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Cassiya conjure le mauvais sort
Ses yeux brillent quand il repense à son anniversaire. A 10 ans, il fait plus que son âge.
Cela doit venir de tout ce qu?il a déjà vécu. Comme les autres gamins de son quartier à Cassis, il se demande ce que sera sa vie. Sera-t-il pêcheur ou cordonnier?
Ses parents n?arrêtent pas de le lui répéter. « Bisin trouve ène métier sérié. » Mais lui ne résiste pas au plaisir de chanter. Avec ses potes : Gérard, Désiré, les deux Alain, zot batte batté.
Quand il est avec eux, les mots viennent tout seul, les blessures se cicatrisent. La vie est dure. Très tôt il a compris ce que voulait dire «pas éna». Alors, dans sa tête, il se fait son cinéma.
Enn zour. Un jour son rêve sera concret. Il deviendra chanteur. Il n?y a pas de frontières dans les songes. Qui sait, il remplira la Citadelle. Il prendra l?avion, ira à La Réunion. Donnera des concerts. Fera un tabac. Ce gamin de 10 ans a décidément beaucoup d?imagination. Il se voit en haut de l?affiche. A l?Olympia, rien que ça.
L?histoire de ce gosse qui s?interroge, c?est celle de Cassiya. A 10 ans, l?insouciance des débuts est loin. Il a beaucoup ri. Hésite avant d?avouer qu?il a pleuré. Récemment, il a perdu l?un des amis. Le plus cher. Gérard Louis. «Ki pou fer ?» C?était écrit. Hasard, chance, destin.
La réponse est dans le huitième album. Vainement attendu depuis le concert à la Citadelle du samedi 15 novembre. Des «ennuis techniques» aux «avion pé fer retard,» on n?y croyait plus. Jusqu?à samedi dernier. Un album qui sort dans le silence, faut le faire. Cassiya n?a peur de rien. Défiant les lois de la promotion, le trio Lafleur-Ramanisum-François a livré Nou Destiné sur la pointe des pieds.
Hymne au ralliement
Un ensemble de neuf titres ? disponible à Rs 180 ? accouché dans la tourmente et la nécessité. «Dépi ki nou existé, katastrof boucou finn passé. Mem dan difikilté, zamais nou ti dékourazé. Dan la semaine sacrifié pou samedi capav répété. Si zordi nou ankor pé chanté, l?amitié zamais finn séparé.» Que demander de plus ? Voilà la situation résumée dans ces paroles de la chanson-titre.
Placé en deuxième position sur l?album, ce morceau fait figure d?hymne au ralliement. Une formule choc pour conjurer le mauvais sort. C?est aussi l?exemple type de la «Cassiya touch». On y retrouve toutes les voix de l?album soutenues par des cuivres visiblement en forme. Deux trombones, deux trompettes, un saxo ténor, un saxo alto, l?arrangeur Alain Ramanisum n?a pas lésiné su les moyens. Une belle revanche aux Zanfan Ghetto, l?autre texte qu?il a signé en plus de la chanson-titre.
Comme quoi, on n?échappe pas à son destin. «Peser, sa mem mo premier métier,» se rappelle Désiré François. De cette expérience, le chanteur principal de Cassiya a gardé un regard fixe, perçant. Comme pour défier les éléments. Thème récurrent du répertoire du groupe, il est, à nouveau, exploité sur Mové Tan, un texte fournit par Clifford Labonne, l?auteur de Peser.
En 10 ans d?histoire, Cassiya n?a rien perdu de sa conscience sociale. L?enfance maltraitée, la misère, la protection de l?environnement, le carcan des mentalités. Nou Destiné n?échappe pas à la règle et pioche à nouveau dans ces sujets. Ce huitième album enregistré au Studio Scorpio ressemble en somme à du Cassiya made by Cassiya. Connaîtra-t-il le même sort que les albums précédents?
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