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La fin des spécificités
Les foules réunies lors des deux rassemblements politiques d?hier, étaient du même ordre de grandeur, avec une légère avance toutefois pour l?alliance MSM-MMM. Cette faible marge qui sépare les deux camps démontre qu?il n?y a pas de tendances profondes qui labourent l?électorat. L?issue du scrutin va donc se décider sur la capacité des uns et des autres à séduire la petite frange de l?électorat qui reste indécise.
La seule certitude, pour l?instant, c?est que, sur le terrain, la campagne s?est déroulée de manière satisfaisante. Certes, la haine et la hargne étaient présentes sur les caissons de camion, des propos teintés de racisme ont été entendus, mais, dans l?ensemble, les électeurs sont restés raisonnables malgré l?emportement de leurs leaders.
Du reste, le score du 22 décembre, quel qu?il soit, ne devrait pas marquer un tournant significatif de la politique. Il n?y a pas de raz-de-marée ni dans un sens, ni dans l?autre, capable de créer un choc psychologique qui conditionnera le comportement électoral à moyen terme.
En affirmant à ses partisans qu?une victoire à la partielle lui offrira un tremplin vers la reconquête du pouvoir, le PTr s?engage dans une campagne bien prématurée en vue du prochain scrutin législatif. Le mandat du gouvernement actuel n?arrive à échéance qu?en septembre 2005. C?est une période bien longue en politique.
De même, pour le gouvernement, Rivière-du-Rempart n?aura été qu?une péripétie au moment où il affrontera les prochaines législatives. Qu?il soit favorable ou pas à l?alliance au pouvoir, le résultat de la partielle comptera certainement moins que la capacité du gouvernement à honorer les engagements pris en septembre 2000 pour « redresser le pays ».
Le fait que la campagne s?est articulée autour de facteurs conjoncturels comme la libération de Cehl Meeah ou les maladresses de Sir Satcam Boolell démontre qu?il n?y a pas de questions fondamentales qui divisent la population. Sinon, elles seraient revenues automatiquement à l?avant-plan durant tout le long de la campagne. Du coup, l?enjeu de la consultation paraît dérisoire.
Le milieu rural semblait, dans un premier temps, offrir un terrain de man?uvre propice pour l?exaltation de sentiments communaux en cette période de transition politique. Or, les électeurs du no 7 n?ont pas consacré beaucoup d?attention à l?argumentaire sectaire qui dépassait leurs préoccupations. L?emploi et la hausse des prix sont des sujets qui occupent un rang bien plus important au hit-parade de leurs soucis que la consolidation supposée du grand capital.
Cette campagne aura aussi permis de mettre au jour une évolution politique qui augure bien de l?avenir. Les clivages traditionnels semblent disparaître au profit de nouveaux contours. Les lignes de fracture ethnique tendent à s?estomper. Il n?existe dans aucun groupe social de bloc monolithique ayant une couleur politique donnée.
On se rend compte que l?appartenance ethnique n?imprègne pas la politique autant qu?on le redoute. Il se trompe, l?éditorialiste réunionnais Bruno Testa qui écrivait, il y a quelques jours, dans le Journal de l?île qu?on «oublie trop souvent que si on célèbre volontiers l?harmonie qui règne entre les religions et les races à la Réunion, cela est dû en grande partie au fait que la Réunion est inscrite dans un espace républicain et laïc. On oublie trop souvent que Maurice, la s?ur d?à côté, tropisme anglo-saxon oblige, privilégie à l?inverse l?appartenance communautaire avec les effets pervers que l?on connaît».
Pour les partis politiques aussi, c?est la fin des spécificités.
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