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Les Associés : Questions d?éthique? et de tics

18 décembre 2003, 20:00

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CEUX OU CELLES d?entre nos lecteurs qui ont des fréquentations parmi les classes criminelles seront sans doute en mesure de dire si les escrocs sont la catégorie de malfaiteurs la plus sympathique. Le cinéma pour sa part, semble depuis toujours considérer cela comme un fait acquis. Il est vrai qu?escrocs, arnaqueurs et autres filous ne sont pas nécessairement toujours montrés comme des justiciers dérobant les nantis dans le but de secourir la veuve et l?orphelin, mais le cinéma nous les montre généralement comme des êtres plutôt attachants.

Les Associés, dernier opus de Ridley Scott, ne vient pas faire exception à cet usage, comme nous le démontre le scénario de Ted et Nicolas Griffin, adapté d?un roman d?Eric Garcia, The Matchstick Men, sorti il y a trois ans. D?emblée, le personnage principal, Roy Waller (Nicolas Cage), nous est présenté comme un cas si désespéré, sur le plan psychiatrique qu?il ne peut que s?attirer notre sympathie.

Voilà quelqu?un qui est un véritable virtuose de l?arnaque, mais qui, dans sa vie sociale, n?a d?autre horizon que son associé Frank (Sam Rockwell). Ce n?est pas tant à cause de ses activités professionnelles que de ses nombreux petits travers : c?est un maniaque (jusqu?à la pathologie) du rangement et de la propreté qui se sent mal à la vue d?un seul grain de poussière sur sa moquette. Il ne supporte pas d?être dehors, ne peut passer par une porte sans l?avoir ouverte et refermée en trois fois, il ne mange que du thon en boîte, il est agité de tics nerveux, etc. Bref, ce personnage n?est certainement pas un brave type, puisqu?il est un escroc, mais encore une fois, on le plaint tellement qu?on oublie de lui en vouloir pour ses activités malhonnêtes. ?J?ai quelque chose de Roy en moi, confie le cinéaste dans un entretien Je peux être d?une propreté aussi maniaque. Lorsque je suis seul à la maison et que j?ai un petit creux, j?hésite à me préparer quoi que ce soit, de crainte de salir la cuisine et de devoir la nettoyer. Ces traits m?ont permis de m?identifier de plus en plus étroitement à Roy, ce qui m?a d?abord surpris, puis franchement amusé?.

Mais ce n?est pas pour autant que le film dénigre ou tourne en ridicule les gens souffrant de ces troubles? Dans Pour le pire et pour le meilleur, les TOC (troubles obsessionnels compulsifs) inspiraient quelques grandes scènes de comédie, mais Jack Nicholson ne se moquait à aucun moment des gens qui souffrent de tels problèmes. ?Nous nous sommes donné le même objectif?, précise Nicolas Cage. L?humour réside dans la vérité du personnage : lorsque Roy voit une feuille échouer dans sa piscine, il se précipite aussitôt pour l?en sortir. Cette seule vue le rend malade?.

Et puis, lorsque ce répertoire ambulant de désordres psychiques se métamorphose en prédateur implacable dès qu?il a flairé un pigeon, cela force l?admiration. Du coup, on aurait pu se contenter d?un film qui traiterait seulement et uniquement de ce personnage, une sorte de portrait psychologique, disons. D?autant plus qu?il est si bien interprété ? on pourrait même dire habité ? par Nicolas Cage. Avec Roy Waller, l?acteur vient ajouter encore un rôle de loufoque à son catalogue. Il est très convaincant de bout en bout sans jamais en faire plus qu?il n?en faut ni devenir irritant.

Suspense

Voilà donc qu?à ce portrait vient se greffer ce qu?on appelle un conte initiatique. Roy Waller découvre qu?il est papa. Plus précisément, le papa complètement déboussolé d?une adolescente de quatorze ans, Angela (Alison Lohman), qui va venir dominer son existence. Non pas sa vie, car ce n?est qu?à partir de ce moment que Roy Waller a une vie, puisqu?il a une vraie raison de vivre. Du moins, c?est ce que le film donne à penser. L?association entre ces deux personnages, en occupant alors le centre du récit, vient donner un ?plus? émotionnel au tout. Cette interaction est fascinante, en grande partie à cause de cette sensation de découverte qui émane de la relation père-fille qui s?établit, chacun venant combler un vide chez l?autre. La fille découvre ce que c?est que d?avoir un père pour de vrai et Roy découvre d?un coup ce qui lui a manqué depuis que sa femme l?a quitté il y a quatorze ans.

On le devine, toute la critique n?a pas manqué de saluer la (magnifique) performance de Nicolas Cage, quelques-uns parlant même d?une proposition pour les Oscars. Celle d?Alison Lohman non plus, n?est pas passée inaperçue : ?l?adolescente californienne type, comme on se la représente dans toute sa vulgarité et son inculture?? dit (peut-être un peu injustement ?) un critique américain. Elle met en tout cas, dans son rôle tout ce qu?il faut d?émouvant, de charmant, d?irritant et d?inexplicable (que le film nous explique par la suite), arrivant à faire plus vraie que vraie ?et pour cause : Alison Lohman a en fait 24 ans.

Il y a encore un personnage : Frank, à la fois l?associé et aussi le protégé qui lui-même protège son patron et ami des agressions du monde extérieur. Sam Rockwell mérite aussi une mention pour la façon dont il incarne son personnage avec un si parfait équilibre entre le cynisme et la sincérité. En outre, les dialogues entre lui et Nicolas Cage sont scintillants d?intelligence et d?esprit de répartie. Éléments que le scénario ne nous laisse malheureusement pas le loisir d?apprécier pleinement. Cependant, ceux qui ont vu le film pourront considérer l?argument que cela est non seulement voulu mais aussi justifié. Les autres n?auront qu?à aller le voir, s?ils veulent comprendre ce point de vue. Car, il s?agit ici de ne pas trop en révéler, Les Associés étant aussi ?troisième histoire pour un seul et même film ? le récit d?une arnaque. On ne peut pas dire que, de ce point de vue, le film soit original, mais on peut apprécier la façon dont cela nous est raconté. Là aussi, tout se passe autour des personnages : les victimes, pas vraiment des gros requins ou des loups de la haute finance, seulement des nantis qui veulent posséder encore plus ou qui ne veulent pas payer d?impôts. Et, comme le dit Roy Waller, il ne s?agit pas de vol, puisque ces gens lui donnent leur argent de leur propre gré, par pure cupidité. La dernière arnaque vient apporter juste ce qu?il faut de suspense, histoire de donner un point culminant à ce récit.

Car il s?agit bien d?une comédie, soutenue par des musiques entraînantes, et magistralement mise en scène. A tel point qu?on finit par oublier que si ce film nous charme autant qu?il nous tient en haleine, c?est parce qu?il y a un metteur en scène derrière tout ça ? et pas n?importe lequel. Que ce soit pour nous parler de l?équipage d?un vaisseau spatial qui se fait décimer par un monstre, de deux femmes fugitives traquées par les autorités, d?un gladiateur romain ou de soldats U.S. qui se retrouvent dans un très mauvais endroit, Ridley Scott se montrer habile en diable derrière une caméra et il sait accrocher le spectateur. C?est la première fois que le cinéaste s?essaye à la comédie et cet exercice de style est des plus réussis. Pouvait-on espérer moins ?

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