailleurs sans cesse présent.
La marche avance au long d?un tracé que peu empruntent. La montée est signifiante. C?est la lente ascension vers La Grande pyramide, la dernière des sept merveilles du monde antique. Chacun sait que les Egyptiens construisirent un grand nombre de pyramides. Mais celles qui hantent d?une aura mythique l?imaginaire collectif sont, sans aucun doute, les trois pyramides de Gizeh, si peu éloignées de la capitale égyptienne.
Ces pyramides portent au-delà de la mort et des siècles la mémoire des pharaons. Et, par là même, cette leçon inculquée par ces rois au peuple, celle que la vie n?est qu?un passage, au point de nommer leurs maisons des hôtelleries. Et leurs tombeaux leurs demeures éternelles. Reviennent en mémoire les lignes exaltantes de François-René de Chateaubriand. Qui sut si justement faire l?éloge de ces tombeaux ! ?On voudrait aujourd?hui, écrivait-il, que tous les monuments eussent une utilité physique, et l?on ne songe pas qu?il y a pour les peuples une utilité morale d?un ordre fort supérieur, vers laquelle tendaient les législations de l?antiquité.? Et il questionne, ?La vue d?un tombeau, n?apprend-elle donc rien??
Autant perpétuer la leçon.
Jeanne GERVAL-AROUFF du Caire
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