Publicité
Une affaire de coeur?
LORSQUE À dix ans, il a vu mourir son père d?une crise cardiaque, il s?est juré de faire carrière dans la médecine. Aujourd?hui, il est devenu un éminent cardiologue, de surcroît le chef de département de coronarographie et d?angioplastie du Centre hospitalier de Belfort-Montbéliard en France. La réussite ne lui est pas pour autant montée à la tête. Le Dr Pradip Sewoke est au contraire un homme très simple même s?il a son franc-parler.
Le temps d?un congrès de la cardiologie de l?océan Indien à Maurice (voir texte plus loin), le médecin a retrouvé son village natal, Sébastopol, sa famille et ses amis d?enfance. Il fait honneur au pays, étant parmi d?éminents cardiologues, choisis pour faire partie de la délégation française.
On n?oublie pas...
Agé de 43 ans et faisant 1 mètre 85, le Dr Sewoke a toujours eu la nostalgie de son pays. Les montagnes, les champs de cannes et les rivières lui ramènent les souvenirs de son adolescence. ?Je reviens régulièrement à Maurice. On n?oublie pas son pays. Je me souviens encore du temps où je pêchais dans la rivière du village. J?avais 15 ans?.
Ses amis d?enfance se rappellent encore la contribution de Pradip Sewoke pour la promotion du sport dans le village. Daneshar Babooa qui l?a bien connu raconte qu?il encourageait les personnes handicapées à faire du sport.
Son engagement dans ce domaine l?a conduit à la présidence de la Moka-Flacq Youth Federation qui rassemblait alors sous une ombrelle les joueurs de foot comme ceux pratiquant d?autres disciplines sportives. Comme son défunt père, Dabeedeen, qui était planteur de cannes à sucre, et son grand-père, il a aussi été très actif sur le plan social.
Après des études secondaires au collège Stratford de Port-Louis (jusqu?à le School Certificate) et au collège Saint Bartholomew (pour le Higher School Certificate), il prend de l?emploi comme Clerical Officer à l?Economic Intelligence Unit du ministère des Finances.
En 1985, il représente Maurice à une conférence de jeunes à Moscou. C?est l?occasion rêvée pour lui de faire un saut en France afin de prendre part aux examens d?entrée à la faculté de médecine. Sur une liste de quelque 500 demandes, il est le premier parmi les étrangers à être sélectionné.
Ce rêve est devenu réalité après d?énormes sacrifices. Mais il n?a jamais baissé les bras parce qu?entre la médecine et lui, c?est une histoire d?amour qui dure depuis dix-huit ans. Il a eu la chance d?être formé par le professeur Jean-Pierre Bassand, chef de service de cardiologie du Centre hospitalo-universitaire de Besançon, actuellement président de la Société européenne de cardiologie (ESC).
Prévenir la maladie
Durant son cheminement, il n?a cessé d?engranger des distinctions. Il a obtenu de la Faculté de Besançon, le diplôme d?Etat de docteur en médecine en janvier 2000, le diplôme d?études supérieures spécialisées (DESS) de cardiologie et des pathologies vasculaires en avril 2000, le diplôme inter-universitaire d?échocardiographie en 1999 et le diplôme de maîtrise des sciences biologiques et médicales en 1999. Il détient un diplôme de cardiologie interventionnelle et angioplastie coronaire, dirigée par le professeur Nicolas Danchin de l?Hôpital Européen de George Pompidou, Assistance publique des hôpitaux de Paris en 2002.
Le Dr Sewoke est triste de constater qu?à Maurice, la profession médicale ouvre parfois la voie à un business florissant. Il estime que l?angioplastie, c?est-à-dire le traitement de la sténose (retrécissement artériel) au moyen d?une sonde à ballonnet gonflable coûte beaucoup trop cher à Maurice. De plus, dit-il, le pays n?a pas encore introduit l?angioplastie avec stent actif qui réduit les risques de récidive à 5-10% contre 40-50% à l?angioplastie au ballonnet qui est déjà pratiquée à Maurice.
Maîtrisant l?angioplastie avec stent, le Dr Sewoke estime qu?il est trop tôt pour lui de pratiquer comme cardiologue à Maurice. Le pays ne dispose pas, dit-il, des moyens techniques et humains suffisants. ?A Maurice, un patient doit attendre six mois pour une angiographie (examen de dépistage de la maladie coronaire) alors qu?en France, cela se fait en six jours?.
L?angioplastie, explique-t-il, dure moins d?une heure et peut éviter à un patient une opération à c?ur ouvert qui nécessite au moins un mois d?hospitalisation.
Le cardiologue estime qu?il reste beaucoup à faire dans le domaine de la santé. Il propose une meilleure prise en charge des facteurs de risques cardiovasculaires pour prévenir la maladie coronarienne, la dimunition de l?écart entre les soins offerts par le privé et le public par la création d?agences régionales d?hospitalisation qui contrôlent leur activité, le renforcement des moyens techniques et humains dans les centres cardiologiques et l?élimination des ingérences politiciennes dans la prise en charge des malades.
Etant donné qu?il revient régulièrement au pays, il envisage de donner des consultations gratuites aux habitants de la région. Il se met aussi à la disposition de tous les Mauriciens cherchant des renseignements pour des traitements en France.
Le Dr Sewoke a aussi publié des articles sur les maladies coronariennes dans certaines publications, dont Circulation, journal de l?Association américaine de cardiologie, qui est une référence en la matière. Il a participé à plusieurs congrès internationaux de la Société européenne de cardiologie (ESC) et de la American Heart Association.
Marié en 1996 à une Mauricienne, qui aspire à enseigner la biochimie, il est père de trois enfants, deux filles âgées de quatre ans et de deux ans et un garçon de dix mois. Quand on lui demande s?il veut que ses enfants lui emboîtent le pas, il répond : ?Pourquoi pas ? C?est le plus beau métier du monde?.
Congrès
350 cardiologues de la région et d?ailleurs
- Le deuxième congrès de la cardiologie de l?océan Indien, qui s?est déroulé du 23 au 27 novembre à Maurice, a réuni 350 participants de la Réunion, de l?Afrique du Sud, de Madagascar, des Antilles, d?Australie, du Canada, d?Allemagne et de France.
Parmi les participants à ce congrès, organisé par un comité de cardiologues, il y avait des sommités de la cardiologie comme le professeur Jean-Pierre Bassand, président de la Société européenne de cardiologie (ESC), le Dr William Winjs de Belgique, qui est responsable de l?organisation des congrès européens et le professeur Reiner Körfer, chef de service de chirurgie cardiaque à l?université de Bochum, Allemagne, qui est le plus grand centre européen de la chirurgie cardiaque.
Publicité
Publicité
Les plus récents