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Un croisé antitabac qui paye de sa personne

20 décembre 2003, 20:00

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Désormais fumer ruine, surtout Zhang Yue, pourtant non-fumeur. Car celui que l?on appelle en Chine le « croisé antitabac », le premier à officier dans ce pays, n?hésite pas à payer de sa personne pour inciter les fumeurs à décrocher. Dans la rue, le bus ou au restaurant, dès qu?il croise un fumeur, il ne peut s?empêcher de lui demander d?arrêter de mettre sa vie en l?air. Certains écoutent, la plupart restent indifférents. Quelques rares grincheux lui rentrent dedans ! Mais Zhang Yue a développé une tactique étonnante pour inciter les gens à laisser tomber la cigarette : il la leur rachète.

C?est en novembre 2001, au tout début de sa croisade, qu?il trouve cette parade. Lors d?un séjour à Shanghaï, il prend le bus et s?assoit dos à un jeune homme qui allume alors une cigarette. Zhang se retourne et lui demande courtoisement d?arrêter car la fumée l?indispose. Le fumeur s?en moque et tire derechef dessus. Zhang tente de le convaincre et reste calme malgré les volutes de fumée qui s?amoncellent. Le gars étant têtu, Zhang ne mégote pas : il lui demande le prix du paquet, 13 yuans (1,20 euros), le lui rachète et le détruit devant les passagers stupéfaits. « Je veux prouver que je suis prêt à tout pour que les gens cessent de fumer ! », leur explique-t-il.

Sa vie... et ses economies

Depuis cet épisode, le généreux donateur a revu sa tactique et ses ambitions à la baisse. Désormais, il se balade avec un sac rempli de yuans. S?il rencontre un fumeur, il lui rachète sa cigarette, plus le paquet entier. Patron d?une société d?air conditionné, Zhang Yue a laissé beaucoup de plumes dans son budget cigarettes. Depuis qu?il a lancé sa campagne, cet homme de 44 ans a déjà dépensé plus de 4 800 dollars (3 900 euros environ) et a même dormi sur le banc d?une gare lors d?un déplacement en province. Aujourd?hui, il est à Shanghaï pour tenter de convertir les quatre millions d?intoxiqués de la ville. Le pèlerin arpente les trottoirs à l?affût du moindre fumeur : il lui parle, tente de le convaincre (cancer, impuissance, mauvais teint, etc.), distribue des tracts qu?il écrit et imprime lui-même. Ou leur crie dessus quand sa répulsion est trop forte.

Cette haine lui vient de son père, instituteur, et fumeur comme un pompier. Enfant, il veut comprendre, tire sa première bouffée à 15 ans, s?étouffe et arrête aussitôt. À 28 ans, sa s?ur cadette meurt d?un cancer. À cette époque, les premières recherches parlent du tabagisme passif. Zhang fait un lien et décide de partir en guerre contre les « sucettes à cancer ». Il commence par son père, qu?il réussit à convaincre en le culpabilisant : « Un fumeur égale trois générations de souffrants ».

Pour éviter d?en faire partie, Zhang, qui est en première ligne, s?est inventé une hygiène de vie : ne jamais avoir d?amis fumeurs, ne rien acheter à des commerçants fumeurs et ne jamais voyager dans une voiture de fumeur. Surtout ne jamais baisser les bras car, malgré sa croisade, « les statistiques montrent que le nombre de fumeurs grimpe, y compris chez les jeunes. Je vais donc créer la première association chinoise de non-fumeurs. J?y consacrerai toute ma vie ». Et ses économies.

2003 Le Monde ? Benoît merlin

Distribué par The New YorkTimes Syndicate

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